APRES LA MORT
Souvent l'on me disait, lorsque j'étais enfant :
La perte d'une mère Est de tous les malheurs le plus vif. le plus grand,
Qui vous frappe sur terre.
Ah! je n'ai bien compris ce (jue Ton me disait
Qu'en éprouvant moi-même L'événement fatal et tout le mal que fait
La mort dure et suprême. Que les liens sont forts! comme l'on souiïre. hélas!
A voir briser la chaîne Qui rattachait à vous celle que le trépas
Aux lieux sombres entraîne!
APRES LA MORT. lUO
On dirait quo son cœur et le vôtre on commun
Ont mille nœuds sensibles Qu'il faille sentir rompre et tomber un par un
Sous des fers invisibles.
Ce sont les souvenirs de nos premiers printemps :
Notre rieuse enfance Aux bras de sa tendresse, et ses soins vigilants
Aux jours de la souffrance; Ce sont nos premiers bonds en dehors de ses yeux,
Et sa fierté ravie En écoutant le bruit de nos pas glorieux
Dans les champs de la vie ; Ce sont les sentiments de profonde amitié,
Flot sûr, inépuisable.
Dont jusqu'au dernier jour notre cœur est noyé
Par son àme adorable.
Et perdre tout cela, sans retour, quel malheur!
Quelles vives blessures!
Quel mal que de sentir à la harpe du cœur
Casser les cordes pures !
Tombent, tombent sur moi les coups les plus cruels