DULAURET
Sachons donc enfin qui vous êtes?
Qui je suis? voire débiteur !
( Pressant vivement Dulauret et Euphrasie ).
Ah ! morbleu ! quel bien vous me faites '■■■• Vous aile z soulager mon cœur!
JÉRoME, se frappant le front ci vivement.
Ah !... j'y suis aussi , not' maître... je devine ce que c'est... c'est... c'est ce que vous allez voir.
M. PATELOT, à part.
Je n'y suis pas , moi.
Combien y a-t-il de temps que vous habitez le Havre ?
M. DULAURET.
Mais il y a à peu près vingt ans.
JÉRÔME, sautant de joie.
C'est ça ! c'est ça !...
Vous ne vous rappelez pas... à cette époque... un pauvre diable... qui était sur le port... et qui ne demandait pas mieux que de gagner de l'argent...
M. DULAURET.
Ma foi ! il yen a tant tous les jours qui...
Vous lui fîtes porter un ballot de marchandises.
M. DULAURET,
C'est très-possible.
Vous lui donnâtes pour sa peine un louis d'or, croyant ne lui donner que vingt-quatre sous.
JÉRÔML , sautant de joie.
C'est ça , c'est ça !
M. DULAURET.
Attendez donc... effectivement... mais il eut la probité île me le rendre, et pour le recompenser, je lui dis : Garde-le, je souhaite qu'il t'en rapporte d'autres.
JÉRÔME, sautant de joie et montrant la pièce d'or que Simonie Franc lui a donnée.
C'est ça... c'est ça... comme à moi.
Ajr : Que j' sème , que j' plante.
Employant bien mes journées, J'ai profité de l'avis, Au bout de quelques années, Vos vœux se sont accomplis. C'est VOUSÎ...
Moi même!...
A votre conseil unique Puisque je dois mon bonheur, L'argument est sans réplique ; Je suis votre débiteur.
M. DULAURET.
Se peut-il !...
En un mot, vous revoyez ici Simon-le-Franc, autrefois porte-faix, ensuite porte-balle, aujourd'hui millionnaire.... ( // montre un gros porte-feuille qu il sort de sa poche\ J'offre un exemple étonnant de ce que peuvent l'industrie et le travail.
( Même Air. )
Heureuse l'âme attentive , Heureux l'homme prévoyant Qui dans la mollesse oisive !Ne perd pas un seul instant !
Le temps est un fleuve immense Qui coule sans s'arrêter, Mais il laisse l'abondance I p- Chez qui sait en profiter. ]
JÉRÔME
J'ai dit qu' c'était un bon homme, et je ne m/en dédis pas !
SIMON-LE-FRANC , à Bulauret.
Un associé vous manque, me voilà! je n'ai pas de famille, vous m'en servirez; vous projettiez un mariage, il se fera...
HT. patelot, Varrêtant.
Qu'est-ce que vous dites donc? Non , il ne se fera pas.
simon-le-franc, vivement.
Et moi, je vous Jis qu'il se fera. Je vous ai appelé tantôt original, c'est vrai; mais qu'importe? Puisque vous vous aimez...
M. PATELOT.
Au contraire.
SIMON-LE-FRANC , à Dulauret.
\ous avez promis une dot, je m'en charge. M. patelot, à Simon-le-Franc.
Mais, Monsieur, c'est un mauvais service que vous nous rendez là.
Comment:' Plaît-il? Vous refusez? delà fierté!
M. PATELOT.
Au contraire.
Vous acceptez donc?
M. PATELOT.
Non.
Ah morbleu ! je perds patience.
M. patelot, h Kuphrasie.
Mademoiselle, parlez donc, vous savez ce que vous m'avez promis.
M. DULAURET, à Euphrasie .
Que veut-il dire?
EUPHRASIE
Que pour n'affliger personne, il faut accepter les offres de M. Simon-le Franc, el rendre à M. Patelot sa liberté... Je ne l'aime point et ne l'aimerai jamais.
M. DULAURET.
Qu'entends-je ?
M. PATELOT.
La vérité1 Mademoiselle ne peut pas me souffrir, et par ce sentiment elle met le comble à son amitié pour moi. Une autre est l'objet de mes vœux; c'est Hélène que j'adore, et je n'épousais votre fille que par obéissance.
JÉRÔME, à M. Dulauret.
Nous y voilà, Monsieur... c'est l'Hélène d' tantôt, vous -^vez? ( 11 chante.)
Esl-te lui , chère Hélène ?...
M. DULAURET.
Oui , oui , je rends à votre père sa parole, mon cher Patelol , el vous pouvez partir quand vous voudrez.
M. PATELOT.
Vous me comblez de joie.
SLMON-LE-FRATSC, à Euphrasie,
Quant à vous, ma chère enfant, consolez-vous de la perte de Monsieur Patelot!... jeune, aimable... et riche, puisque je le suis , vous ne manquerez pas d'épouseurs.
Au contraire.
Air : Vaudeville de M. Panoufle.
Ali ! franchement je plains celui
Qui , sans rougir de sa bassesse ,
Spécule sur les maux d'autrui
Pour amasser plus de richesse !
Mais heureux qui de la faveur
Dédaignant la route commune...
Peut dire : je dois à l'honneur i Bis
L'origine de ma fortune. 5 TOUS ENSEMBLE-
M. DULAURET.
Mondor, qui par d'infâmes jeux
De sa maison lit un repaire,
Va , pour cacher ses gains honteux ,
Se réfugier dans sa terre.
Mais partout la honte le suit ,
Sa conscience l'importune ,
Et lui reproche jour et nuit I «•
L'origine de sa fortune. j
Cancale est un fort bon pays, Son rocher n'a rien qui l'égale.
Partout on vante ses produits, Vive le rocher de Cancale!
Mon père, homme fort entendus I*j a craint de concurrence aucune.
Et c'est aux huîtres qu'il a dû l n- L'origine de sa fortune. * ""
JÉRÔME
En v'nant au mond' je n'avais rien , ?our moi le sort fut intraitable ; Je n' possèd" pas le plus p'tit bien , Je suis toujours un pauvre diable ; Aussi je n' fais point d'embarras , Ma modestie est peu commune, Et du moins je ne cache pas i d -. L'origine de ma fortuue. j
Fabert , dont le nom si connu
Fit long-temps l'orgueil delà France,
N'était qu'un soldat parvenu
El ne caillait point sa naissance.
Si quelqu'un la lui rappelait ,
Loin de lui conserver rancune,
Avec plaisir il racontait j p-
L'origine de sa fortune. ï
EUPHRASIE, au Public.
L'auteur invoque votre appui; Content d'un modeste partage, Pour toute richesse aujourd'hui Il ne veut que votre suffrage.
Sur vous seuls fondant son espoir, S'il trouve une chance opportune , Il sera fier de vous devoir 1 £• L'origine de sa fortune. j
directeur.
Imprimerie PORTHMANN, rue Sainte-Anne, n. 43.
3ewrin, Charles Augustin Simon-le-Franc