‹ Simon de Montfort, comte de Leicester: comte de Leicester, sa vie (120?-1265Chapitre 26 sur 232 · Testament de Perronelle dans Marca, p · texte numérisé non relu

Testament de Perronelle dans Marca, p

5. Mathe de Bigorre avait, on le sait, épousé Gaston de Béarn et lui avait apporté en aot le Marsan. Simon voulut détourner les marchands bigorrans des routes oui traversaient le Gavardan et le Marsan, et persuada aux gens delà Bigorre de ne plus paver à Gaston certains droits dits francages; de l'autre il contraignit les chevaliers du Marsan à venir plaider leurs procès devant les tribunaux gascons et défendît aux Bigorrans d'en appeler de la cour de Bigorre à celle de Morlaas. En même

et il y réussit assez bien pour que Gaston se plaignît amèrement plus tard des vexations continuelles que Simon de Montfort avait fait endurer à ses sujets.

Qu'on nous permette de résumer ici, en devançant un peu le temps, les péripéties de ce jeu serré d'intrigues engagé par Gaston et par Simon autour de ce bel enjeu : le comté de Bigorre.

Boson de Matas, beau-père de Gaston, mourut en février 1251. Le vicomte de Béarn, au nom de sa femme, réclame aussitôt les biens du défunt à Chabanais et à Confolens. Alix, fille de la comtesse Perronelle et de Gui de Montfort, oppose à ces prétentions les droits de son jeune fils Esquivât; mais elle meurt à son tour. Nouvelles revendications de la part de Gaston ; l'affaire est soumise à la cour de Chabanais présidée par Simon de Montfort ; Gaston n'y paraît pas*. Un jugement par défaut est alors prononcé contre lui, Esquivât est mis en possession de tous ses biens. Le testament de la comtesse Perronelle (3 novembre 1251) vient enfin enlever à Gaston ses dernières espérances : sacrifiant la postérité issue de son cinquième mari à celle du troisième, elle institue pour héritier son petit-fils Esquivât, et à son défaut, le frère cadet de celui-ci, Jourdain ; si ces deux princes venaient à mourir sans héritier, la succession reviendrait à Mathe, femme de Gaston*. En outre, c'est le comte de Leicester qu'elle charge de veiller à la défense du comté et de protéger la faiblesse de son petit-fils préféré Esquivât. Désormais, et pendant plus de dix ans, Simon restera maître de la Bigorre, l'objet des ardentes convoitises de Gaston de Béarn.

Simon de Montfort avait encore à surveiller le comte de Toulouse et le roi de Navarre. Contre le premier, il fait

temps, il établit un prévôt pour surveiller les frontières du Marsan. Appendice, n« 25.

i. Gaston prétendit plus tard que Simon avait refusé de lui • faire droit. >» Simon affirma au contraire qu'assignation ayant été donnée à Gaston, époux de Mathe, et à Raoul de Courtenai, second mari d*Alix de Montfort, ce dernier seul s'était présenté. L'absent eut tort. — Le revenu des terres disputées se montait annuellement à 500 marcs. En 1253, Esquivât en était paisible possesseur. Voy. Appendice, n» 25, et les Etudes sur Bayonne, II, 576.

2. Elle énumère ensuite ses créances et ses dettes. Simon aurait dû lui payer 7,000 sous merlans de rente annuelle ; au moment où fut rédige le testament, il était en retard de 15,500 sous. La testatrice le

alliance avec le vicomte de LomagDe\ La maladie, puis la mort de Raimond VII vont d'ailleurs bientôt le délivrer de tout souci de ce côté. Quant au roi de Navarre, il le va trouver; dans une entrevue qu'ils ont à Ainhoue (6 novembre 1648)', ils décident de nommer des arbitres pour régler toutes les contestations, anciennes ou récentes, entre les deux couronnes. Là encore, tout danger est ocarté.

Simon put alors se donner quelque repos. Sans presque tirer Tépée, il avait, dans une campagne de trois mois (octobre-décembre 1248), rallié les partisans du roi, frappé les rebelles, dénoué toute complication extérieure. Après avoir mis les châteaux en bon état de défense, il se rendit en Angleterre. A Westminster, où il arriva dans les premiers jours de janvier (1249), il fut accueilli avec joie par le roi et par toute la cour*.

On ne sait à quelle époque il repassa sur le continent ; peut-être était-il encore en Angleterre lorsque l'illustre archevêque de Rouen, Eudes Rigaud, y vint (du 21 avril au 7 mai) pour recueillir certains revenus qui appartenaient à son église \ U est probable que Simon, recommandé auprès du prélat par son fidèle ami et correspondant, le modeste Adam de Marsh, eut alors une entrevue avec Téminent réformateur*. Il était certainement en Gascogne dès les premiers jours de juin. Bien fourni d'hommes et

« supplie humblement et le requiert, au nom de N.-S. Jésus-Christ » de payer inté^alement cette somme à ses exécuteurs testamentaires I pour qu'ils puissent exécuter ses dernières volontés. • Simon avaitil donc l'habitude de ne pas payer ses dettes ?

t. Arnaud-Otton, vicomte de Lomagne, était à la fois vassal du comte de Toulouse et du roi d'Angleterre, Vaissète, éd. Privât, t. VIII, 1251 ; cf. Guillaume de Puylaurens dans Bouquet, XX, 772, et Potthast Hegesta, n® 13,069 etsuiv.

2. Voir cet acte à l'Appendice, n» 3. Cet accord fut ratifié par Henri III le 6 février 1249. Rymer; Bréquigny, Table des Diplômes y VI, 182. — Le 7 février, Henri III donne à Simon pleins pouvoirs pour traiter avec le roi Thibaut. Rot. pat,, anno 33, m. 1. Cf. Rymer à la date du 10 janvier.

3. Il ramenait avec lui plusieurs des chevaliers et sergents que Henri III avait mis à sa disposition. Mat. Paris, V, 48.

4. Mat. Paris, V, 72. Le séjour d'Eudes en Angleterre est fixé par son journal. Voy. le Registrum visitât. Od. /?., à la date.

5. C'est du moins ce que l'on peut conclure de la lettre 6 d'Adam de Marsh, si, comme je le pense, cette lettre est de 1249 (Brewer, MonUmenta franciscana, p. 86).

d'argent*, il ^tait en mesure de réprimer tous les soulèvements. L'occasion ne tarda pas à se présenter.

Le 28 juin une émeute éclate à Bordeaux* : les Rostein et les Colon sont aux prises. On court avertir le comte. Simon, qui était encore au lit, s'arme en toute hâte, et, suivi de quelques chevaliers, il se jette parmi les combattants. Les bourgeois partisans des Colon se mettent aussitôt sous ses ordres et chargent leurs ennemis. Cependant le chef de la faction ennemie, le vieux Rostein, tout malade qu'il est, sait prendre des mesures énergiques. D'accord avec lui, le maire convoque les jurés et les trois cents bourgeois chargés de la police municipale, et se dirige avec eux vers le marché qu'occupaient les Colon. Repoussé, il commençait à battre en retraite, lorsqu'il est assailli près de la porte Vigerie par les hommes d'armes du comte qui dispersent sa petite troupe ; la maison de Rostein est cernée, et bientôt il faut capituler : Rostein dut se rendre à merci et livrer les prisonniers faits sur les Colon. Le lendemain (29 juin) le comte exigea de chaque parti vingt otages et trois maisons à son choix avec toutes leurs « armures » ; mais, considérant que les Rostein étaient les plus compromis, il relâcha les chefs du parti des Colon, acceptant à leur place leurs fils, neveux et cousins, tandis qu'il faisait garder étroitement les autres".

Plusieurs des partisans de Rostein s'étaient échappés de Bordeaux, tant pour se soustraire à la fureur du comte, que pour éviter de tomber sous les coups des « Colombins » qui, après la délivrance de leurs chefs, s'étaient répandus

\ . Mat. Paris, V, 77.

2. Sur cette émeute, nous avons une double version : celle de Gaillard Delsoler (Appendice, n® 13) et celle de Simon de Montfort {ibid., n» 14). Bien qu elles se contredisent sur plusieurs pointe, elles permettent de faire un récit exact de cette journée grosse de conséquences.

3. Rostein et les otages de son parti furent d'abord enfermés dans le château de Bordeaux. Rostein en particulier était logé ■ en une belle chambre onestemant et honorablement >, où il était servi par ses domestiques et hors de tout lien. Ils furent ensuite transportés au château de la Roker (?). Rostein y tomba malade et offrit de laisser en otaçe son fils Gaillard jusqu'à ce qu'il fût guéri ; Simon accepta ; mais Gaillard était alors enfermé dans Fronsac avec son frère Pierre (ils étaient tous deux absents de Bordeaux le 28 juin) et avec plusieurs de ses amis ; il refusa de venir tenir la place de son père. Celui-ci mourut, il mourut de chagrin, dit Simon c kar, se Rosteins fust loiaus homs, plus li deust grever la desloiauté que ses filz fist d'estre contre le roi, et ce qu'il ne le vont ostatger, que autres noveles ». Appendice, n« 14.

dans la ville et avaient pillé les maisons de leurs ennemis. Le comte fit crier dans toute la ville que les fugitifs pourraient rentrer sans crainte, s'ils promettaient de venir se justifier de leur conduite devant les juges. Cette condition les effraya pour la plupart ; Simon prit alors leurs biens « parce qu'ils étaient défaillants » ; quant à ceux qui ne craignirent pas de revenir, leurs biens furent confisqués « parce qu'il fallait faire des exemples ' » .

Après avoir anéanti ses ennemis à Bordeaux, le comte de Leicester les poursuivit dans leurs refuges.

Raimond, vicomte de Fronsac, qu'une sentence arbitrale venait de condamner à livrer son château à Simon de Montfort% osa, au lieu d'exécuter le jugement, donner asile aux proscrits derrière les murs de sa forteresse. Simon marcha contre eux à la tête de ses chevaliers et de la « commune » de Bordeaux, contraignit la garnison à capituler et détruisit le château \ Les chefs de la résistance, le vicomte de Fronsac et Gaillard Delsoler, parvinrent, il est vrai, à lui échapper, mais il confisqua les biens que Raimond possédait à Bourg, et les fiefs qu'il tenait du vicomte de Castillon * ; puis il envoya en Angleterre Amauvin de Vayres qui, en pleine cour du roi, accusa le vicomte de Fronsac de félonie ; n'avait-il pas en efiet traité avec Alfonse de Poitiers pour lui livrer la Gascogne ? Amauvin avait assisté en personne à l'entrevue, et offrait de faire telle preuve qu'on voudrait des faits incriminés. La cour décida en effet que Raimond serait cité à comparaître devant le roi le 3 février suivant. Le comte de Leicester fut chargé de transmettre cette citation à l'accusé, et l'on peut croire qu'il exécuta cet ordre avec un vif plaisir*.

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