‹ Silves et rimes légèresChapitre 39 sur 244 · LA COURSE DU BERGER · texte numérisé non relu

LA COURSE DU BERGER

Las de mener mon troupeau vagabond

De monts en monts, de plaine en plaine,

Sur un roc, près d'une fontaine, J'ai doucement laissé tomber mon front.

Là le sommeil aux chansons de la source

A fermé mes yeux un instant ;

J'ai dormi, puis, le cœur content, J'ai rouvert l'œil et j'ai repris ma course.

Tout en marchant, j'ai mené mon troupeau Aux bords fleuris d'une rivière, D'une rivière où fraîche et claire

L'onde courait à travers maint roseau.

Tandis qu'agneaux paissaient l'herbe profonde, A fleur d'eau nageait le poisson, Et moi, les mains sur mon bâton,

Je contemplais ses mille jeux sous l'onde.

L'heure passait ; mais voilà que des chants

Frappent mon âme inattentive :

Je regarde et, sur l'autre rive, Je vois assis dans l'herbe deux amants. Or ces enfants, au sein de la verdure,

Sans voir qui venait si près d'eux.

Comme au nid des oiseaux heureux.

Chantaient l'amour et la belle nature.

A leur gaîté, de mon antique ardeur

Me revint prompte souvenance;

Le temps de mon adolescence Comme un trait d'or repassa dans mon cœur, Et je leurs dis : De cette heure bénie

Jouissez bien, heureux amants !

Ainsi que l'onde aux bruits charmants, L'heure d'amour n'est que trop vite enfuie.

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