LA RIVIERE
Simone, la rivière chante un air ingénu, Viens, nous irons parmi les joncs et la cig-uë ; Il est midi : les hommes ont quitté leur charrue, Et moi, je verrai dans l'eau claire ton pied nu.
La rivière est la mère des poissons et des fleurs, Des arbres, f "s oiseaux, des parfums, des couleurs ;
Elle abreuve les oiseaux qui ont man^é leur grain Et qui vont s'envoler pour un pays lointain ;
Elle abreuve les mouches bleues dont le ventre est veH Et les araignées d'eau qui rament comme aux galères.
La rivière est la mère des poissons : elle leur donne Des vermisseaux^ de Therbe, de l'air et de l'ozone;
Elle leur donne l'amour; elle leur donne les ailes
Pour suivre au bout du monde l'ombre de leurs femelles.
La rivière est la mère des fleurs, desarcs-en-ciel, De tout ce qui est fait d'eau et d'un peu de soleil :
Elle nourrit le sainfoin et le foin, et les reines Des prés qui ont l'odeur du miel, et les molènes
Oui ont des feuilles douces comme un duvet d'oiseau ; Elle nourrit le blé, le trèfle et les roseaux;
Elle nourrit le chanvre; elle nourrit le lin; Elle nourrit l'avoine, Torg-e et le sarrasin ;
Elle nourrit le seigle, l'osier et les pommiers ; Elle nourrit les saules et les g-rands peupliers;
La rivière est la m.ère des forêts : les beaux chênes Ont puisé dans son lit l'eau pure de leurs veines.
La rivière féconde le ciel : quand la pluie tombe,
C'est la rivière qui monte au ciel et qui retombe ;
La rivière est une mère très puissante et très pure, La rivière est la mère de toute la nature.
Simone, la rivière chante un air ingénu, Viens, nous irons parmi les joncs et la ciguë; 11 est midi : les hommes ont quitté leur charrue, Et moi, je verrai dans l'eau claire ton pied nu.