‹ Similia similibus, ou, La guerre au Canada [microforme]Chapitre 16 sur 36 · UN TOURNOI ‘UP TO DATE · texte numérisé non relu

UN TOURNOI ‘UP TO DATE

Dans cette même calme et déjà chaude matinée de juillet, une grande animation régnait dans un certain rayon autour du somptueux palais qui occCupe—approximativement sinon exactement—le site aérien où se dressait jadis au bord du Cap l'historique Château Saint-Louis, résidence des gouverneurs du Canada sous la monarchie française.

C’est encore un château, beaucoup plus vaste et plus riche que l’ancien, mais il a changé de nom et de destination, comme de forme et de dimensions. Inutile d’insister sur un fait à “rai dire universellement notoire : il est entendu

ue le Château Frontenac de Québec, abréviativement nommé le Château, est l’une des plus belles hôtelleries de “:xe du monde entier.

Là comme dans le reste de la ville, on semblait n’avoir dormi que d’un œil, car dès le petit jour c'étaient des allées et venues presque continuelles entre le Château et ce qui restait de la citadelle voisine, dont les envahisseurs noc- (76)

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turnes s'étaient emparés sans péril et sans gloire, attendu que les quelques survivants de la garnison s'étaient beaucoup plus préoccupés de retirer des décombres leurs malheureux camarades enterrés vivants que de prolonger une défense d’ailleurs humainement impossible.

Tout ce qui portait khaki, officiers ou subalternes en vie, avait donc été coffré, et la ville, au moins pour un temps, était bel et bien aux mains des Allemands.

Le ‘bombardement, savamment repéré, avait eu l'intelligence de Commencer par disposer sommairement des grands quartiers de commandement, écrasant sous des ruines fumantes à peu près tout le personnel supérieur, de sorte que ceux de la petite garnison qui avaient échappé au désastre s'étaient trouvés dès le début sans chefs et sans direction.

Quant aux bataillons de ville, Milice Volontaire et Garde Civique, la destruction des arsenaux et magasins militaires les réduisait du Coup à l’impuissance.

Le gros des deux mille hommes qui composaient le corps d’iuvasion, et qui à vrai dire

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n'avaient eu qu’à pénétrer dans la place démantelée en chantant Deutschland über alles, s'était, après sa facile victoire, installé tant bien que mal pour la nuit dans ce qui restait debout des casemates, ou avait couché à la belle étoile.

Quant à l'état-major, déjà, comme on l’a vu précédemment, inscrit pour un bon nombre au grand hôtel sous de faux noms de voyageurs, il n'avait pas eu à déménager ses quartiers généraux ; il s'était tout bonnement, par droit de conquête, émparé de tout un pavillon du vaste établissement, où d’heure en heure des courriers apportaient les rapports des différents postes ou venaient prendre les nouveaux ordres.

Jusqu'ici, les rapports reçus étaient d’une monotonie désespérante : tout était paisible en ville, toutes les issues indiquées sur les plans secrets de l'état-major, ponts, embarcadères, gares, chemins de voiture, étaient gardées à vue; le maire et les principaux échevins confinés dans leurs maisons cernées de toutes parts.

Dans cette procession de commissionnaires affairés qui passaient et repassaient dans les corridors du Château, on en remarquait qui ne

UN TOURNOI 79 a — — — portaient pas l'uniforme : ceux-là devaien: appartenir à l'honorable catégorie des gens sans aveu qui, d'ordinaire, sont pris à l'emploi de ce qui en anglais porte le nom adouci de Secret Intelligence Service, mais de ce que nous, Gaulois habitués à appeler un chat un chat, dénom- Mons tout brutalement l'Espionnage.

Inutile de dire que la petite armée d’invasion avait dans l'hôtél, à côté de la hiérarchie militaire proprement dite, un bureau spécial d’intelligence secrète, desservi en sous-main par toute une ribambelle de sacripants de bas étage chargés de surveiller la population. S’il n’en dépendait que de ces bons apôtres, la bénigne proclamation du Commandant ne tarderait pas à recevoir son unique et expéditive sanction : la peine de mort. Jusqu'ici, on l’a vu, ces sbires incognito n'avaient guère été heureux dans leurs entreprises.

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tonnue sous le nom de Terrasse Dufferin, qui s'étend depuis le Château jusqu’au pied du glacis de la citadelle, était à cette heure encore

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matinale moins achalandée que d'ordinaire, sans toutefois être tout à fait déserte.

On y apercevait ça et là quelques-uns des conquérants, les uns flânant sur les banquettes le sabre entre les jambes, d’autres paresseusement adossés à la balustrade du bord, causant bruyamment entre eux, se donnant mutuellement du herr hauptmann ou du herr oberstlieutenant, sans jamais manquer, comme de raison, de nuancer d’un ton la distance hiérarchique qui sépare ces grades l’un de l’autre. Autre distinction non moins perceptible : dans la manière de porter le harnachement de guerre, la différence était frappante entre le junker fratchement arrivé de Prusse, et le German-American raccolé pour la circonstance dans quelque brasserie de Milwaukee ou quelque machine-shop de Pittsburg :—le premier rigidement moulé dans sa tunique, l’autre mal à l’aise et gauche dans l'uniforme d'occasion qu’il avait dû se procurer à la hâte sur réception de l’ordre secret qui l’appelait inopinément au service et lui enjoignait de se rapporter à date fixe à Québec.

Après le petit déjeuner matinal, les plus hardis

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de ces pensionnaires armés de pied en cap se risquent peu à peu dans les rues voisines.

Parmi eux se trouvent sans doute des critiques d'art. Le monocle à l’œil, ils toisent Champlain d’abord, puis Laval d’un air entendu et dédai- &neux ; il y a beau temps qu’il ne se fait plus de ces petits Monuments d'enfant en Allemagne.

Notre Cathédrale du 17ième siècle, nos vieilles maisons du temps des Français ne leur disent rien qui vaille. Le massif du grand hôte] luimême leur fait pitié : servile plagiat des chàteaux Renaissance de la Loire, voilà tout.

— Ah ! s’écrie tout à coup l’un de ces herr Professors, voici au moins qui nous rappelle un peu le Vaderland.

guide allemand voulut à tout rix lui faire admirer

chaque détail de cette merveille de lourdeur. Après Jui

so signalé les statues allégoriques ornent la base ut

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