‹ SilvesChapitre 41 sur 119 · A MES AMIS GABRIEL ET EDOUARD DENTU · texte numérisé non relu

A MES AMIS GABRIEL ET EDOUARD DENTU

« Non, non, mes chers enfants, vous n'irez pas sur mer Quoique le vent soit doux, l'air pur, Thorizon clair, Et que Paul soit habile à manier ses rames, Je ne veux pas vous voir 2;aloper sur les lames. Car nous avons affaire ailleurs; il faut, tous deux, Que vous m'accompagniez , en garçons gracieux , Chez le brave docteur qui nous a fait visite. C'est politesse due à cet homme d'élite, Et, quel que soit l'ennui que vous puissiez avoir. Il sera toujours bien de remplir son devoir. »

A ces mots pleins de sens, de sage discipline.

LA VISITE PROVIDENTIELLE. l.'il,

Nos jeunes écoliers font assez grise mine,

Quittent la main de Paul et, murmurant un peu,

Disent : « Maman s'oppose, — un autre jour — adieu! »

Puis l'on va s'habiller, et, gagnant la demeure

De l'honnête Esculape , on reste près d'une heure

A l'entendre causer des choses du moment,

Du tiers, du quart, et puis on revient doucement

Au logis, pas à pas, muet, tête inclinée,

Et chacun se disant : « J'ai perdu ma journée! »

Or, comme on approchait des marches du loi^is ,

Voilà que l'on y trouve assemblé devant l'huis

Tout un monde ; des cris et des plaintes de femme

S'échappaient du dedans et vous effrayaient l'àme.

Quel malheur était -il arrivé depuis peu?

Était-ce une querelle? ou, plus encor, le feu.

Éclatant tout à coup, mettait -il en détresse

Les servantes? Hélas! hélas! c'était l'hôtesse,

Mère du jeune Paul, qui , criant et pleurant.

Tachait de ranimer son fils presque mourant

Qu'on venait d'apporter glacé par l'onde amèrc.

Et le corps immobile, au long d'une civière!

»i:32 LA VISITE PROVIDENTIELLE.

Le malheureux garçon!... A peine hors da port, Surpris d'un coup de vent qui trompa son effort, Il avait fait naufrage, et sans l'heureuse chance D'un navire passant juste en sa défaillanc? Et qui, jetant bien vite à la mer son canot. Avait pu l'arracher à la force du flot. De lui c'en était fait, il laissait sous la lame, Nageur bientôt lassé, son corps avec son âme.

A ce récit des, gens, la dame de Paris S'arrête, toute pâle... Elle songe à ses fils Oui devaient se trouver dans la barque du mousse. Et dont aucun n'eût pu de l'horrible secousse Revenir... Puis, avant de reprendre le pas, Elle serre un moment ses enfants dans ses bras Et leur dit : « Avec moi vous loûrez Dieu, j'espère, D'avoir eu ce matin une visite à faire! »

Pornic, 1S13.

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