‹ Simon-le-Franc; ou, L'origine de ma fortune, vaudeville-anecdote en un acteChapitre 18 sur 18 · DULAURET · texte numérisé non relu

DULAURET

Sachons donc enfin qui vous êtes?

Qui je suis? voire débiteur !

( Pressant vivement Dulauret et Euphrasie ).

Ah ! morbleu ! quel bien vous me faites '■■■• Vous aile z soulager mon cœur!

JÉRoME, se frappant le front ci vivement.

Ah !... j'y suis aussi , not' maître... je devine ce que c'est... c'est... c'est ce que vous allez voir.

M. PATELOT, à part.

Je n'y suis pas , moi.

Combien y a-t-il de temps que vous habitez le Havre ?

M. DULAURET.

Mais il y a à peu près vingt ans.

JÉRÔME, sautant de joie.

C'est ça ! c'est ça !...

Vous ne vous rappelez pas... à cette époque... un pauvre diable... qui était sur le port... et qui ne demandait pas mieux que de gagner de l'argent...

M. DULAURET.

Ma foi ! il yen a tant tous les jours qui...

Vous lui fîtes porter un ballot de marchandises.

M. DULAURET,

C'est très-possible.

Vous lui donnâtes pour sa peine un louis d'or, croyant ne lui donner que vingt-quatre sous.

JÉRÔML , sautant de joie.

C'est ça , c'est ça !

M. DULAURET.

Attendez donc... effectivement... mais il eut la probité île me le rendre, et pour le recompenser, je lui dis : Garde-le, je souhaite qu'il t'en rapporte d'autres.

JÉRÔME, sautant de joie et montrant la pièce d'or que Simonie Franc lui a donnée.

C'est ça... c'est ça... comme à moi.

Ajr : Que j' sème , que j' plante.

Employant bien mes journées, J'ai profité de l'avis, Au bout de quelques années, Vos vœux se sont accomplis. C'est VOUSÎ...

Moi même!...

A votre conseil unique Puisque je dois mon bonheur, L'argument est sans réplique ; Je suis votre débiteur.

M. DULAURET.

Se peut-il !...

En un mot, vous revoyez ici Simon-le-Franc, autrefois porte-faix, ensuite porte-balle, aujourd'hui millionnaire.... ( // montre un gros porte-feuille qu il sort de sa poche\ J'offre un exemple étonnant de ce que peuvent l'industrie et le travail.

( Même Air. )

Heureuse l'âme attentive , Heureux l'homme prévoyant Qui dans la mollesse oisive !Ne perd pas un seul instant !

Le temps est un fleuve immense Qui coule sans s'arrêter, Mais il laisse l'abondance I p- Chez qui sait en profiter. ]

JÉRÔME

J'ai dit qu' c'était un bon homme, et je ne m/en dédis pas !

SIMON-LE-FRANC , à Bulauret.

Un associé vous manque, me voilà! je n'ai pas de famille, vous m'en servirez; vous projettiez un mariage, il se fera...

HT. patelot, Varrêtant.

Qu'est-ce que vous dites donc? Non , il ne se fera pas.

simon-le-franc, vivement.

Et moi, je vous Jis qu'il se fera. Je vous ai appelé tantôt original, c'est vrai; mais qu'importe? Puisque vous vous aimez...

M. PATELOT.

Au contraire.

SIMON-LE-FRANC , à Dulauret.

\ous avez promis une dot, je m'en charge. M. patelot, à Simon-le-Franc.

Mais, Monsieur, c'est un mauvais service que vous nous rendez là.

Comment:' Plaît-il? Vous refusez? delà fierté!

M. PATELOT.

Au contraire.

Vous acceptez donc?

M. PATELOT.

Non.

Ah morbleu ! je perds patience.

M. patelot, h Kuphrasie.

Mademoiselle, parlez donc, vous savez ce que vous m'avez promis.

M. DULAURET, à Euphrasie .

Que veut-il dire?

EUPHRASIE

Que pour n'affliger personne, il faut accepter les offres de M. Simon-le Franc, el rendre à M. Patelot sa liberté... Je ne l'aime point et ne l'aimerai jamais.

M. DULAURET.

Qu'entends-je ?

M. PATELOT.

La vérité1 Mademoiselle ne peut pas me souffrir, et par ce sentiment elle met le comble à son amitié pour moi. Une autre est l'objet de mes vœux; c'est Hélène que j'adore, et je n'épousais votre fille que par obéissance.

JÉRÔME, à M. Dulauret.

Nous y voilà, Monsieur... c'est l'Hélène d' tantôt, vous -^vez? ( 11 chante.)

Esl-te lui , chère Hélène ?...

M. DULAURET.

Oui , oui , je rends à votre père sa parole, mon cher Patelol , el vous pouvez partir quand vous voudrez.

M. PATELOT.

Vous me comblez de joie.

SLMON-LE-FRATSC, à Euphrasie,

Quant à vous, ma chère enfant, consolez-vous de la perte de Monsieur Patelot!... jeune, aimable... et riche, puisque je le suis , vous ne manquerez pas d'épouseurs.

Au contraire.

Air : Vaudeville de M. Panoufle.

Ali ! franchement je plains celui

Qui , sans rougir de sa bassesse ,

Spécule sur les maux d'autrui

Pour amasser plus de richesse !

Mais heureux qui de la faveur

Dédaignant la route commune...

Peut dire : je dois à l'honneur i Bis

L'origine de ma fortune. 5 TOUS ENSEMBLE-

M. DULAURET.

Mondor, qui par d'infâmes jeux

De sa maison lit un repaire,

Va , pour cacher ses gains honteux ,

Se réfugier dans sa terre.

Mais partout la honte le suit ,

Sa conscience l'importune ,

Et lui reproche jour et nuit I «•

L'origine de sa fortune. j

Cancale est un fort bon pays, Son rocher n'a rien qui l'égale.

Partout on vante ses produits, Vive le rocher de Cancale!

Mon père, homme fort entendus I*j a craint de concurrence aucune.

Et c'est aux huîtres qu'il a dû l n- L'origine de sa fortune. * ""

JÉRÔME

En v'nant au mond' je n'avais rien , ?our moi le sort fut intraitable ; Je n' possèd" pas le plus p'tit bien , Je suis toujours un pauvre diable ; Aussi je n' fais point d'embarras , Ma modestie est peu commune, Et du moins je ne cache pas i d -. L'origine de ma fortuue. j

Fabert , dont le nom si connu

Fit long-temps l'orgueil delà France,

N'était qu'un soldat parvenu

El ne caillait point sa naissance.

Si quelqu'un la lui rappelait ,

Loin de lui conserver rancune,

Avec plaisir il racontait j p-

L'origine de sa fortune. ï

EUPHRASIE, au Public.

L'auteur invoque votre appui; Content d'un modeste partage, Pour toute richesse aujourd'hui Il ne veut que votre suffrage.

Sur vous seuls fondant son espoir, S'il trouve une chance opportune , Il sera fier de vous devoir 1 £• L'origine de sa fortune. j

directeur.

Imprimerie PORTHMANN, rue Sainte-Anne, n. 43.

3ewrin, Charles Augustin Simon-le-Franc

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