‹ Simple récit des évènemens arrivés en Piémont dans les mois de mars et d'avril 1821, par un officier piémontaisChapitre 8 sur 12 · CHARLES-FÉLIX · texte numérisé non relu

CHARLES-FÉLIX

Charles-Albert communiqua- cette pièce à un conseil extraordinaire où furent appelés les anciens et les nouveaux ministres; mais il ne sortit de cette assemblée qu’une proclamation la plus mauvaise possible , puisqu’elle donnoit de l’espérance aux deux partis.

Le prince régent disposoit tout en secret pour son départ ; mais comme il étoit essen-

tiel de ne pas laisser transpirer ce dessein , il permit qu’on publiât, le 19, l’ordre qui enjoignait aux soldats provinciaux de se rendre aux dépôts de leurs régimens. Charles- Albert auroit bien désiré avoir en sa disposition la citadelle de Turin, mais toutes ses tentatives à cet égard furent inutiles (1); dans une troupe révoltée chaque soldat est individuellement sur ses gardes, et voit dans toute proposition d’une autorité quelconque le dessein éloigné de lui faire subir le châtiment qu’il mérite.

Le 19 au soir, un attroupement composé en grande partie d’étudians du pays et d’étudians étrangers , se forma tout à coup sur la place Carignan , rendez-vous ordinaire de la canaille, et des voix tumultueuses demandèrent à grands cris que l’on intimâtau baron de Binder, ministre d’Autriche, l’ordre

(i) Le prince nomma le général Staglieno commandant de la citadelle , dans l’espoir que cet officier par- Tiendroit à la faire évacuer; mais les rebelles refusèrent de lui obéir. Giflenga avoit voulu persuader au régent de donner cette place au comte Baldissero , le même dont nous avons parlé au commencementdc cet ouvrage. 11 faut avouer que ce Giflenga étoit lui homme heureux en conseils !

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de quitter sur-le-champ Turin (i). Charles- Albert offrit aussitôt à ce ministre une garde pour son hôtel, il la refusa; mais les factieux étant venus à différentes reprises assiéger sa porte , M. de Bender partit dans la journée du 20.

La princesse et son fils quittèrent Turin le même jour, et ce départ faillit trahir les desseins du régent; un bruit sourd circuloit dans la capitale, et le peu d'activité du ministère de la guerre contribuoit à l’accréditer. Depuis long-temps le conseil du prince insistoit auprès de lui pour qu’il eût à confier un ministère , ou au moins quelque place influente , à Emmanuel del Pozzo (la Cisterne) ou à l’avocat Vismar.

Le régent avoit toujours été sourd à ces représentations; il fallut donc s’y prendre d’une autre manière. Le 21, Derossi se présente au palais avec un de ses amis ; le prince refuse de les recevoir; ils forcent l’entrée , et contraignent le régent à signer

(i) Le mépris solennel que ce digne ministre montroit pour t6us les auteurs de nos troubles , lui avoit attiré de leur part l’honneur d’une haine toute particulière.

un décret qui nommoit Derossi ministre de la guerre. Cette anecdote n’est pas absolu* ment authentique , mais elle étoit dans la bouche de tout le monde le lendemain , et il n’est pas invraisemblable que Derossi, d’un caractère fougueux et entreprenant, ait voulu commencer ses conquêtes par celle du ministère. Quoi qu’il en soit , le nouveau ministre contribua plus que personne à prolonger la crise ; il travailla pendant ce peu de temps qui lui fut accordé , avec im zèle et une activité dignes d’une meilleure cause.

Dal Pozzo fit par choix ce qu’il croyoit être mal, Derossi ce qu’il croyoit être bien, et les autres ministres à ne faire ni bien ni mal.

Depuis quelques jours plusieurs corps de troupes filoient successivement vers Novare. Le régiment de Piémont arriva à Verceil le 19. Le chevalier Bussolino , adjoint au ministère de la guerre , et qui n’étoit pas > ' dans les secrets du prince régent , avait chargé un certain Garrone, capitaine, de surveiller la conduite des officiers supérieurs du corps. (Ilsétoient tous dévoués au Roi.)

Cet officier se sentant appuyé, perdit la tête, et se crut en droit de mépriser ses i

supérieurs. Comme il communiquoit directement avec le ministère, il s’acquit une telle considération , que s’étant associé six autres officiers, il s’insurgea contre son chef, souleva le régiment, et arrêta dans la même nuit, à Verceil, le chevalier Morra, commandant du corps , le commandant de la place, et toutes les autorités ^militaires. Le comte de I^atour envoya son générai de division pour faire rentrer le corps dans le devoir; il fut aussi arrêté.

On prétend que le général Ponte , commandant de Verceil , en voyant entrer ce nouveau général dans l’endroit où les mutins l’avoient enfermé , lui dit gaiment :

« Ily a trente ans que je sers des despotes, B je n’ai jamais été mis aux arrêts; pour » mon début d’indépendance me voici pri- » soniiier. »

Le prince régent, informé de ce scandale , envoya son aide-de-camp , le comte Tournafort , qui parvint à tranquilliser les esprits, et à faire rébrousser chemin au régiment de Piémont, qui étoit déjà sur la route d’Alexandrie, (i) ♦

(i) Le régiment donna encore des inquiétudes; mais

La nomination de Derossi étoit à peine connue que le prince fit appeler chez lui les officiers supérieurs des régimens des.chevau-légers , de Savoie et de Piémont-Royal cavalerie , et plusieurs officiers supérieurs de l’artillerie. Après avoir exigé d’eux la promesse de le suivre partout où il les conduiroit , il leur communiqua les ordres de S. A. R. le duc de Genevois, et leur dit qu’il n’y avoit pas à balancer , qu’il falloit se rendre à Novare. L’heure du départ fut fixée à minuit, et le lieu du l’endez-vous au Valentin. ,

Dans la soirée , il se forma quelques groupes autour du palais Carignan; on par loit de départ ; on proféroit même fies menaces : à neuf heures , un inconnu se présente et remet un billet pour le prince ; il étoit ainsi concu :

l’arrivée de son colonel, le général de Faverges qni rcvenoit du quartier-général autrichien, lit tout rentrer dans l’ordre. Le général rassembla les officiers et le* sous-officiers , et leur dit : Mes seurs , que ceux qui veulent servir le Roi le Jurent avec moi , et sijçient l'acte que je leur présente : que les autres s’éloignent de mon régiment ». Cinq officiers et dix sous-ofnciers se retirèrent alors à Alexandrie ; et le régiment resta depni* constamment fidèle.

« Votre projet de départ a transpiré , hâ- » tez-vous de l’exécuter, et soyez sur vos J» gardes ; on veut attenter à vos jours ; la » personne qui vous remet ce billet est » chargée de vous nommer celle qui l’a » écrit. »

Le messager est appelé, il nomme Mgr.

l'archevêque.

Le prince ne perdit pas un moment ; accompagné d’unaide-de-camp et d’un écuyer, il sortit par une porte de derrière , monta à cheval , et, le pistolet à la main, traversa la ville et se rendit au bivouac du Valentin.

Charles-Albert quitta Turin vers dix heures du soir, à la tète des chevau-légers de Savoie, Piémont-Royal cavalerie, et plusieurs officiers de l’état-major général rejoignirent à Rondizzone, où le prince s’arrêta.

A minuit, l’artillerie s’étoit réunie à l’arsenal, selon l’ordre donné le matin; mais, lorsqu’on sut que Charles Albert avoit devancé l’heure fixée, et qu’il étoit déjà parti, il ne manqua pas de gens qui cherchèrent des prétextes pour désobéir, Omodei, aide-decamp du prince ,vint lui annonceràRondizone , que le] général Capel , qui avoit communiqué au soi-disant ministère de la guerre

l’ordre de départ , refusoit de se mettre en marche sans l’autorisation formelle du ministère « Retournez immédiatement à Tu- » rin, lui dit le prince, dites de ma part à 3> Capel que s’il n’est pas demain ici avec J» l’artillerie , en revenant à Turin, je le ferai » pendre; et vous-même, ne vous avisez » pas de par'oître devant moi autrement 3) qu’à la tête des compagnies que j’ai de- 3) mandées. » Ce discours énergique eut tout le succès qu’on pouvoit en attendre; M. Capel n’eut pas plus tôt reçu la promesse éventuelle du prince, qu’il se décida à faire son devoir; et, malgré son respect pour le ministre de la guerre , il arriva le lendemain soir à Rondizzone, avec toute l’artillerie disponible.

Pendant toute la route, le prince accorda, sur ses épargnes , une haute-paie aux trois corps qu’il commandoit; il fit aussi quelques promotions parmi les sous - officiers qui avoient montré le plus de zèle dans cette occasion importante. Le aa, dans la nuit, il prit la poste , et arriva le a3 , à six heures du matin, au quartier- général de Novare (i).

(i) Cette ville «voit été deux jours auparavant le

Les gardes-du-corps le suivirent de près- Le comte de Sonnaz étoit à leur tète. Ce respectable vieillard, âgé de 78 ans, conduisoit une brillante jeunesse, et brùloit comme elle de combattre pour son Souverain. « Je viens mourir pour la cause de » mon Roi, disoit-il au comte de la Tour, » en l’abordant; nous voulons tous servir » comme le dernier des soldats, et nous ré- » clamons les commissions les plus péril- » leuses. »

Aussitôt après son arrivée le prince de Cariguan abdiqua la régence , par un manifeste qu’on publia avec deux autres proclamations du comte de la Tour, adressées l’une au peuple, et l’autre à l’armée. Nous ne citerons ici que la première de ces pièces, la seule qui ait quelque importance.

tliéâtre d’une scène tumultueuse. Le régiment des dragons de la Reine, séduit par les promesses et l’argent d’Asinari, dont les officiers Ceppi, Angiolini ,etc. , et le fourrier major Scavarda s’étoient faits depuis longtemps les distributeurs , avoit arrêté son colonel , abandonné tousses officiers, et s’étoit dirigé sur Alexandrie.

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