‹ Simon de Nantua ou Le Marchand ForainChapitre 36 sur 54 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Réflexions du compagnon de Simon de Nantua, sur le respect dû aux monumens publics.

Je vous ai fait attendre long-temps, mes chers lecteurs , pour arriver à Amiens. Nous voici enfin dans le chef-lieu du département de la Somme , et logés dans une maison où il y avait une espèce de "traiteur au rez-de-chaussée. Pendant que Simon de Nantua fit ses petites courses, j'allai visiter la ville que je ne connaissais pas. J'eus le temps, avant l'heure à laquelle nous devions nous retrouver avec mon compagnon, de voir la cathédrale, dont j'avais entendu pavler comme d'un magnifique monument. Je restai longtemps à contempler ce bel édifice, si parfaitement conservé , et qui n'a pas souffert la plus légère insulte à l'époque où l'on détruisait tant de belles choses. Ce spectacle fit naître en moi une suite de réflexions, qui me conduisirent à concevoir une opinion très-favorable de la sagesse des habitans d'Amiens. Autant il me parait affligeant de voir mutiler les monu-

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mens publics , qui sont des proprie'te's nationales, autant il me semble honorable et digne d'un peuple éclairé, de respecter et de préserver de toute espèce d'outrages ces mêmes monumens, qui attestent à la fois la gloire, la richesse et le génie d'une nation. Si les ravages causés par le temps offrent un triste spectacle, il s'y mêle du moins quelque chose de sublime et d'imposant , qui fait que l'on aime encore à le contenîpler ; mais la destructioit produite par la main des hommes n'a rien de beau ; tout est hideux en elle. IN'est-ce pas assez que le temps sape nos œuvres fragiles , et devons-nous seconder ses efforts destructeurs ? Mettons bien plutôt tous nos soins h réparer le mal que font ses coups, à mesure qu'il les porte. Tandis que de nouveaux témoins s'élèvent pour perpétuer le souvenir du génie de notre âge, honorons, respectons, conservons les antiques témoins de celui de nos pères , de qui la gloire est notre héî'itage. Notre pays est riche en nlonumens de magnificence nationale et d'utilité publique. Les étrangers viecinent admirer ces belles propriétés, et rendre hommage au peuple qui les a créées. Elles nous ont valu l'admi-

ration du monde et jusqu'à celle de nos ennemis. Que penseraient-ils de nous, s ils nous les voyaient dédaigner, abandonner, mutiler même? Que chaque citoyen veille donc à la conservation des monuraens de son pays et de toutes les richesses publiques ; qu'il seconde , par sa vigilance , celle de l'autorité protectrice; mais quil donne surtout l'exemple d'un honorable respect pour tout ce qui appartient à l'état. Que les routes qui établissent une précieuse communication entre les divers points du royaume , soient entretenues avec exactitude -, que les habitans des campagnes ne craignent pas de consacrer quelques instaus à ces travaux d'une utilité générale, et dont ils doivent eux-mêmes recueillir le fruit; que les canaux qui unissent nos rivières, et dont le commerce retire un si grand avantage , soient l'objet d'un soin spécial; que tout ce qui est beau, grand et utile enfin, devienne inviolable , et placé sous la sauvegarde du respect et du zèle public, aussi-bien que sous celle des lois. Cette réunion de volontés pour le bien général serait sans doute un des plus beaux et des plus nobles

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caractères qui pussent distinguer une nation généreuse et éclairée.

En me livrant à de semblables réflexions , j'étais insensiblement revenu sur mes pas , et je me retrouvai à l'auberge, au moment où Simon de Nantua venait d'y rentrer aussi.

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