FOLLE JEUNESSE
Si jeunesse savait Les choses de la vie , Comme cette étourdie Souvent s'épargnerait La plainte et le regret !
Mais elle ne sait pas , Et l'adorable folle A tous les pièges vole Et de funestes lacs Embarrasse ses pas.
Et cependant pourquoi Lui vouloir la sagesse Moins folle, la jeunesse Aurait-elle, ma foi, La grâce que j'y voi?
11 faut, aux premiers ans, Que cette fougue neuve Passe par mainte épreuve Pour comprendre le sens De la vie et du temps.
O jeunesse sans yeux , Cours donc à l'aventure Briser ta forme pure Sur les rocs anguleux D'un monde cauteleux !
Quels que soient les effets De ton imprévoyance, Va, toute ma science Encor je donnerais Pour tes rudes échecs ;
Oui , pour le souffle amer D'un printemps plein d'orage, Je donnerais, peu sage, L'azur tranquille et clair Du plus beau ciel d'hiver.