‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 168 sur 219 · CHAPITRE LXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIX

brillante que la reine, sa protectrice, lui avait procurée, entra, le 4 mai 1610, pendant que le parlement siégeait aux Augustins, dans une des chambres des enquêtes, avec des éperons dorés à ses bottes, et le chapeau sur la tête. Ce costume était indécent; il insultait l’assemblée, et blessait surtout les priviléges et immunités du parlement. Les clercs du palais, piqués de l'arrogance d’un homme déjà méprisé, se jetèrent sur le courtisan doré, lui arrachèrent son chapeau , et le friäppèrent de plusieurs coups: Un page de la reine et dix domestiques de Concini voulurent le secourir, et le défendre contre les cleres ; mais ils furent eux-mêmes maltraités, ensanglantés, et vivement repoussés. On parvint cependant à tirer de la mêlée le malheureux Concini ; et on le conduisit furtivement dans la chambre d’un religieux augustin, qui le fit évader à la faveur dela nuit et conduire en son hôtel.

Le courtisan outragé, alla le lendemain porter sa plainte au roi. Le parlement en fut instruit, et députa vers Sa Majesté dix conseillers, qui lui représenterent l’immunité de leur demeure. Cette plainte irrita de nouveau les clercs du palais : animés sous mains par quelques personnes de qualité qui ne croyaient pas déplaire

au roi, ils s’attroupèrent plusieurs fois, et coururent la ville en cherchant Concini, et le menaÇçant de tirer raison de l’injure qu'ils prétendaiént en avoir reçue.

Les clercs du palais eurent toute la gloire de cette aventure , et la honte resta à Concini. T1 paraît que Henri IV approuvait tacitement l’humiliation qu'on avait fait éprouver à ce fier courtisan. 1 ne lui accorda aucune espèce de satisfaction ; mais pour le consoler, il se con-

tenta de luidire : L'épée que vous portez n’est pas

aussi affilée que la plume de ces Messieurs.

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