‹ Siège de SébastopolChapitre 35 sur 82 · SIRE · texte numérisé non relu

SIRE

« La neige et la pluie, qui tombent presque sans cesse, suspendent les travaux du siège, et autant le succès me parait assuré à l’expédition contre la Crimée, autant il me parait difliciie d’espérer une prompte solution. L'ennemi, qui n’est pas dans les boues, accumule tous les jours ses défenses dans son camp retranché, mais il ne peut tenir la campagne qu’avec des forces bien inférieures aux nôtres. Il parait que les Russes n’ont pas plus de 76,000 hommes autour de Sébastopol ; 80,000 sont dans la place, 65,000 tiennent la campagne.

L’armée française comptera dans quelques jours 84,000 hommes; l’armée anglaise, qui reçoit des renforts etsc refait, aura 25,000 condtattants ; on pourrait appeler Omer-Pacha avec 25,000 hommes; enfin, un peu plus tard, il arrivera 15,000 Piémontais. Nos soldats ont en outre la supériorité morale; la situation générale est donc des meilleures.

Voici les difficultés : il n’y a pas de volonté unique pour mouvoir ces masses ; les travaux de siège et surtout ceux de route absorbent un nombre considérable de travailleurs ; il faut garder un grand développement de tianebées, les lignes qui couvrent le siège, et les deux ports d’.alimentation. Le beau temps améliorera cette position en ce qui louche les routes, et alors, si l'ennemi ne vient pas nous attaquer, il faudra bien aller à lui : rEmjtereur va en juger.

Nous assiégeons la ville et le faubourg K.vrnMnaya situés au sud du port, mais l'ennemi, resté maître de tout ce qui est au nord, communique librement au moyen de ses bateaux 6 vapeur avec toute la partie assiégée. On sait qu’il a manqué de poudre, mais on le voit tons les jours recevoir des convois, relever ses troupes fatiguées, en augmenter ou en diminuer le nombre selon ses projets du moment. Si on s'emparait aujounl’hui de la ville et du faubouig, on J serait canonné par les vaisseaux, par les forts et par des batteries qu’il

elève tous les jours au nord du ]X)rt. Pour être maître de Sébastopol il faut donc prendre le fort du nord, et, pour en taire le siège, l’armée devra passer de l’autre côté de la Tcheroaya, tout en couvrant ses ports, et par conséquent gardant les lignes d'Inkcnuaiin à Balaclava. Le siège de Sébastopol ne peut donc riiiir sans que l'armée prenne position entre la Tcbemaya et le Belbek, vers la ferme Mackenzie. Or, on a un grand intérêt à hâter le plus possible celte opération, qui est plus diflicile sans doute avant que la ville soit prise, mais qui placera les défeusem-s de la ville et du fort du noni dans les conditions ordinaires d’un siège. Ia même garnison .supportera toutes les fatigues, elle .se verra d’avance à la discrétion du vainqueur, elle ne sera j)lus approvisionnée, et tout annonce tju’elle a i>eu de ressources eu vivres et en poudre.

Or, Sire, notre armée n’a que les moyens de transport nécessaires pour vivre sur place ; cependant il faut battre l’ennemi, .sans cela le siège n’aura pas de fin puis(|ue, la ville prise, il faut aller au nord du port.

La chance la plus favorable, c’est qu’à l’ouverture du feu contre la place, les Russes, ré|)étant la manceuvre d’inkennann, attaquent nos lignes pour retarder l’assaut. Si à ce moment l’eimemi u’attaque pas, c’est qu’il est trop faible ; ce serait une bomic occasion |)our aller le chercher entre la Tchernaya et le Belbek. Quant à l’atta(|ue contre la ville et le faubourg, après tout le temps que r hiver nous fait iicrdre et dont rennemi a bien profité depuis que Je suis ici, il faut renoncer à la tenter de vive force sur une grande échelle ; elle n’offre’ plus assez de chances de succès pour y risquer nos plus braves soldats : l’échec serait trop grave. 11 faut ouvrir le feu de l’artillerie, le continuer sans précipitation, de manière que les tranchées puissent se continuer sous sa protection, |M)ur permettre de donner les assauts à petite distance, soit du côté du bastion du mât, soit du côté de la tour Malakoff, sans engager trop de monde, se tenant |K>ur .satisfait de prendre’ pied dans l’encclnte, mais ayant sous la main le.s forces nécessaires pom' i)ous.ser eu avant si rennemi l’ecule, ce que j’espère.

Kn résumé, Sire, aller prudemment dans le siège et couper le plus tôt possible les communications avec l’intérieur de la Crimée, voilà la marche qui |iaralt répondre aax circonstances actuelles. Le général Canrobert le juge iiinsi, mais il se préoccuiw avec raison du refus de lord Raglan de faire arriver Onier-Pacha, du manque de moyens de transport, de .son peu d’artillerie faute d'attelages, de la crainte de manquer de fourrages si on fait venir trop de chevaux. Mais tout ce qu’il faudrait pour investir la place, ce serait le moyen d’approvisionner à deux jours de marche 60,000 hommes et 0,000 chevaux ; il

faudrait iwur cela ->20 voilures, 1,100 chevaux de U-ail et 3,500 mulets : ce ii*c8t i>as énorme. Les Russes ont bien d’autres distances à parcourir dans un \ aste pays qui ne compte que 280,000 habitants.

!m l’Empereur consacre toutes les ressources de sa marine à vapeur à l’expédition de Crimée, qu’ailleurs on ne lasse que des démonstrations, et qu’ici, oii l’on s’est engagé, on mette toutes ses foixes, les difiicultés s’aplaniront et le succès amènera de grands résultats. •

Signé : GInIral M£L

SlTl'AT10^

dr jirfKW' « la date dit 20 mm IK55.

PtLiMiKR , gém-ral lU- divi»iun , cotamandaiU en chef.

6ra>4 ^Mrllcr cêMéral.

Oi MiKTiaritiT, gêacnl de brigade, chef dVut-uiajor général.

Tmar, général de diviaion, roaaaiandant rariillerie de ramier.

Niki . général dr diviaion, conmiandanl le génie de l'armée.

IkancaoT, inlendanl iniliuiin-, iiilriidant général de raniiee.

CiRAiB BK CiiaaionMBBia, liciilenaiil-eokniel. grand île l'ainiée.

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