ACTE TROISIÈME
PIERRE
Vous ne vous rappelez pas? Vous m'avez exprimé très gentiment le désir de m'accompagner — ce qui n'était pas possible. — Vous craigniez, disiez-vous, de vous ennuyer en mon absence. Sur le moment, je n'ai tenu compte ni de vos prières ni de vos appréhensions, mais, une fois éloigné de vous, j'y ai repensé. Je me suis dit qu'en effet, la solitude n'avait rien de bien gai pour une jeune femme et que l'abandon, si court qu'il dût être, pouvait vous attrister. J'ai eu des remords et j'ai tout quitté pour vous revenir.
SIMONE, glaciale.
C'est trop aimable à vous.
PIERRE
Ce n'est pas un gros sacrifice que je vous ai fait là. Les affaires passent après vou^, ou, pour mieux dire, ma grande, ma seule affaire, c'est votre bonheur, (physionomie de simone.) Et, à ce propos, j'ai encore réfléchi à notre façon de vivre. J'ai beaucoup réfléchi durant mon voyage.
SIMONE, ironique.
L'éloignement vous inspire.
PIERRE gaiement.
Mais oui. J'ai donc réfléchi à notre manière d'être ensemble. Et je ne la trouve pas assez intime.
Je ne me suis jamais plainte.
PIERRE
Non ! Vous ne vous êtes jamais plainte, parce que vous êtes une femme bien élevée, réservée... Mais vous souffrez, Tu souffres... si... si.., Je sais bien ce que Dugast m'a dit.
Aussi, dorénavant, je veux êlre un mari modèle... ou plutôt un mari exceptionnel, plein de prévenances, de tendresses et de... câlineries. Oui, madame, vous serez câlinée..* Et pour commencer... Votre appartement est ici... le mien est là, mauvais système. Il ne fait pas des existences assez mêlées. J'y veux renoncer désormais. Nous n'aurons plus qu'une seule chambre pour nous deux,
Une... seule chambre?
PIERRE
Je ne pense pas que cela soit pour vous déplaire?
Mon Dieu...
PIERRE
Quoi?
Certainement, cela me fera grand plaisir. Mais, en ce moment, je suis un peu souffrante. Plus tard, si vous le voulez, nous reprendrons la vie commune.
PIERRE
Nous ne la reprendrons pas, puisque cette communauté d'existences n*a jamais été en vigueur ici. Nous l'établirons, voulez- vous dire. Certes! Mais non pas plus tard : ce soir même.
Pas ce soir, je vous en prie.
PIERRE
Pourquoi?