Simone
Il a été tiré 12 exemplaires sur chine et quelques-uns sur des papiers singuliers.
LES CHEVEUX
Simone, il y a un grand mystère Dans la forêt de tes cheveux.
Tu sens le foin, tu sens la pierre Où des bêtes se sont posées; Tu sens le cuir, tu sens le blé, Quand il vient d'être vanné ; Tu sens le bois, tu sens le pain Qu'on apporte le matin; Tu sens les fleurs qui ont poussé Le long- d'un mur abandonné ; Tu sens la ronce, tu sens le lierre Qui a été lavé par la pluie ; Tu sens le jonc et la fougère
Qu'on fauche à la tombée de la nuit ;
Tu sens la ronce, tu sens la mousse,
Tu sens l'herbe mourante et rousse
Oui s'ég-rène à l'ombre des haies ;
Tu sens l'ortie et le g-enèt,
Tu sens le trèfle, tu sens le lait ;
Tu sens le fenouil et l'anis ;
Tu sens les noix, tu sens les fruits
Oui sont bien mûrs et que l'on cueille ;
Tu sens le saule et le tilleul
Quand ils ont des fleurs plein les feuilles
Tu sens le miel, tu sens la vie
Oui se promène dans les prairies ;
Tu sens la terre et la rivière ;
Tu sens l'amour, tu sens le feu.
Simone, il y a un grand mystère Dans la forêt de tes cheveux.
LES CHEVEUX
L AUBEPINE
Simone,, tes mains douces ont des éçratig-nures, Tu pleures, et moi je veux rire de l'aventure.
L'Aubépine défend son cœur et ses épaules, Elle a promis sa chair à des baisers plus beaux.
Elle a mis son çrand voile de songe et de prière.
Car elle communie avec toute la terre ;
Elle communie avec le soleil du matin
Quand la ruche réveillée rêve de trèfle et de thym.
Avec les oiseaux bleus, les abeilles et les mouches, Avec les gros bourdons qui sont tout en velours,
Avec les scarabées, les guêpes, les frelons blonds, Avec les libellules, avec les papillons
Et tout ce qui a des ailes, avec les pollens
Qui dansent comme des pensées dans l'air et se promènent ;
Elle communie avec le soleil de midi, Avec les nues, avec le vent, avec la pluie
Et tout ce qui passe, avec le soleil du soir Roug-e comme une rose et clair comme un miroir.
Avec la lune qui rit et avec la rosée.
Avec le Cyg-ne, avec la Lyre, avec la Voie lactée;
Elle a le front si blanc et son âme est si pure Qu'elle s'adore elle-même en toute la nature.
UAUBÉPINE