‹ Silves et rimes légèresChapitre 113 sur 244 · UNE VUE D'AMSTERDAM · texte numérisé non relu

UNE VUE D'AMSTERDAM

De môme que l'on voit mille veines fécondes

Serpenter dans le corps et , tuyaux bienfaisants,

Y porter la chaleur avec leurs rouges ondes,

De même cent canaux coupent dans tous ses plans

La Venise du Nord , et roulent en ses flancs

A flots calmes et doux la vie et l'abondance.

Là, vient de tous les coins de l'univers immense

La Fortune habillée en marin hollandais;

Là, de grands magasins, plus beaux que des palais,

Étalent leurs murs peints et leurs vitres brillantes:

Ce ne sont que comptoirs, que machines criantes

Élevant dans les airs d'innombrables fardeaux;

A chaque rue un port et ses mille tonneaux,

Et, tels que des poissons à la forte nageoire,

Des navires huilés reflétant sur les eaux

Leurs gros ventres de chêne ondes comme la moire.

Nous restâmes pensifs un moment tous les deux,

Et dans le fond du cœur nous nous dîmes : Heureux,

Heureux qui peut un jour s'en aller de la vie Aussi paisiblement que cette barque enfuie!

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