SCENE V
Miss MILTIER , FRÉDÉRIC.
MISS MILNEn.
A merveille.... je l'ai mis en fuite... et le champ de bataille me reste. ( A hrd Frédéric qui entre , et qui la salué respectueusement. ) Lord Frédéric !... Je ne m’attendais pas , Monsieur , au plaisir de cette visite. ...
FRÉDÉRIC
Aussi, n'aurais-je pas pris la liberté de me présenter..,, mais je viens par ordre supérieur.... Un message important que lady Sejrmour , ma tante , m’a chargé de vous transmettre.... , et je me suis empressé d'obéir. ... ; car vous savea que les ordres des dames. . ..
MISS OIU,NER.
Oh ! je sais , Milor<l , t[ue vous êtes la galanterie même.
•: FRÉOÉBIC. '
Oui , depuis mon voyaga en France... , et si j’ai obtenu quelques succès, c’est à cela seul nue je les dois. . , parce que vous senlei bien que toutes nos ladys, qpi sontbabituées h la pavité et à la pesanteur nationales, voyant tout à coup un jeune gentleman , qui joint à un fonds anglais , des formes parisiennes..., elles ny sont plusr.., ça les trouble..., ca les étonne, et on ne peut plus se défendre....
MISS MILNEH. i
C’est un succès de surprise.
1 . FRÉDÉRIC
Comme vous dites. . . ; il est vrai que cela m’a valu quelques querelles de la part des maris, et de nos jeunes lords , qui m'appellent fat...
MISS MELVF.R.
Fat!..,
FRÉDÉRIC
Oui, fat! ... c’est un mot français qui veut dire un homme aimable; un liomme aimé 'des dames'; aussi je trouve l’expression originale, et je fais gloire d’être fat... d autant que ça ne m’empêche pas d'être brave... ; et depuis les trois coups d’épée que j’ai donnés , et les deux que j’ai reçus... , on me permet d’être fet à volonté.
MISS MILNER
Je ne vois pas en effet qui pourrait s’opposer.
FRÉDÉRIC. '
Nous avons mon oncle Clarendon , un pair du royaume. .. véritable Anglais , qui de sa nature est toujours de l’opposition; et qui gobtepeu mes manières françaises... , aussi nous sommes brouilles : vous ne croiriez pas qu’il refuse de payer mes dettes.
MISS MILNER , riant.
Vous en avez donc , et beaucoup ?
FRÉDÉBIC.
Oui , depuis mon voyage en France , parce que voyezvous à' Paris cela s’apprend si facilenient... ; mais à dater de mon mariage , je deviens raîsoipable , et vous savez mieux que personne de qui dépend ma raison.
* MISS MILHEB.
Moi! Milord, je n'en sais rien, je voqs jure... Mais revenons an message dont vous a chargé lady Seymonr.
FRÉDÉRIC
Gomment je ne vous en al pas encore parlé... c’est admirable , mais à qui la faute ? à vous seule qui me faites tout oublier...; je voulais donc vous prévenir que lady Seymour viendra vous prendre ici il deux heures pour se rendre à Hyde-Parc.
MISS HILNER.
, A Hyde-Parc... je suis désolée... ;mais je voulais vous prévenir qu’il m’est impossible de m’y rendre...
FRÉDÉRIC
O ciel ! que me dites- vous , et pour quelle raison 7 MISS MILNER.
Pour une raison très-grave ! j’ai une migraine.... des vapeurs , qui me font souffrir horriblement.
FRÉD RIC
Cela n’est pas possible : je ne puis croire à upe pareille indisposition.
MISS MILNER
Comment , Milord , vous ne croyez pas aux vapeurs et aux migraines ?
FRÉDÉRIC
Non, Madame, depuis mon voyage en France; et j’eri appelle à vous-méime et à votre miroir.. .;jamais vousn’avez été plus jolie...
HIS8 MITNER.
. Vraiment!... Alors, c’est dommage ; car décidément , il ne m’est pas permis... ■ ' <
FRÉDÉRIC
Pas permis !... Eh ! qui donc peut vous en empêcher ?...
J’y suis... Lord Elmrood , votre sévère tuteur.
Air : Restez , restez troupe jolie.
Est-il donc vrai , comme on l’assure « . ,
Qu’il est soupçonneux et jaloux?
Est-il vrai qu’il vous fait l’injure De vous tenir squs les vcrroux ?...
C’est un vrai scandale chea nous.
Ici , grice à nos lois 6dèles ,
Les droits de tous sont respectés ,
Et nous ne permettons qu’aux belles D’attenter à nos libertés.
Enfin, il parait que c'est un véritable tuteur à l'ilalienne, et vous savez comment on les traite .
MISS MILNER
Je sais, Monsieur, que depuis mon enfance , il veille sur moi avec toute la tendresse d’un père et d'un ami... Au milieu des circonstances les plus dimciles , c’est sa prudence qui a conservé, qui a augmente mon héritage... Dans cette maladie si dangereuse qui mit mes jours en péril , c’est à ses soins que je dois la vie. Enfin , Monsieur, c’est la perfection même... Mais, pardon... de vous parler ici de perfection ; il est des genres de mérite trop graves et trop sérieux pour que ni vous , ni mol puissions jamais y atteindre; et ce que nous avons de mieux à faire, c’est de les respecter sans les comprendre.
FRÉDÉRIC
Je vois d'après votre raisonnement que votre tuteur a '■ un genre de mérite incompréhensible... ; et je le croirais assez d'après les bruits qui courent dans lê monde.
MISS AULNER.
Des bruits sur lui !... Et que pent-on dire? •
( aa )
FRÉDÉRIC
Qaoi , vous œle savez pas 7 Ondit^e cegravetirtear.. . ^ cet homme si admirable qui tient de la perfection et presque dè la divinité... est amoureux comme un simple mortel.
MISS MILNEH.
Amoureux !... Et de «pii 7
, FRÉDÉRIC
Dans ces cas-là , on Ue sait jamais au juste..., parce que souvent les personnes elles-mêmes n en sontpasbièn sûres... Mais on cite surtout miss Ârabelle , cette }eune prude si sévère et si froide.
, MISS MIENER.
Miss Arabelle ; ce n'est pas possible. . . Onbliez-vous , Monsieur, que lord Elmvood est engagé dans l'ordre de Malthe ; et que les vœux qu'il a prononcés l’empêchent de jamais se marier?...
FRÉDÉRIC
Je le sais comme vous ; mais cela n'empcche pas d'être amoureux et de s’occuper d'une jolie femme.
MISS MILIfER.
Comment!... vous pensez que miss Arabelle...
FRÉDÉRIC. '
•- Franchement..., je le croirez assez... , une prude a des attraits pour un sage : en l'aimant il croit encore aimer la vertu , et c’est commode pour les principes... Tenez , aujourd’hui par exemple... , cette fête brillante où l’on vous défend d’assister... elle y sera..., et certainement lord Elmvood trouvera cela tout naturel. ‘
MISS MILNER
Vous croyez?...
FRÉDÉRIC
Tandis que vous..., il vous est défendu de vous amuser... Vous êtes sa pupille... Et si vous saviez cqieodant de quels plaisirs il prétend vous priver... Ce spectacle si varié et si piquant,.. , ce monde, cette foule., les riches landaux, ces
( aï-).
briDantes cavalcades qài' entourent Vutre char et qui vous servent d'escorte. . ; cette arène magnifique, où mille femmes ■ viennent disputer le prix des grâces et de la parure , et où vous Verrez tous les regards vous chercher, et vous proclamer la plus belle. ...
MISS MILNER
La plus belle c'est pourtant bien séduisant ; sur-
tout si miss Arabelle y doit être. '
FRÉDÉRIC
Elle y sera , je vous le jure ; car elle l’a promis à
lady Seymour Ces dames doivent s’y rencontrer.
MISS SULNER. >
Eh bien, j'irai..... j’irai aussi; quand je devrais forcer mon tuteur à m’y accompagner ; je vous le promets maintenant. ' '
FRÉDÉRIC
Et maintenant , je suis le plus heureux des hommes
je cours prévenir lady Seymour, et je reviens avec elle...
Adieu adieu....; je reviens à l'instant.
• . sort.)