SOUVENIR D'UN POETE PERSAN
Tandis que sur un roc ma pensée attentive
Se perd à contempler l'immensité plaintive,
Les flots tumultueux s'en viennent à mes pies
Expirer en chantant sur les cailloux broyés...
« Que voulez-vous me dire, ô rumeur vagabonde?
— Nous venons, nous venons, fils de la mer profonde,
Image du Très-Haut, miroir de ses rayons,
Te raconter de lui le peu que nous savons.
Bien des esprits hautains gonflés par la science
Disent qu'elle pourra leur donner connaissance
Des fondements secrets du suprême élément :
Ah ! l'orgueil des humains se trompe étrangement !
La gloire du grand Être est sans borne , et la vue
La plus longue n'en peut mesurer l'étendue ;
Le cœur le plus rempli de sensibilité
N'en possède qu'un grain auprès de sa bonté;
L'oiseau de la pensée a beau jouer de l'aile,
11 n'atteindra jamais à l'Essence éternelle;
En cet autre océan où tout semble aboutir
Mille et mille vaisseaux sont allés s'engloutir,
Sans qu'on en ait jamais revu planche au rivage.
O poëte rêveur! que ton esprit soit sage !
Renonce au grand problème, et, pliant les genou s,
Sans chercher ce qu'est Dieu, chante-le comme nous ! »
Pornic, 184o.