ACTE TROISIÈME
pensez bien... N'allez pas croire que Simone ait commis la moindre imprudence, se soit compromise en quoi que ce soit. Elle était chez moi, je n'aurais rien toléré d'incorrect. Seulement, j'ai constaté qu'elle se laissait courtiser avec plus de plaisir qu'elle n'aurait dû. Ce n'était pas seulement de la coquetterie. Il y avait chez elle comme de la curiosité et un vague appétit du fruit défendu.
PIERRE
Diable!
a^ADAME DE CHAUVIÊRES.
Il m'a semblé enfin qu'elle était dans cette disposition d'esprit oîi la plus honnête femme, si les circonstances la poussent, si une tentation trop forte s'offre à elle, court grand risque de succomber.
PIERRE
Mais vraiment, c'est fort inquiétant ce que vous me dites...
MADAME DE CHAUVIERES.
Point du lout. Danger connu est à moitié conjuré... Seulement, il faut aviser...
PIERRE
Que faire?
MADAME DE CHAUVIERES.
Voulez-vous que je vous donne franchement mon opinion ?
PIERRE
Certes!
MADAME DE CHAUVIÈRES.
Eh bien... Je pense qu'il y avait du vrai dans ce que Dugast nous avait dit, le jour où nous l'avons fait venir pour examiner Simone. Vous vous souvenez?
PIERRE
Parfaitement!
MADAME DE CHAUVIÈRES*
Simone, — cela ne me paraît plus douteux — a des curiosités auxquelles il est temps que vous donniez satisfaction (Mouyement de Pierre.) dans uue Certaine mosuro. Parce que si ce n'est pas vous qui vous acquittez de cette besogne — agréable, au bout du compte — un autre s'en chargera. Pag le monsieur des Fondrettes, — qu'elle ne reverra pas, qu'elle a déjà oublié, — mais un autre, l'inconnu, celui qu'elle rencontrera demain, dans quinze jours. 11 s'emparera du cœur de Simone — à moins qu'il ne trouve la place prise. •— Prenez-la!
PIERRE
Ahl je ne peux pourtant pas traiter ma femme comme une fille. Quand on s'engage dans cette voie... périlleuse, on ne sait plus où on s'arrêtera... Jamais je ne me résoudrai. . ►
MADAME DE CHAUVIÈRES.
Qui vous parle de faire de Simone une fille et de la traiter comme telle ? Il n'est' pas question de ça. Il s'agit simplement de mettre un peu plus de douceur et de... de mièvrerie dans .vos épanchemeuts. Ce dont elle a besoin surtout, c'est, je crois, d'une tendresse... comment diraisje?... plus câline... Eh bien, câlinez-la... soyez moins mâle et moins brusque...
PIERRE
Oui, oui... allons, soit! je tâcherai. Sans aller trop loin, je crois qu'on peut en effet trouver un moyen terme. Je le trouverai. Tranquillisez- vous. Je mettrai vos conseils â profit.