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INTRODUCTION
En lisant l'histoire de France, on oublie aisément les événemens de vingt règnes, pour se rappeler le touchant épisode que présentent les amours d’Abaïlard et d’'Héloïse. Ainsi l'intérêt qu'inspire le sort de deux amans, est bien plus vivement partagé que les intérêts de la politique.
Notre histoire, tout aride qu’elle est, offre encore quelques traits aussi curieux, qui peutôtre intéressent moins le cœur, mais qui charment et exercent davantage l'esprit et le jugement : tels sont ceux qui se trouvent dans cet ouvrage. En présentant ce que lhistoire a de piquant, de singulier et d’agréable, je pourrai peut-être en inspirer le goût aux lecteurs qui ne l'ont point, et les déterminer, par curiosité, à une étude rebutante, mais nécessaire. Au moins, ils pourront, sans beaucoup de peine, connaître des mœurs, des faits et des hommes, sur lesquels l'opinion n’est pas
encore, pour bien du monde, entièrement
v| INTRODUCTION.
fixée , et recevoir l'instruction à la faveur de l'agrément.
Il est un âge où l’on réfléchit plus qu’on ne sent, où les illusions se dissipent, où les ouvrages d'imagination cessent deplaire, où enfin l’on est tourmenté par le besoin de connaître la vérité; c’est alors qu'on lirait l’histoire avec fruit; mais son attirail volumineux et scientifique rebute le lecteur; il abandonne par dégoût ce qu'il avait entrepris par raison.
Ce dégoût, il faut l’attribuer à nos décourageantes histoires complètes, si remplies de faits indifférens et décousus, dont souvent l’esprit le plus attentif ne peut saisir la liaison;
que les auteurs, par faiblesse ou par intérêt,
ont dépourvues de ces vérités qui réveillent l'âme et la disposent à la réflexion, de ces traits de caractère qui nous donnent une idée juste des mœurs et des homumes célèbres de chaque siècle; enfin, il faut l’attribuer à ces compilations indigestes que les savans même ne lisent que pour les consulter, et à ces abrégés qui n’offrent de l’histoire que le squelette, c'est-à-dire qu'une nomenclature sèche de noms, de faits et de dates : il faut y être condamné pour lire ces ouvrages-là.
Pour connaître passablement lhistoire de
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son pays, il ne suflit pas de la lire; il faudrait l'étudier dans mille volumes : : cette étude est pénible. Pour la rendre plus commode et moins compliquée, voici un système qui me semble aussi naturel que satisfaisant.
Je divise tous les monumens de notre histoire en trois classes différentes : l’histoire des hommes, l’histoire des lieux, et l'histoire des mœurs.
L'Histoire des hommes contiendrait les aclions et les caractères de tous les hommes qui se sont rendus célèbres par leurs talens, leurs vertus, ou leurs crimes.
L'Histoire des lieux embrasserait tous les événemens remarquables, dont telles villes, tels bourgs, tels châteaux, ou leurs environs, auraient été le théâtre.
L'Histoire des mœurs comprendrait les usages, les opinions, non pas de chaque siècle, car Île passage d’un siècle à un autre n’influe point sur les hommes, mais de chaque grand intervalle entre certaines époques de notre histoire : comme depuis Clovis jusqu’à Charlemagne; depuis le règne de cet empereur
" Les titres seulement des différentes histoires sur La
France, composent six volumes én-folio.
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jusqu’au temps des croisades; depuis ce temps jusqu'au règne de Charles VE, à la cour duquel le luxe, le goût des plaisirs et la licence firent des progrès considérables ; de ce règne désastreux à celui de Louis XI ; de Louis XI à François [”, dont le règne eut une influence si puissante et si pernicieuse sur les mœurs et le bonheur des Français : il établit sur son peuple des impositions onéreuses, vendit le premier les charges de la magistrature, fit naître le goût des beaux-arts et de la littérature ; il afficha le libertinage, et attira à sa cour des évêques et des femmes. Sous son règne prirent encore naissance de nouvelles opinions religieuses. Depuis François [*
jusqu’à Louis XIV, l'intervalle est rempli par
une foule d'événemens qui nous ont laissé des traits bien caractérisés des mœurs et des opinions ; enfin, depuis Louis XIV jusqu'à nos jours, le changement est considérable : la superstition a moins de partisans ; le fanatisme n'a plus de force, les connaissances se sont prodigieusement accrues et ont dissipé les antiques erreurs, etc., elc.
Ces différentes époques des mœurs francaises, exactement remplies, offriraient le tableau le plus vrai du cœur humain.