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LE BAISER DU HEROS

Quel honneur! bien des jours se sont passés depuis ; La mort môme, au héros faisant cruelle chasse, L'a pris tout palpitant de rêves d'avenir. Il n'est plus, mais toujours est vivante sa trace; Le monde de ses faits garde un grand souvenir, Et son baiser longtemps me brûlera la face.

Toi, qu'avaient respecté les foudres du canon Et qu'un vent froid d'automne a couché sur la terre , Toi , notre honneur,... je veux avec un vers austère Tresser une couronne à ton glorieux nom.

Je ne chanterai pas ta vaillance certaine,

Sur le sol africain ton héroïque ardeur;

Tu fis là ce que fait tout jeune capitaine

Qui naît dans notre France et porte haut le cœur.

Ce que je chanterai, c'est ta vertu civique. Ton esprit ferme et droit, ta mâle probité, Et ton sincère amour de cette république

Qui ne fleurit qu'avec l'ordre et la dignité.

A l'œuvre je t'ai vu quand la guerre civile Grondait, et qu'un ramas de féroces brouillons Attisait la révolte et jetait ses brandons A tous les coins fiévreux de notre grande ville.

Tu ne pactisas point avec les mains de sang ,

Tu frappas, quatre jours, l'hydre aux têtes sans nombre.

Et point ne profitas de ta victoire sombre

Pour garder du pouvoir le signe éblouissant.

Au contraire , quand vint l'heure grave où la France T'enleva les honneurs du haut commandement , Tu les quittas sans fiel et rentras en silence Au foyer des a'ieux vivre modestement.

Bel acte , un des plus beaux que présente le monde , Car de tout temps, partout, c'est une rareté De voir l'homme du glaive aimer d'amour profonde , Et couvrir de respect la sainte liberté.

0 guerrier, va là-haut t'unir aux grandes âmes Que sur terre on nomma Desaix , Hoche , Marceau ! Elles t'accueilleront dans leur noble troupeau , Comme une âme pareille et pleine de leurs flammes.

Novembre 1857.

D APRES LANDSEER.

On est au bord des flots, au printemps... Calme et pur,

Le soleil renaissant s'élève dans l'azur;

La mer est comme lui : sur les vagues tranquilles,

A l'horizon lointain, cent navires. agiles

Cinglent, la voile au vent, et dans différents ports

Vont contre d'autres biens échanger leurs trésors.

Maints pèclieurs font sécher leurs filets sur la plage,

Ou réparent les nefs, victimes de l'orage.

Au haut de la falaise, étendus sur le dos,

Des bergers nonchalants paissent de blancs troupeaux.

Puis là, près d'un affût brisé, de jeunes filles

Composent en chantant des bouquets de jonquilles,

Et la brebis, sans peur de leur chant printanier,

Broute l'herbe qui croît au fond d'un vieux mortier.

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