CHAPITRE LXXV
me à la ville, la reine-mère arrangeait toujours les choses de manière que son fils et sa bellefille ne fussent jamais logés ensemble.
Un jour que la cour était à Pontoise, il se trouva que le roi avait son appartement placé au-dessus de celui de son épouse. Pour se procurer le plaisir d’aller voir cette princesse à l'insu de sa mère, il imagina un moyen singulier. Il était convenu avec les huissiers de salle, que lorsqu'il aurait envie de voir sa femme, ou que sa femme aurait le même désir, ou bien lorsque la reine-mère viendrait troubler leur plaisir, de faire battre leur porte par des sergens; à ce bruit les jeunes époux étaient avertis de se réunir ou de se séparer.
Cette ruse fut sans doute découverte par la reine Blanche. Elle entra un jour dans la chambre de la reine Marguerite ; saint Louis, qui s’y trouvait alors, se cacha promptement derrière sa femme , de peur que sa mère ne le vit, comme le raconte Joinville ; mais elle l’apercut bientôt, et le tirant par la main, elle lui dit : Fenez-vous-en, car vous ne faites rien ici; puis elle le conduisit hors de la chambre. Quand la reine Marguerite vit que sa bellemère la séparait ainsi de son mari, elle ne put
contenir son indignation : elle s’écria à haute
voix : Hélas ! ne me laisserez-vous voir mon Seigneur ni en la vie ni à la mort ? alors sufloquée par la douleur, elle tomba évanouie. On Ja crut morte quelque temps : «Joinville racon- »te que le roi retourna la voir subitément , et » la fit revenir de pameéson. »