K.\ PASSANT DANS UN PRE
Et les coups redoublés d'une baguette rude,
Tu mots la pauvrette aux abois.
0 jeune homme, sois bon ! de l'humble créature
Respecte l'innocent loisir, Sur le sein amoureux de la grande nature
Laisse-lui sa part de plaisir.
Qui sait? peut-être un jour auras-tu hesoin d'elle ;
Car un lien mystérieux, Celui de la douleur, chaîne étrange et cruelle,
Unit tous les êtres entre eux.
Oui, peut-être qu'un jour, de bien loin, au village
T'en revenant par la chaleur, Le corps demi-courbé sous un pesant bagage,
Le front tout perlé de sueur, Dévoré par la soif, palpitant, sans haleine,
Obligé même d'arrêter, Seras-tu trop heureux, en ce moment de peine,
D'ouïr la rainette chanter !
Alors les clairs accents de l'humide chanteuse
Te feront vite souvenir Que tout près des buissons de la route poudreuse
Un peu d'eau fraîche vient dormir; Et par elle guidé vers la nappe voisine ,
Y puisant l'onde à pleine main, Tu pourras apaiser les feux de ta poitrine
Et gaîment finir ton chemin.
Vosges, 1844.