SCENE III
Miss MILNER, SANDFORT.
MISS MILNER
L’ai'je bien entendu .' Un pareil langage! C'est la
première fois —
SANDFORT.
C'est-là le mal.
MISS MILNER
Lni..., milord Elmvood se fâcher contre moi !... me parler avec colère !... • .* '
SANDFORT.
Oh ! mon dieu oui !... Il a dit : Je vous le défends ; ces propres paroles... : il n’y a pas moyen de rien changer au texte.
MISS MILNER
AIR ; poild comme tout s'arrange .
Qaoi ! dans ces lieux , contre mon gré ,
Il faut que son ordre m'enchaîne ;
Puisqu’il le veut , je resterai ,
J’obéis , mais non pas sans peine.
Fort aisément je le conçois ,
Le sacrifice est des plus rudes ;
Il veut , abusant de ses droits ,
Que vous soyez raisonnable une fois....
C'est déranger vos habitudes.
MISS MILNER
Monsieur....
SAMDFORT.
C'est fâcheux... Mais quand on a un tuteur , et un tuteuiqui montre du caractère ; ce qu’on a de mieux à faire. . . , c’est de céder ....
MtSS UIXNER.
Si je cède, Monsieur, ce n'est point dans la crainte de son ressenthneiit ; mais dans la crainte de l' affliger en Ini désobéissant.
sandfort.
A la bonne heure. . , tous avez raison.-. . II vaut mieux le prendre comme cela. . . C’est ce que nous appelions un<capitulation d’amour-propre.
MISS MIINER.
. Moi , de l’amour-propre?
SANDFORT.
Ou , si VOUS l’aimez mieux , une retraite honorable et prudente. .. On se retranche dans les scntimens et dans le sublime , quand on ne peut pas faire autrement...
MISS MIRNER.
Il me semble , Monsieur , que si je voulais faire autrement, cela dépendrait de moi.
SANDFORT.
Je ne le pense pas ....
MISS MILNER
Et qui m’empêcherait de répondre à l’invitation de ladv Seymour ? de me rendre ce matin à cette partie de plaisir où je suis attendue ?
SANDFORT.
Qui vous en empêchera?. . . vous-même.
MISS MILNER. i
Moi ?
SANDFORT.
Oui , sans doute : vous réfléchirez aux ordres de votre tuteur , à la défense qu’il vous a faite. . ., défense très-sage
et très-judicieuse, que je louerais davantage encore, si la modestie me le permettait.
MISS HILNER .
Je compreds ; c’est Monsieur qui la lui a suggérée. SANDFORT.
Gimme vous dites..., conseils purement désintéressés, et pour lesquels je ne demande pas même de reconnaissance ; ma satisfaction intérieure me suffit.
MISS MILITER
Votre satisfaction ; et laquelle ?...
SANDFORT.
AIR : On dit que je suis sans malice.
J'ai pour moi i’hcarense pensée Que vous allea être forcée ,
Malgré vous , indirectement ,
De m'obéir en ce moment.
MISS MILKER.
Voua, monsieur, me parler en maître!...
Alors , je dois le reconnaître ,
Je vous devrai donc un plaisir,
Celui de vous désobéir.