SCÈNE VIII
NARCISSE, seuL
Dieu! que cette dam* est bien coiffée! comme c’est fait! comme c’est tapé!... grike, élégance , combinaison neuve et hardie!.. Il y a du génie dan» et t édifice capillaire!.. Ah ça!., mais où suis-je?.. Diable ni emporte , je sois... j’ai pénétré jusqu'au salon... Voilà pourtant où peut conduire une imagination effrénée!.. Avant-hier je lis dans un journal politique que M. Darville, banquier , doit donner aujourd'hui un bal très brillant ! J'aime beaucoup les bals, et ce soir je me dirige du côté de la rue de Provence... Je vois de loin des équipages à n’c n plus finir !.. Il ne tenait qu’à moi de prendre la file... mais, JVIai» à pied, cl pui* ç'a m’aurait retardé... Je suis tout bonnement le trottoir, cl j’iirrive un de» premiers à la porte do rhôtel... J'étais là depuis une demi-heure à examiner lu tête des plu» jolie* femmes... D. jà j'avais nna'ysé une vingtaine de coiffures arec un sourire plein de Bel et u'iroaio... tout-à-coup un landau s’arrête... une dame en descend!.. Une dame charmante !.. de» épaules blanches... et une tournure à so mettre à genoux... derrière.... Je porte mes regard» plu» haut... et j’aperçois sur son front une natte pittoresque, une natte d’une modulation nouvel'e... O délire d'an artiste!... Mon esprit naturellement progressif s’élance derrière relie innovation, me» jambes suivent mon esprit... elles ont de la peine, mai» elles le suivent , et me voilà transporté, je ne «ai» comment... au milieu d’un bal du grand monde... moi, coiffeur obscur, sans nom, sans boutique et sans argent, mais poussé hors de ma sphère par le démon de l'enthousiasme! Au fuit, jo ne suis pas ici plu» déplacé qu’on autre, moi, qui par état me trouve eu rapport avec toute» 1rs sommités sociales... et j’ose dire qu’on tne traite avec certain* égard»...
ai n t J'ai ru U Parnasse des dames.
Je voi» beaucoup d' grands personnages Qui même auprès de leurs égaux,
En dépit de tous tes usages,
8ur ta tête g-rdent leur» chapeaux;
Mai», malgré kur humeur ni tière,
Tou» ce» pot roe*s : eur» Fans rougir,
Quand eV»t à moi qu’l*» ont affoirc.
Commencent par ne découvrir.
Ils sont forcé» de s’ découvrir.
.Malheureusement J* suri peu connu... mes œuvres n’ont pu encore de célébrité... J’nt du latent, du mérite... J'en ai beaucoup, mai» un mérite modiste qui, comme la violette. n*>e trahit que par son parfum. Ajoutez à ça que Je loge au cinquièmo. Ce qui n'est pas à la portée de tout le inonde. Ab ! que n’ai-jo un brevet... que ntr peut-on lire sur mon enseigne, à l’entresol... ou au rez-de-chaussée... Un tel, coiffeur breveté do sua altesse royale le prince ou ia princ* ose uue telle] il nw me faudrait que ça !.. et voilà oa que je *oü.ai* depuis
us tiède... l'espérais trouver des prot oc leurs parmi mes pratiques; il y en t tsnt qui oe doivent leur élévation qu'à leur toupet !... Les ingrats m'ont tous oublié... Si du moins l'amour m'ovalt consolé des déboires de l'ambition!... Mais jo l'en souhaite 1 la seule femme que j'aimais m'a fait un tas d’espiègleries... O Fifine, inconstante Fifine! Qurst-elle devenue depuis six ans?... depuis l'époque où nous chaulions ensemble l'opéra-comiquc à la rue Chanlcrome?.. Élève du Conservatoire, elle donnait beaucoup d'espérances !.. C’est même parce qu'elle en donnait à tout le monde que je me suis fiché. Et un beau matin elle est partie.... die a porté à l'étranger... sa voix et sou cœur... une voix pleine et un cœur vide!., deux é'éments de succès!.. Mais voilà une hrure que je bâtis des châteaux en F.-pagne, et j'oublie que je suis dans un hôtel de Pans... 11 est temps de filer, si je no veux pas qu’on me flanque à la porte... Cependant, avant de sortir, je crois qu'il ne serait pas maladroit de répandre ici quelques- unes de mes a<lrrae>... J’en ai toujours sur moi une parolilh'... et je ne trouverai jamais une meilleure occasion... (fl cherche dans sa poche.)