‹ Silhouettes d'artistes, avec portraits dessines par eux-memesChapitre 20 sur 68 · FERNAND CORMON · texte numérisé non relu

FERNAND CORMON

Je ne retrouve pas le nom de ce fabricant de maximes — ce n'est pas la Rochefoucauld, certainement — qui a écrit : « Tel peintre, telle peinture ». Si Ton s'en rapportait à l'infaillibilité de cet aphorisme pour juger Cormon, on risquerait fort de se tromper. Nulle analogie entre l'homme et l'œuvre. A ne voir que ses tableaux, on dirait l'être le plus équilibré, le plus harmonieux qui se puisse imaginer. Ses sujets, de genre élevé et de charme tout à la fois, ne vont pas sans quelque solennité, exécutés, d'ailleurs, d'une main sûre, sans repentirs, avec une maestria de grande école. Les couleurs chantent, en un parfait accord longuement préparé, et les notes brillantes éclatent à la façon de pierres précieuses encastrées dans une monture. Il n'est pas académique et cependant les qualités qui le classent parmi les meilleurs maîtres de notre temps sont la sagesse, la réflexion et la grâce : il ne doit rien au hasard.

Un coup d'œil rapide suffît à prouver l'inanité du précédent aphorisme. Aussi bien le Caïn, du Luxembourg, que le Retour de la chasse à VOurs, les Vainqueurs de Salamine, ou ses nombreux portraits, y compris celui de Henri Maret, composent une œuvre en tout identique à lui-même.

Or, qu'il me pardonne l'indiscrétion : Cormon, à cinquante ans, est encore une manière de bohème un peu assagi, — mais avec d'anciens retours. Le café de la Rochefoucauld et ses gentils petits modèles sont bien près de la rue d'Aumale. Pas de morgue pour un sou, mais l'horreur des Bouvards et Pecuchets, fussent-ils de bons acheteurs, et, logique avec lui-même, une indépendance de Yankee.

On lui décerne le Prix du Salon. Au lieu du sacramentel et imposé voyage d'Italie, il va à Tunis. Il n'agit qu'à sa tête. De

GS

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