‹ Simple histoire, comedievaudeville en un acte (volume 2)Chapitre 2 sur 19 · SCENE PREmÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREmÈRE

SANDFORT et Lord ELMVOOD.

. SANDFORT.

Oui , morbleu , je vous répète que vous avez eu un graud lort.l..

ELMVOOD.

Mais, mon cher Sandfort.

Vous en avez eu deux..., le premier d’accepter une pareille tutelle, et le second de prendre avec vous* une pupille de dix-sept ans

ELMVOOD.

Et le moyen de faire autrement ? la fille d'un ancien ami.

SANDFORT.

N’importe, on refuse toujours , et vous aviez vingt raisons à alléguer ; car à trente-trois ans , on est encore on

jeune homme Ensuite votre position dans le monde , le

célibat auquel vous êtes engagé , les vœux que vous avez prononcés.

ELMVOOD.

Quoi ! TOUS pensez...

SANDFORT.

Oui , Monsieur, l'Ordre de Malthe vous compte parmi ses premiers commandeurs. ... Ce titre seul vous impose des

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tlevoirs , des obligations...., une sévérité de principes et de conduite à laquelle vous avez dérogé en cette circonstance.... J'ai donc raison de vous dire ce que je vous dis depuis trente ans : vous avez tort.,..

KLMVOOD.

Mais....

sandfort.

Vous avez tort.... et je ne sors pas de là.... Parce que vous êtes grand seigneur, que vous êtes riche , que vous êtes paissant , vous croyez peut-être que j'oublierai qu'au collège d’Oxford vous avez été mon élève.... et que j ai le droit de vous gronder.

ELBIVOOD.

M'en préserve le ciel !

SANDFORT.

A la bonne heure , et cette fois vous avez raison ; car, entre nous, voyez-vous, il faut que la partie soit égale , sinon , votre serviteur.

Air : De Prét>ille et Taconnet.

Quand on jugea ma présence inutile,

Quand je quittai la classe où je régnais ,

Je voulus bien partager votre asile ;

Car de vous seul j’accepte des bienfaits ;

• Mais vous savez la clause que j’y mets;

■ De mon humeur je prétends rester maître,

Libre aujourd'hui comme j’étais hier...

Si je donnais, je me tairais peut-être.

Mais je reçois , j’ai le droit d’être fier.

ELMVOOD.

Rassurez-vous , mon cher professeur..., je n’ai pas voulu porter atteinte à votre indépendance; vous avez le droit de remontrance... ; c'est vrai , mais j'ai au moins celui de discuter, et de vous répondre....

SANDFORT.

C’est juste..., la réplique est permise, comme autrefois dans nos thèses de logique et de théologie.

ELMVOOD.

Eh ! bien donc , puisrfuc vous me rappelez ce tems-là ,

je vous dirai que ces graves conférences.... que vous présidiez au college avec tant de talent —

SANDFORT.

Vous Ôtes bien bon.

ELMVOOD.

Vous ont donné dans le inonde l'habitude de la controverse et de la discussion.... Vous êtes rarement de l’oçinion générale, et si je ne craignais de vous fâcher..., j'ajouterab —

SANDFORT.

Allez toujours... ; je serai enchanté d’entendre la vérité, à charge de revanche.

ELMVOOD.

J'ajouterais que vous , qui êtes la bonté même , vous avez l'air quelquefois d’en manquer, non pas avec moi , mais avec miss Milner, ma pupille ; vous vous plaisez à la contredire.... ; vous n'êtes jamais de son avis.

SANDFORT,

C'est elle qui n’est jamais du mien , parce que la raison et elle ne peuvent pas être d’accord ; mais vous , son tuteur, vous êtes aveuglé sur son compte , vous ne voyez que ses perfections.

ELMVOOD.

Et vous, Sandibrd, vous ne voyez que ses défauts.... Elle eu a, je ne puis le nier -, mais ils tiennent à sa jeunesse, à son ipexpérience , à sa fortune même , qui attire autour d'elle cette foule de jeunes gens à la mode, d'adorateurs passionnés, toujours épris d'une jolie femme et de cent mille livres de rente.... Mais à côté de ces légers travers qui frappent vos yeux , que d’excellentes qualités vous ne voulez pas voir!..

Air : Vaudeville des maris ont tort.

Est-il un esprit plus aimable ?

Est-il un cœur plus géne'rcux ?

Pour la trouver plus excusable ,

Interrogez les malheureux.

Et si de ses e'tourderies Vous ne voyez que les effets ;

C’est qu’elle montre ses folies,

Et qu’elle cache ses bienfaits.

SANDFORT.

Etqui vous parle de cela, ou qui vous dit le contraire? Ce que je blâme en elle.... c’est... c’est vous , c’est votre partialité à son égard , c’est la chaleur avec laquelle vous la défendez..., vous que j’ai toujours vu le calme et la gravité mcme..^ ce que je blâme surtout , c’est la liberté que vous laissez à nue jeune personne de son âge.

. ELMVOOD. '

Liberté qui ne doit vous blesser en rien; car nos usages l’autorisent.

SANDFORT.

C’est la coutume de Londres , je le sais ; et ce n’en est pas mieux pour cela... Chez nos voisins d’outre-mer, en France par exemple , ce n’est pas ainsi qu’on élève une demoiselle... : elle ne quitte pas sa mère ; elle ne sort jamais.

Air : L'amour qu'Edmond a su me taire.

En France, avant qu'on la marie,

On la surveille avec rigueur ;

Il n’est rien qu’on ne sacrifie A la ile'cence <> la pudeur.

RLMVOOD.

Plus tard , peut-être, elle s’en de'dommage ,

Et si j’en crois quelques journaux français ,

Des sacrifices du jeune âge ,

L’hymen souvent paya les inte’rêts.

Fort bien...; mais ici, comment justiberez-vousles assiduités de lord Frédéric, ce jeune seigneur si connu par ses duels et ses galantes aventures , et qui , pour avoir été

trois mois à Paris, se croit l’oracle du goût et de la mode

ce brûlant militaire, qui à fait toutes ses campagnes à Londres dans le boudoir de nos ladys , ou dans les foyers de l’Opéra... Eh bien! c’est le chevalier, l’amant déclaré de miss Milner... : tout le monde le sait; mais ce qu’on ne sait pas encore , et ce dont je ne puis douter , c’est la préférence qu’elle lui accorde.

ELMVOOD.

Il serait vrai ?

SANDFORT.

Hier encore, dans cette brillante cavalcade (jui se rendait au parc Saint-James.. , qu'al-je aperçu?... Lord Frédéric à côté de miss Miiner; et celle-ci l'écoutail avec tant d'attention , qu'elle en oubliait même le soin de son cheval , l'animal le plus vif , et le plus fougueux , qui soudain s'est emporté...

ELMVOOD.

O ciel !... elle est blessée !

SANDFORT.

Eh ! non., eh ! non... vous savez bien le contraire , puisque vous l'avez vue hier an soir , quand elle est revenue ue l’Opéra , où elle était allée aVec la tante de Frédéric ,

qui probablement avait accompâgné ces dames Eh bien !

eh bien! qu’avez-vous donc ?... à peine si vous êtes remis de votre frayeur.

ELMVOOD.

Qui .' moi !... si vraiment... : mais je pensais aux nouvelles que vous venez de m’apprendre... vous savez que depuis long-tems jô cherche h marier ma pupille , et voilà plus de vingt partis qu’elle a refusés. A coup sûr lord Frédéric n’aurait pas été l'époux que j'aurais désiré pour elle...; mais enfin, il est d'une grande famille , d'une illustre naissance... et puis, comme vous le dites, s’il est vrai qu'elle l'aime., il n y a rien à répondre.

SANDFORT.

Oui, morbleu.., c'est un mariage qu'il faut faire le plus tôt possible.

Air des Scythes ■

Un étourdi qui prend une coquette,

C’est convenable, et la moralité Doit elle^-müine en être salûraite ;

Car si chacun , d'un beau feu transporte ,

Eût fait, hélas! un choix de son cdté;

Cela nous eût fait deux mauvais ména;;es.

Mais par cct hymen fortuné ,

Ça n’en fait qu’un...., un fait de mariage ,

C’est , vous voyez , cent pour cent de gagné.

Mais taisons-nous... il ne s'agit plus de parler raison.,, car voici miss Milner.

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