SIRE
•tt La neige et la pluie, qui tombent presque sans cesse, suspendent les travaux du siège, et autant le succès me parait assuré à l'expédition contre la Crimée, autant il me parait difijicile d'espérer une prompte sohitfon. VentitiùSLy qui n'est pas dans las bouea, accumule tous les jours ses défenses dans son camp retranché, mais il ne peut tenir la campagne qu'avec des forces bien inférieures aux nôtres. Il parait que les Ruâses li'ont pas phiô de 7ft,000 hommes autour de Sébastopol ; 80,000 sont dans la place, 45,000 tiennent la campagne.
L'armée française comptera dans quelques jours 84,000 hommes; Tarmée anglaise, qui reçoit des renforts et se refait, aura 25,000 combattants ; on pourrait appeler Omer-Pacha avec 25,000 hommes; enfin, un peu plus tardj il arrivera 1^,000 Piémontais» Nos soldats ont en outre la supériorité morale ; la situation génén^e est donc des meilleures.
Voici les difficultés : il n'y a pas de volonté unique pour mouvoir ces masses ; les travaux de siège et surtout ceux de route absorbent un nombre considérable de travailleurs ; il faut garder un grand développement de tranchées, les lignes qui couvrent le siège, et les deux ports d'alimentation. Le beau temps améliorera cette position en ce qui touche les roytes, et alors, si l'ennemi ne vient pas nous attaquer, il faudra bien aller à lui : l'Empereur va en juger.
Nous assiégeons la ville et le faubourg Karabelnaya situés au sud du port, mais Fennemi, resté maître de tout ce qUi est au nord, commimicpie librraient au moyen de ses bateaux à vapeur avec toute la partie assiégée. On sait qu'il a manqué de poudre, mais on le voit tous les jours recevoir iies convois, relever ses troupes iiitiguôes, en augmenter ou en diminuer le nombre selon ses projets du moment. Si on s'emparait aujourd'hui de la ville et du faubourg, on y serait canonné par les vaisseaux, par les forts et par des batteries qu'il
élè^e tiMift les jùwtu au nord du port. Pour être mettre 4e Sébuâtop^l \l ffut donc pnudra le fort du iiord« «t^ pour en foire le iûés9i l'i^nnf^ 4^vra puaser de l'autre côté de la Tcheroaya^ tout ott oouvrAut êm p<^ta« et p^r c^oiW^pidpt gardant les ligii^ d'inkernuHm à BahKdw^- is »âg^ d^ â^fi^pol m pwt donc finir sans qm Ywrmte prenne podiliop mtw te Tçterplya et te Belb§ks verd la ferme Mackenisie. Or» on a un grand intérêt & bâter le fim possible cette opération, qui est plus difficile sans doute avant que te ville sçi^ prise» mais qui ptecera les défenseurs de la ville et du fort du nord dans les conditions ordinaires d'un siège. La même garnison supportera toutes les fatigues, elle se verra d'avance à la discrétion du vainqueur, elle ne sera plus approvisionnée, et tout annonce qu'elle a peu de ressources en vivres et en poudre.
Or, Sire, notre armée n'a que les moyens de transport nécessaires pour vivre sur place ; cependant il faut battre l'ennemi, sans cela le siège n'aura pas de fin puisque, la ville prise, il faut aller au nord du port.
La chance la plus favorable, c'est qu'à l'ouverture d,u feu contre la place, les Russes, répétant la manœuvre d'Inkermann, attaquent nos lignes pour retarder l'assaut. Si à ce moment l'ennemi n'attaque pas, c'est qu'il est trop faible ; ce serait une bonne occasion pour aller le chercher entre la Tchei'naya et le Belbek. Quant à l'attaque contre la ville, et le faubourg, après tout le temps que l'hiver nous fait perdre et dont l'ennemi a bien profité depuis que je suis ici, il faut renoncer à la tenter de vive force sur une grande échelle ; elle n'oflre plus assez de chances de succès pour y risquer nos plus braves soldats : l'échec serait trop grave. Il faut ouvrir le feu de l'artillerie, le continuer sans précipitation, de manière que les tranchées puissent se continuer sous sa protection, pour permettre de donner les assauts à petite distance, soit du côté du bastion du mât, soit du côté de la tour Malakoff, sans engager trop de monde, se tenant pour satisfait de prendre pied dans l'enceinte, mais ayant sous la nwdn les forces nécessaires pom* pousser en avant si l'ennemi recule, ce que j'espère.
. En résumé, Sire, aller prudemment dans le siège et couper le plus tôt possible les cofnmunications avec l'intérieur de la Crimée, voilà la marche qui parait répondre aux circonstances actuellesr Le général Ganrobert le juge ainsi, mais il se préoccupe avec raison du refus de lord Raglan de faire arriver Omer-Pacha, du manque de moyens de transport, de son peu d'artillerie faute d'attelages, de la crainte de manquer de fomrages si on fait venir trop de chevaux. Mais tout ce qu'il faudrait pour investir la place, ce serait le moyen d'approvisionner à deux jours de marche 60,000 hommes et 6,000 chevaux ; il
faudrait pour cela 220 voiUties, 1,100 chevaux de trait et S,dOO môlets : ce n'est pas énorme. Les Russes ont bien d'autres distaoces à pMx^urir daii3 un vaste pays qui ne compte que 280,000 habitants.
1^ l'Empereur consacra toutes les ressources de sa marine à vapeur à Texpéclition de Grimée» qu'ailleurs on ne fasse que des démonstrations, et qu'ici, où Ton s'est engagé, on mette toutes ses forces, les difficultés a'aphminnit et le succès amènera de grands résultats. »
Signé : Gémérajl NIEL.
S1TUATI0>
de prêstuce à la iiate du 20 mai 1855.
Péussikr, général de divijyioii, coinmanduiit en chef.
pu Martimprey, général de brigade, chef d'état-major général. Thirt, général de division, commandant rarlillerîe de l'armée. NiEL, général de division, commandant le génie de l'armée. Blakchot, intendant militaire, intendant générai de Tarmée. Girard de Charrornières, lieutenant-colonel, grand prévôt de !'arnié<
DÉSIGNATION DES CX)RFS
graiid quartier