Expression biblique. Genèse, XXV, 8. (N. du T
reconnaître que le maître et la maîtresse de la Maison Rouge?
Cependant il est impossible de se méprendre au sujet de Silas Marner, Gomme c'est le cas chez les gens qui ont été myopes dans leur jeunesse, ses grands yeux bruns paraissent avoir acquis une vue plus longue, — ils ont un regard moins vague et plus sympathique. Seulement, tout le reste de sa personne témoigne d'une constitution très affaiblie par le laps de seize années. Ses épaules courbées et ses cheveux blancs lui donnent presque l'air d'un vieillard, bien qu'il n'ait pas plus de cinquante-cinq ans. Mais la fleur la plus fraîche de la jeunesse est tout prés de lui, — une blonde jeune fille de dix-huit ans, au visage à fossettes, qui a vainement essayé de forcer les petites boucles de ses cheveux châtains à rester lisses sous son chapeau brun. Celles-ci ondulent avec autant d'obstination qu'un petit ruisseau sous la brise de mars, et s'échappent du peigne qui s'efforce de les maintenir derrière la tête, pour se montrer audessous du fond du chapeau. Eppie ne peut s'empêcher d'être tourmentée à ce propos, car il n'y a pas d'autre jeune fille à Raveloe qui ait des cheveux ressemblant le moins du monde aux siens, et elle s'imagine que les cheveux devraient être lisses. Elle n'aime pas à être répréhensible, même dans les petites choses; aussi, vous voyez avez quel soin son livre de prières est enveloppé dans son mouchoir tacheté.
Ce garçon de bonne mine, vêtu d'un costume neuf de futaine et qui marche derrière elle, n'est pas tout à fait fixé sur la question des cheveux en général, quand Eppie la lui pose. Il pense peut-être que les cheveux lisses sont préférables, somme toute. Mais il ne désire pas que ceux d'Eppie soient différents. Elle devine assurément que quelqu'un s'avance derrière eux, — quelqu'un qui pense à elle d'une façon toute particulière, et qui prend son courage à deux mains pour venir à son côté, aussitôt qu'ils vont être entrés dans la ruelle. Autrement, pourquoi paraîtraitelle un peu timide, et prendrait-elle garde de ne pas détourner la tête, pendant qu'elle murmure à son père Silas de petites phrases, concernant ceux qui étaient à l'église et ceux qui n'y étaient pas, et la beauté du frêne rouge des montagnes, au-dessus du mur du presbytère?
« Je voudrais bien que nous aussi, nous eussions un petit jardin, papa, avec des pâquerettes doubles dedans, comme celui de Mme Winthrop, dit Eppie, lorsqu'ils furent entrés dans la ruelle. Seulement, on dit que cela demanderait beaucoup de peine — pour bêcher et rapporter de la nouvelle terre,... et vous ne pourriez pas le faire, dites, petit papa? Dans tous les cas, je n'aimerais pas que vous le fissiez, car ce serait un travail trop dur pour vous.
— Mais non, mon enfant. Si vous désirez un bout de jardin, je pourrais, pendant ces longues soirées, me mettre à enclore un petit coin de terrain inculte,
juste assez pour que vous ayez un plant de fleurs ou deux. En outre, il me serait facile de donner un petit coup de bêche le matin, avant de me mettre au métier. Pourquoi ne m'avez-vous pas dit plus tôt que vous désiriez un bout de jardin?
— Je puis vous bêcher cela, moi, maître Marner, » dit le jeune homme au costume de futaine, qui était arrivé à côté d'Eppie, et se mêlait à la conversation sans s'inquiéter des formalités. « Ce sera un amusement pour moi après avoir fini ma journée, ou à n'importe quel moment perdu quand l'ouvrage n'ira pas. Je vous apporterai de la terre du jardin de M. Cass. Il me le permettra volontiers.
— Oh, Aaron! mon garçon, vous êtes donc là? dit Silas; je ne m'en étais pas aperçu; car, lorsque Eppie est en train de parler de quelque chose, je suis tout absorbé par ce qu'elle dit. Eh bien, si vous pouviez m'aider à bêcher, nous arriverions à lui faire un bout de jardin d'autant plus vite.
— Alors, si cela vous est agréable, dit Aaron, je viendrai aux Carrières cette après-midi. Nous nous entendrons au sujet du terrain qu'il faut enclore, et je me lèverai une heure plus tôt demain matin pour commencer le travail.
— Mais, à la condition que vous me promettiez de ne pas vous donner la peine de bêcher, papa, dit Eppie. Car je n'en aurais pas parlé, ajouta-t-elle, d'un air à moitié réservé et à moitié fripon, si Mme Winthrop n'avait pas dit qu'Aaron aurait la bonté de....
— Vous auriez pu savoir cela sans que ma mère vous l'eût dit, interrompit Aaron. Maître Marner sait aussi, j'espère, que je suis disposé à lui donner un coup de main, de bon cœur. Il ne voudra nullement me désobliger, en me retirant ce travail des mains.
— Eh bien, alors, papa, vous ne travaillerez pas au jardin avant que ce soit tout à fait facile, dit Eppie, et vous et moi, nous nous mettrons à tracer les plates-bandes, à faire des trous et à y mettre les plants. Ce sera beaucoup plus gai aux Carrières, quand nous aurons quelques fleurs, car je crois toujours que les fleurs peuvent nous voir et comprendre ce que nous disons. Et je désirerais un peu de romarin, de monarde et de thym : ces plantes sentent si bon; mais on ne trouve de la lavande que dans les jardins des bourgeois, je pense.
— Ce n'est pas une raison pour que vous n'en ayez pas, dit Aaron; car je puis vous apporter des boutures de n'importe quoi; je suis forcé d'en couper des quantités quand je jardine, et de les jeter là presque toutes. Il y a une grande plate-bande de lavande à la Maison Rouge : la dame aime beaucoup la lavande.
— Soitl dit Silas, avec gravité, pourvu que vous ne preniez pas trop de libertés pour nous, ou que vous ne demandiez à la Maison Rouge, rien qui ait beaucoup de valeur. M. Cass a été si bon à notre égard, en nous faisant construire le nouveau bout de la chaumière, et en nous donnant des lits
et divers objets, que je ne saurais supporter l'idée de lui être à charge pour des produits de son jardin ou toute autre chose.
— Non, non, vous ne lui serez pas à charge, dit Aaron. Il n'y a pas de jardin dans la paroisse où il n'y ait une infinité de choses gaspillées, faute de quelqu'un pour les consommer toutes. Je me dis quelquefois que personne ne serait réduit à manquer de vivres, si l'on tirait le meilleur parti de la terre, et s'il n'y avait jamais un morceau de quoi que ce soit qui ne trouvât une bouche pour le manger. Le jardinage vous fait songer à cela, bien certainement. Mais il faut que je m'en retourne; autrement, ma mère serait inquiète de mon absence.
— Amenez-la avec vous cette après-midi, Aaron, dit Eppie. Je ne voudrais pas prendre une détermination au sujet du jardin, sans qu'elle eût connaissance de tout dès le commencement. Qu'en pensez-vous, papa?
— Oui, amenez-la si vous pouvez, Aaron, dit Silas ; elle aura sûrement quelque chose à dire qui nous aidera à arranger les affaires comme il faut. »
Aaron partit et remonta le village, tandis que Silas et Eppie continuèrent à suivre la ruelle solitaire, abritée par les haies.
« Oh! petit papa! » commença-t-elle, lorsqu'ils furent seuls, saisissant et pressant le bras de Silas, et sautant autour de lui pour lui donner un gros baiser. « Mon bon vieux petit papa ! Je suis si heu-
reuse. Je crois qu'il ne me manquera plus rien quand nous aurons un petit jardin; et je savais qu'Aaron nous le bêcherait, continua-t-elle, d'un air malicieux de triomphe, je le savais très bien.
— Vous êtes une fine petite chatte, en vérité, » dit Silas, dont la physionomie respirait le bonheur calme de la vieillesse couronnée par l'amour, « mais vous allez vous rendre joliment redevable à Aaron.
— Oh! non, pas du tout, dit Eppie, riant et folâtrant; cela lui fait plaisir.
— Voyons, voyons, laissez- moi porter votre livre de prières; autrement, vous allez le laisser tomber, en sautant de cette façon. »
Eppie s'aperçut alors que sa conduite était observée; toutefois, l'observateur n'était qu'un âne bienveillant qui paissait avec une bûche attachée au pied, — un âne paisible, ne critiquant pas dédaigneusement les petites faiblesses humaines, mais reconnaissant d'être admis à les partager, en se faisant gratter le nez quand il le pouvait. Eppie ne manqua pas, afin de le contenter, de lui donner cette marque ordinaire d'attention, bien que. cela eût pour conséquence l'ennui de voir Fane les suivre péniblement jusqu'à la porte môme de leur demeure.
Mais le bruit d'un aboiement aigu dans la chaumière, au moment où Eppie mettait la clef à la porte , changea les intentions de l'animal. Sans autre invitation, il s'en alla en boitant. L'aboiement aigu était le signe de l'accueil animé que leur pré-
parait un terrier brun intelligent. Celui ci, après avoir dansé autour de leurs jambes d'une façon désordonnée, se précipita avec un vacarme désagréable vers un petit chat tigré blotti sous le métier; puis, il revint d'un bond, en poussant un autre aboiement aigu, comme pour dire : « J'ai rempli mon devoir à l'égard de cette faible créature, vous voyez. » Pendant ce temps, l'honorable mère du petit chat, assise à la fenêtre, chauffait au soleil sa poitrine blanche et tournait la tête d'un air endormi, s'atlendant à recevoir des caresses, mais nullement disposée à se donner la moindre peine pour les obtenir.
La présence de ces animaux qui y vivaient heureux, n'était pas le seul changement qui fût survenu dans l'intérieur de la chaumière. Il n'y avait plus de lit maintenant dans la chambre commune, et le petit espace était bien garni de meubles convenables, tous assez polis et assez proprets pour plaire aux regards de Dolly Winthrop. La table en chêne et la chaise à trois pieds du même bois, n'étaient guère ce qu'on pouvait s'attendre à voir dans une si pauvre demeure. Elles étaient venues de la Maison Rouge, avec les lits et les autres objets, car M. Godfrey Cass, comme tout le monde le disait dans le village, se montrait très bon pour le tisserand. Après tout, n'était-il pas juste que ceux auxquels leurs moyens le permettaient, dussent s'intéresser et venir en aide à cet homme? N'avait-il pas élevé une orpheline et ne lui avait-il pas tenu lieu de père et de mère? En outre, dépouillé
de son argent, il ne possédait plus que ce qu'il gagnait par son travail chaque semaine, et encore était-ce à une époque où le tissage tombait, vu qu'on filait le lin de moins en moins. Enfin, maître Marner n'était pas des plus jeunes. Personne n'était jaloux du tisserand; car il était regardé comme un homme exceptionnel qui, plus que tout autre, avait droit à l'aide de ses voisins à Raveloe. Ce qui restait de superstition à son égard, avait pris une nuance toute différente. M. Macey, devenu alors un faible vieillard de quatre-vingt-six ans, invisible désormais, si ce n'est au coin de son feu ou assis au soleil sur le seuil de sa porte, émettait l'avis que, lorsqu'un homme avait agi comme Silas envers une orpheline, c'était un signe que son argent reparaîtrait, ou tout au moins que le voleur aurait à en rendre compte. Il n'en fallait pas douter, car M. Macey ajoutait qu'en ce qui le concernait personnellement, ses facultés n'avaient jamais été plus nettes.
Silas s'assit alors et contempla Eppie d'un regard satisfait, tandis qu'elle mettait la nappe propre et y plaçait le gâteau aux pommes de terre, réchauffé lentement dans un pot bien sec, au-dessus d'un feu qui se mourait insensiblement, et suivant la méthode prudente employée le dimanche , . C'est ce qui pou-
4. Cette méthode prudente a l'avantage de ne pas brûlerie gâteau. Ce gâteau est confectionné le jour précédent, parce qu'un certain nombre de protestants regardent comme un devoir de ne pas faire de cuisine le dimanche. (N. du Tr.)
vait le mieux tenir lieu de fourneau, puisque Silas n'avait jamais voulu permettre qu'on en ajoutât un, non plus qu'une grille, au nombre de ses commodités. Il aimait son vieil âtre de briques, comme il avait aimé sa cruche brune! Cet âtre n'était-il pas là lorsqu'il avait trouvé Eppie? Les dieux du foyer existent encore pour nous. Que toute nouvelle foi tolère ce fétichisme, de peur qu'elle ne meurtrisse ses propres racines 1
Silas dîna plus silencieusement qu'à l'ordinaire, et mit bientôt là son couteau et sa fourchette, pour suivre d'un regard à moitié distrait, Eppie qui jouait avec le terrier Snap et la chatte, ce qui faisait du dîner de la jeune fille une besogne assez longue. Mais c'était un spectacle qui pouvait bien arrêter les pensées vagabondes : Eppie, avec les ondulations rayonnantes de ses cheveux, avec son menton et son cou rondelets, dont la blancheur était rehaussée par sa robe de coton d'un bleu foncé, riait gaiement, tandis que le petit chat, s'accrochant des quatre pattes à l'une des épaules de la jeune fille, formait, pour ainsi dire, le modèle de l'anse d'un vase. En même temps, Snap du côté droit, et la chatte de l'autre, tendaient les pattes vers un morceau qu 'Eppie tenait hors de leur portée à tous deux. Snap se désistait par intervalles, afin d'adresser des remontrances à la chatte sur sa gloutonnerie et la futilité de sa conduite, en faisant entendre un grognement bruyant et désagréable, jusqu'à ce que la jeune fille, se laissant
fléchir, les caressât tous les deux et leur partageât le morceau.
Enfin Eppie jeta un regard sur l'horloge et interrompit le divertissement, en disant : « 0 petit père, vous désirez aller au soleil fumer votre pipe. Mais il faut que je débarrasse la table d'abord, pour que tout soit bien rangé dans la maison quand marraine arrivera. Je vais me dépêcher.... Ce ne sera pas long. »
Silas s'était mis à fumer une pipe tous les jours pendant les deux années qui venaient de s'écouler. Les sages de Raveloe Pavaient fortement engagé à faire usage de cette chose excellente contre les attaques. Leur avis était approuvé par le D r Kimble, par la raison qu'il n'y avait aucun mal d'essayer ce qui ne pouvait pas en causer : principe qui épargnait à ce monsieur bien de la besogne dans la pratique de la médecine. Silas ne prenait pas un plaisir extrême à fumer, et il s'étonnait souvent de la passion de ses voisins à cet égard ; mais une sorte d'humble acquiescement à toute chose considérée comme bonne, était devenu une forte habitude de cette nouvelle personnalité qui s'était développée en lui, depuis qu'il avait trouvé Eppie près de son foyer. Cet acquiescement s'était trouvé être le seul guide qui eût prêté son appui à l'esprit égaré de Silas, pendant qu'il chérissait cette jeune vie qui lui avait été envoyée des ténèbres où son or était parti. Tandis que Marner recherchait ce qui était utile à Eppie,
et qu'il prenait part à l'effet que toute chose produisait sur elle, il en était venu lui-même à s'approprier les formes des coutumes et de la croyance, qui étaient le moule de la vie à Raveloe. Et, comme avec le réveil des sentiments la mémoire se réveillait aussi, il avait commencé à méditer sur les éléments de son ancienne foi et à les mêler à ses nouvelles impressions, jusqu'à recouvrer la conscience d'un rapport entre le passé et le présent. La croyance en une bonté tutélaire et la confiance dans l'humanité qui naissent avec toute paix et toute joie pures, avaient produit en lui l'idée vague que quelque erreur, quelque méprise, avait jeté une ombre ténébreuse sur les jours de ses meilleures années. En outre, il lui devenait de plus en plus facile d'ouvrir son cœur à Dolly Winthrop; aussi, il communiqua peu à peu à cette nouvelle amie tout ce qu'il pouvait raconter de sa jeunesse. Cette communication fut nécessairement une opération lente et difficile, car la pauvre éloquence de Silas n'était nullement secondée par la facilité de compréhension de Dolly, à qui son expérience limitée du monde extérieur ne donnait aucune clef des coutumes étrangères. Par suite, toute idée nouvelle était un sujet d'étonnement auquel il leur fallait s'arrêter à chaque point du récit. Ce ne fut que par fragments, et avec des intervalles permettant à Dolly de méditer sur les choses qu'elle avait entendues, jusqu'à ce qu'elles lui fussent devenues assez familières, que Silas arriva
enfin au point culminant de sa triste histoire : le sort jeté et le faux témoignage qui en avait été la conséquence. Cela dut être redit dans plusieurs entrevues, à propos de nouvelles questions posées par Dolly, sur la nature de cette méthode de découvrir le coupable et de justifier l'innocent.
« Et votre Bible est la même que la nôtre, vous en êtes sûr, maître Marner? La Bible que vous avez rapportée avec vous de ce pays-là, est bien la même que celle que nous avons à l'église, et dans laquelle Eppie apprend à lire?
— Oui, dit Silas, en tout point la même; et on jette le sort dans la Bible, n'oubliez pas cela, ajoutat— il, d'un ton plus bas.
— 0 mon Dieu! mon Dieu! » dit Dolly d'une voix attristée, comme si elle apprenait de mauvaises nouvelles sur le cas d'un malade. Puis elle resta silencieuse pendant quelques instants; enfin, elle reprit :
« Il y a des gens instruits qui savent peut-être le fond de tout cela. Le pasteur le sait, j'en réponds; mais il faut de grands mots pour dire ces choses, — des mots tels que les pauvres gens ne sont guère capables de les comprendre. Je ne puis jamais savoir au juste le sens de ce que j'entends à l'église, si ce n'est celui de quelques bouts de phrases par-ci parla; seulement, je le sais, ce sont de bonnes paroles, bien certainement. Ce que vous avez sur le cœur, le voici, maître Marner : si Ceux qui sont là-haut avaient fait leur devoir envers vous, ils ne vous auraient
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jamais laissé chasser comme un voleur pervers, lorsque vous étiez innocent.
— Ah ! dit Silas, qui était maintenant arrivé à comprendre la phraséologie de Dolly, c'est cela qui est tombé sur moi comme un fer rouge, parce que, voyez-vous, personne ne m'aimait, — personne ne me restait attaché, ni au ciel ni sur la terre. Et celui avec qui j'avais vécu pendant dix ans et plus, depuis que nous étions enfants et que nous partagions tout,... mon ami intime, en qui j'avais confiance, a levé le pied contre moi et a travaillé à ma ruine *.
— Oh! mais c'était un méchant. Je ne crois pas qu'il y en ait un autre qui lui ressemble, dit Dolly. Cependant je suis bien perplexe, maître Marner; il me semble que je viens de m'éveiller, et que je ne sais pas s'il fait nuit ou s'il fait jour. J'ai, pour ainsi dire, la certitude qu'on trouverait de la justice dans ce qui vous est arrivé, si on pouvait seulement la découvrir; de même que je suis parfois sûre d'avoir mis une chose dans un endroit, bien que je ne parvienne pas à mettre la main dessus. Vous n'aviez donc pas raison de perdre courage comme vous l'avez fait. Mais nous reparlerons de cela, car il y a des choses qui me viennent parfois à l'esprit quand j'applique des sangsues et des cataplasmes, ou que je fais quelque besogne semblable, — des choses auxquelles je serais incapable de penser si j'étais assise tranquillement. »