SANDFORD
Un antre?. l' Est-ce que cela est possible?... ïist-ce que je pnis récuser le témoignage de mes yeux?... Est-ce que je n’ai pas vu tout-à-l’heure encore la tendresse que vous portiez à lord Frédéric?... Votre pâleur... , votre effroi, au moment du combat.
MISS MILNER
ËUit-il donc le seul dont les jours étalent menacés ?...
Etes- vous donc si aveugle^ monsieur Sandford , et pensesvous que je ne prenne aucun intérêt h lord Elmvood?...
SANDFORT.
Lord Elmvood ?
UISS MILNER.
Oui, je l'aime; et c'est lui seul que j’ai toujours aimé...
SANUKORT.
Bonté de Dieu] que me dites-vous Li !... et que de malheurs je prévois!... Dans ce moment surtout , après ce duel, ce combat, après la parole donnée... Pourquoi aussi ue pas dire ce que vous pensez ?... et pourquoi ne pas le dire de suite?...
MISS MILNER
Est-ce que je le pouvais? lorsque mon tuteur n'était pas libre... , quand des nœuds sacrés l'encbalnaieiit è jamais !
Celte idée môme était un crime ; et , loin d'avouer nn tel amour, j'aurais voulu me le cacher à moi-méme... De là les Inconséquentes, les contradictions que vous blâmiez dans ma conduite... ; ces adorateurs dont j’encourageais les bommages... , ces soirées brillantes, ces plaisirs dont je m’environnais , tout cela était autant d'armes que je cherchais contre lui ; et , loin de l’oublier, je me trouvais encore plus mallieureuse. V* t
SANDFORT.
Eh bien ! alors puisque cela vous rendait malheureuse, pourquoi l'aimiez vous? ^
MISS MILNER
Ah! c’est que ces touijnens mômes avaient leurs charmes...
Air- nouveau de M. Charles Plantade
JVtaîs en proie à la soufTrancc , *
Mais je sourTraU auprès de lai ;
, Kt dans ces bals, dans celle foule immense,
Où de
mes maus j’allais chercher l’oubli ,
Autour <1e moi rcgarilanl î la ronde ,
J’anrais donné , regrettant mon cnnoi ,
Les plaisirs «lue m'oflralt le monde ,
‘ Vont les chigrtns qui m’attendaient id.
SANDFOflT.
Par exemple rotlh des choses dont je n’avais jamais eu l’idée...
MISS MILNEB.
Je su’is bien coapable sans detite , mais je souffre, et je n'ai plus d'amis, je n'en avais t|u'un , et il tie m’est pas permis de lui confier mes peines...; il ne me reste donc
S rue vous , monsieur Sandfort , mon bon liionsieur Saiidort ! soyez mon guide,., mon conseil , (|ue dois-je faire ?
, . SANDFORT.
Pauvre jeune fille ' vous êtes venue à , moi , dans le jour de l’affliction..., et je ne tromperai point votre confiance... Quoique ce soit la première fois que je suis consulté dans une pareille affaire , il me semble qu'il faut de la franchise avant tout...j et puisque vous aimez lord Elmvood.... eh bien! je vais le lui dire...
, . . MISS MILNER. . . ,
Y penses-vous! lui faire un pareil aveu !.. p lutôt mourir de honte...
SANDFORT.
C'est juste, eela ne se peut pas...; ça n’est pas convenable..; mais pourquoi l'aimez vous? il n’y aurait qu’un moyen c'est de Étire cet aveu à lord Frédéric...
Mise MILNER.
C'est encore pire , après ce qui 5 è*t passé , il croira qu oh s’est joué de lut... et ce duel que je voulais empêcher sera maintenant inévitable..; ce sera un combat à mort.
SANDrORt.
Vous avez raison|, il y va de ses jours... , mais alors je vous demanderai encore, pourquoi 1 aimez-vous ? est-ce donc une chose si difficile ? que diable ! on se raisonne , on se dit : je n’y dois plus penser; et oti n y pense plus...
^ HI8S MILNER
Monsieur Sandfort , vous n’aVe* jamais aimé.
SANDFORT.
C’est vrai, et je mVn félieile ; car cela m’a permis au moins de conserver qtielffue rectitude dans le jugement, et quelque suite dans les idées... Or voici mon raisonnement : Si lord E'nivood était resté dans l’ordre de Maltbe... s’il n’avait paç été dégagé de ses vœux..., vous auriez fini par renoncer à lui...; et vous auriez épousé Frédéric...
nii$s niLNER.
Je ne sais... cela se peut...
SANDFORT.
Eh bien... ce sac-ifice qne la nécessité vous forçait de faire , faites le de vous-piéme..., xpais sans autre mobile que votre propre générosité , que la sentiment de vos devoirs... dites-vous , pour mieux vous y décider, que vos goûts , vos humeurs , votre çaraetpre , ne conviennent peut-être point h lord Elmvood. .; dites-vous que peut-être vous n'auriez pas fait son bonheur...
MISS MIINKR.
C’est qne je crois que si... ■
’ SANDFORT.
C’est égal,..; il. faut vous dire le contraire.., il faut vous dire surtout que c/e généreux sacrifice vous acquitte envers lui de tout ce qne vous lui devez; que vous lui conservez l'honneur , que vous lui sauvez la vie.
‘ MISS MILNEB.
AIR : Ainsi que rotts , je l'ettx mademoiselle.
En m’offrant nue telle idée ,
Vous m’enchatnez , et pour toujours t "
Oui, ce seul mot m’a de'cidéc, ”
Je me tairai pour conserver ses jouri...'. ' '
Je cacherai mon trouble estréme ,
JVa aurai la force aujourd'hui !
^ Vous ne voulez plus que je l’aime ,
J’y consens.... par amour pour lui.
SANDFORT.
'Voilà encore de ces raisonnemens qui ne sont |>as à ma portée... Mais n’entendez- vous pas?... C’est le bruit d’une voiture. '
MISS MILNCR.
TiOrd Elmrood , «ans doute.. . Ne craignei rien , je tiendrai ma promesse.
SAMDFORT.
Adieu... adieu, du courage', [ilsortptirla porte de gauche. )
MISS MILNER
Grands dieux ! lord Frédéric...