‹ Siegfried et le limousinChapitre 13 sur 47 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

DE même que c’est toujours le matin où le grand” romancier a décidé, après deux années perdues, de commencer un roman, que monte lui faire une visite ‘un camarade de collège dont l’ambition est de questionner en détail sur ses goûts un romancier et d’apprendre de lui s’il a aimé; de même que le poète installé à l’aube dans la prairie voit son poème intérieur sapé par le bruit des lavoirs, qu’il décrète en vain applaudissements de l’horizon; de même que c’est le jour où le méchant à juré d’être bon, que ses créanciets, avertis par des impondérables, précipitent sur lui leurs encaisseurs, dont il arrive, de rage, à tuer le dernier : — tout au contraire, moi qui avais décidé d'être ce matin-là sans beauté, lâche et paresseux, je fus comblé en ouvrant ma fenêtre. Le ciel était bleu, à part trois ou quatre nuages ronds qui tournaient à la manière du soleil. Il faisait éclatant: de la neige, sépatés comme les grains d’un riz à l’indienne, chacun des criStaux étincelait à son compte, et tous les humains qui ont un vœu de gymnastique suédoise à leur lever s’en acquittaient, pour la première fois de leur vie, sans rechigner contre la Suède. à J'achevais ma courte vie nue de la journée, quand

un gaillard entra, s’inclina devant moi jusqu’à terre, — c'était la première fois que j'étais adoré sans voile, — et poussa le cri que deux ou trois millions d’Allemands rugissent en se présentant...

— Meyer!

J'affeétai d’entendre ce nom pour la première fois, et il le fit alors précéder d’un correttif qui réduisait à deux ou trois cent mille le nombre de ses possesseurs.

— Doktor Meyer!

Enfin, d’autres explications me révélèrent que PUniversité de Munich avait organisé les étudiants pauvres ou bénévoles en une association de guides, chargés de diriger les visiteurs étrangers en Bavière. Le doktor Meyer avait reçu l’ordre de se présenter chez moi, et se plaçait à ma disposition pour l’un des trois itinéraires. ve

Le premier comprenait un voyage aux châteaux de Bavière, con$truits par Louis II, Chiemsee pour détruire dans les imaginations allemandes la hantise de Versailles, Linderhof celle de Trianon, Neuschwanstein celle de Carcassonne, et aux souvenirs de toutes les invasions françaises en Tyrol et en pays munichois. .On pouvait réclamer de l’Université pour guides spéciaux les descendants d’anciens émigrés . de la Révocation de l’Édit de Nantes. Tous les Franzosenstege, pistes et sentiers par lesquels les troupes de Napoléon avaient débordé la vallée d’Innsbrück, étaient piqués de poteaux infamants. On voyait même, affreux vestige, une trace de balle dans un mur à Mittenwald.

Le deuxième itinéraire, recommandé tout spéciale-

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