ACTE TROISIÈME
que tu n'étais pas aux Fondrettes, mais que tu étais allée rejoindre mon mari, c'est-à-dire ton amant. Cependant, je nai pas voulu aller vous surprendre. D'abord, j'ai pensé que vos précautions étaient prises. Puis, j'ai craint une scène, une explication violente, et un coup de tête de Lucien, une rupture, un abandon. Mais j'ai écrit à ta tante pour lui dire ce que je croyais, lui faire part de mes angoisses et la prier d'intervenir... Madame de Chauvières est venue me voir, il y a une heure. Elle voulait me rassurer, me donner le change. Pauvre femme! EUe ne sait pas mentir. Son embarras, ses fausses explications et surtout le conseil qu'elle m'a donné en terminant, de faire un voyage avec Lucien, ont encore confirmé mes soupçons. Après son départ, on a apporte une lettre pour Lucien, celle que je viens de te rendre et que tu déchires en ce moment... 11 l'a lue! A son trouble, à son agitation, j'ai jugé qu'elle venait de toi. J'ai interrogé mon mari, je l'ai pressé de questions... Je lui ai dit ma tendresse, mes anxiétés, mes tortures... Il s'est mis à pleurer, il s'est jeté à mes genoux et m'a tout avoué en sanglotant; tout : votre amour, sa folie, comment tu t'es donnée à lui, les huit jours passés ensemble à la campagne, le brusque retour hier soir, au reçu d'une lettre de madame de Chauvières ; puis la scène que vous avez eue aujourd'hui même, ton impérieuse volonté de me l'enlever pour jamais, de t'enfuir avec lui, et, devant celte résolution insensée, ses hésitations, ses scrupules... Des hésitations, il n'en a plus... Je lui ai fait comprendre à quels périls tu l'entraînais et qu'avec toi la vie devenait pour lui sans issue. Il a imploré le pardon de sa faute et je le lui ai accordé. Pour sceller notre réconciliation, nous allons partir ce soir même pour un second voyage de noces, et, dans quelques mois, lorsque nous reviendrons, nous serons unis par de nouveaux liens que rien ne pourra briser, et toi, il t'aura oubliée. Tâche de l'oublier aussi. C'est moi maintenant qui suis aimée et pour toujours.
Lucien est à moi, je le garde; n'espère plus me le reprendre ni même le revoir. Voilà ce que j*avais à te dire. C'est luimôme qui m'a chargée de te l'aller dire pour que tu saches bien sa décision irrévocable et votre rupture définitive... Je pense que tu n'as rien à répondre?
SIUONE.
Non. Rien!
ROSE
Alors, adieu.
Adieu.
Bosc sorU