EN PASSANT DANS UN PRE
Et puis elle écoutait les vagues harmonies
Qui , l'été, passent dans les airs, Le bruit des moucherons, les chansons infinies
Des gais oiseaux sous les couverts.
Et voilà que, troublant sa douce quiétude,
Avec les éclats de ta voix Et les coups redoublés d'une baguette rude,
Tu mets la pauvrette aux abois.
0 jeune homme, sois bon! de l'humble créature
Respecte l'innocent loisir, Sur le sein amoureux de la grande nature
Laisse-lui sa part de plaisir.
Qui sait? peut-être un jour auras-tu besoin d'elle;
Car un lien mystérieux.
Celui de la douleur, chaîne étrange et cruelle,
Unit tous les êtres entre eux.
Oui, peut-être qu'un jour, de bien loin, au village
T'en revenant par la chaleur, Le corps demi-courbé sous un pesant bagage,
Le front tout perlé de sueur, Dévoré par la soif, paljiitant. sans haleine.
EN PASSANT DANS UN PRE. l.'J7
Obligé môme d'arrêter, Seras- tu trop heureux, en ce moment de peine,
D'ouïr la rainette ciianter!
Alors les clairs accents de l'humide chanteuse
Te feront vite souvenir Que tout près des buissons de la route poudreuse
Un peu d'eau fraîche vient dormir; Et par elle guidé vers la nappe voisine,
Y puisant l'onde à pleine main.
Tu pourras apaiser les feux do ta poitrine
Et gaîment finir ton chemin.
Vosge?!, 1S44.