‹ Simon Terre-Neuve, vaudeville en 1 acteChapitre 9 sur 24 · SIMON, LOUISE · texte numérisé non relu

SIMON, LOUISE

SIMON

Vous les laissez aller?

LOUISE

Oui, pour qu'ils reviennent plus vite.

SIMON

Dites rien, dites rien... laissez -moi vous regarder de tous me* yeux, romme je vous regardais tous les dimanches, derrière le pilier de pierre delà paroisse Saint-Martin, car j’ peux tout vous avouer maiutcunnt.

LOUISE

Quoi! vous m’aimiez?

SIMON

Si je vous aimais, mademoiselle LouiiC; mais depuis deux ans j* n'ai pas une pensée qui ne soit à vous , j* n’ai pas faû un seul voeu sans l'adresser à vol' patronne. Et ectte jolie barque dont j’ suis si fier, qu'cst-rc qui l’a baptisée? moi î La Louise-Marie , vol’ nom et celui de ma bonne Mère Pascal... c'est pour ça que j’ l’aime tant ma belle barque , c’est pour ça que le jour de vot’ fête j' l'ornais de rubans et de bouquets... Ils n’y comprenaient rien, les autres , ils me croyaient fou... dam! j’osais pas leur dire que j’étais amoureux... mais vous, mademoiselle 1/iuisc, c est pas la môme chose, vous n’osez peut-être pas désobéir à vot’ père... vous avez peur, pas vrai? vous m’épousez malgré vous...

LOUISE

Vous vous trompez, monsieur Simon , on n’a pas contraint ma volonté... mais mon père s’est dit ce que je me dis moi-mémo qu’une femme ne peut manquer d’étre heureuse avec un homme qui a tant de bonnes qualités.

Al* des Quatwingt-Hixacu/ mouton*.

joui voy* Mtc? voir

SIMON

■J* pas 11 me faire connaître,

J’ n'ai rien qui puiuc charnier.

J «ois brtilal cl sans manière.

Et galaol n'est pas mon lut ;

Et ma bouche n’ fait guère Qu' des complimens de matelot.

Non, non, mon cnfanl , je pense, Que, pour s'unir sans rrlour , Jamais la reconnaissance Ne pont tenir lieu de l'amour.

LOU la k.

Ayez plus de confiance.

Je vous le dis sans détour , Souvent la reconnaissance Eat voisine de l’amour.

Voü»! marine avec moi ! avec moi, q„i celle heure n’a. vécu qu'en tctn-a-iéte avec U mer... séparé du rc.Uui de la icrrc cl «au, | a moindre idée do co qu’on doit a dos femmes :

LOUISE

F.I celle bonne Mère Pascal que vous rende* si heureuse?

SIMON

La Mère Pascal, ohl c’est aune chose... c’est une bonne vieille veuve, v'ia i on i... ça neeomplo plu» parmi le sexe, je la soigne comme on soigne sa mère... faut pas d’espril, pasde manières pour ça. faut un peu de cœur, une nature pas ingrate, rien do plus... mais une femme comme voua...

mais ça doit être mis dans du coton, ça doit être choyé, ménagé, dorlotté, et je pourrais jamais apprendre tous ces petits soins-la... Voyons, nous sommes seuls a présent, le père Maurice n’est plus la... voyons, la main sur tccœur, croyez-vous que vous pourrez quelque jour avoir un peu d’am... d'amitié pour moi... moi, qui depuis si long temps...? Mais ce n’est pas une raison...

g MAGASIN

pourtant çà voua sera peut-être plus aise qu’a une autre, car vous n’avez jamais aimé d'amour?

Lociss, avec embarras.

Jamais...

SIMON

Vous baissez les yeux... vous rougissez... est-ce que je vous aurais fâchée?

LOUISE

Me fâcher... non, non, monsieur Simon: mais je ne sais comment vous dire...

SIMON

Par exemple, vous gêner avec moi, ça n’est pas bien, ça... c’est que vous doutez de mon amour.

LOOISI.

Non, j’y crois et je veux en être digne. Tenez, monsieur Simon, je me reprocherais toute U vie de vous avoir caché la vérité, à vous, si sincère, si loyal...

simon, avec une espèce d'inquiétude.

Y a donc quelque chose?

LOUISE

Oui, et il ne faut pas m’en vouloir pour ça... un ami d'enfance, élevé prés de chez nous...

stMON, pensif.

Àhî...

LOUISE

Nous nous voyions tous les jours, puis uno brouille de famille; faut pas que ça vous inquiète... hélas I le pauvre garçon...

SIMON

Eh ben 7

LOUISE

Il a disparu depuis quatre ans, et on croit qu'il est...

SIMON

Mort peut-être ?

LOUISE -

Mon Dieu, oui...

simon, à part.

Sans être méchant, j’aime autant ça.

LOUISE

Loin d'ici... de sa famille, çà m’a fait bien du mal.

simon, naïvement

C’est fait pour ça.

LOUISE

Aussi, depuis ce moment...

simon, l'interrompant.

Vous vous êtes promis de ne plus aimer personne , et v’ià pourquoi vous me prenez pour mari.

LOUISE

Oh l non, celui qui a sauvé mon père ne peut croire...

SIMON

C’est égal... dites toujours... vous n'en êtes qu’une plus brave fille & mes yeux... une autre m’aurait dit : « Monsieur Simon, pour qui que vous méprenez?... ab I ben oui I avoir aimé quelqu’un, par exemple, et ma vertu, et mes principes 1... » Mais vous, pas du tout, vous avez dit la vérité, en vrai marin... Allons, v'ia que j' dis des bêtise»

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