GUÉRISONS SINGULIÈRES
Pendant que Henri IV s’occupait à réduire les ligueurs, le duc d’Angoulème, fils naturel de Charles IX, et qui suivait l’armée du roi, attaqué depuis quelques jours de la fièvre, sentit redoubler son mal, et fut obligé de rester à Meulan. On commençait à désespérer de sa
vie; son médecin avait prononcé, non vacat periculo, ét comme les malades entendent tout,
et que celui-ci savait le latin, il fut averti de son état, et demanda aussitôt à se confesser. Lorsqu'il fut confessé, les médecins déclarèrent aux domestiques de ce prince, qu'il n’y avait qu'un seul moyen pour sauver leur maître, c'était de le faire rire.
Alors pour opérer-cette guérison, le secrétaire du duc d'Angoulême, son intendant , personnages âgés chacun de soixante ans, et
son capitaine des gardes, vieux militaire d’un
extérieur très-grave , se présentèrent tous trois devant le lit de leur maître, entièrement vêtus de blanc ; le capitaine des gardes était au milieu, et frappait alternativement sur la joue de ses deux voisins qui avaient chacun sur la tête un bonnet rouge avec des plumes de coq, et tâchaient l’un après l’autre de lui abattre un chapeau de forme ridicule. À la vue de cette scène burlesque, le duc malade éclata de rire, saigna du nez abondamment, et éprouva une si grande révolution , qu’au bout de deux heures il se sentit soulagé. La fièvre qui le tourmentait depuis vingt-deux jours, diminua sensiblement, et six jours après, il fut en état de se faire transporter en litière à la campagne, où il acheva sa guérison.
Cette aventure rappelle celle d’un cardinal,
CHAPITRE XLVU. 169 qui, sur le point de mourir, aperçut son singe qui se couvrait la tête de son chapeau rouge. Le rire que lui causa cette singerie, produisit dans ses organes un effort qui opéra son entier rétablissement.
Le 2 février 1786, une guérison à peu près aussi singulière a été opérée à Châteaudun, sur la personne du révérend père Victor Bernard , ex-gardien du couvent des Récollets.
Ce religieux était ce jour -là regardé comme mort; cependant son médecin ne pouvant croire que le principe de la vie fût entièrement-éteint, froita les tempes du malade avec des eaux de senteur, lui fit avaler un peu de vin d'Espagne. Aussitôt, au grand étonnement des spectateurs, le religieux fit quelques mouvemens, et articula quelques sons; mais il restait toujours dans une espèce de sommeil léthargique.
L'après-midi du même jour, le médecin fit entrer dans l’infirmerie où était le malade, deux personnes qui savaient jouer du violon, et qui exécutérent différens airs. Un habitant de la ville et un révérend père récollet du couvent, âgé de 72 ans, se mirent à danser au son des instrumens devant le lit. Le chien du médecin dansait de son côté. Cette musique, et la vue
de ce singulier ballet réveillèrent le moribond,
et le firent rire; depuis ce moment, sa santé se rétablit, et peu de temps après il fut en état d'annoncer lui-même au public son entière guérison.