‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 182 sur 219 · CHAPITRE LXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXX

Le 4 juin 1596, on trouva encore quelques ligueurs qui manifestèrent leur fureur contre Henri IV. Nicolas Rapin, prévôt de la connétablie, homme brave et actif, découvrit, dans un cabaret de la rue de la Huchette, quatre buveurs qui vomissaient mille injures contre. ce roi. L'un d’eux disait que si l’on avait pu s’assurer de la porte Saint-Martin, on eût fait un beau coup pour les catholiques. Ils furent pris et mis en prison.

Neuvième attentat.

Le 6 septembre de la même année, on pendit à Meaux un Italien, pensionnaire du cardinal d’Autriche. Cet Italien recevait de ce prince vingt-cinq écus par mois, comme il l’avoua lui-même, et s'était chargé, pour cette somme, de tuëér-le roi de France avec une arbalète de nouvelle invention. Henri IV voulut parler à cet assassin, et lui demanda si ce n’était pas lui qui, en Franche-Comté, lui avait un jour tenu l'étrier pour monter à cheval.

L'Italien répondit que-c'était lui-même. Le roi lui demanda encore s’il ne se souvenait point des moyens qu'il lui avait voulu donner pour prendre un fort, moyens que son conseil n’avait pas approuvés. L'Italien répondit qu'il s’en

souvenait bien. Alors Henri IV se tourna vers ceux qui l’environnaient : Je vous dirai bien plus, leur dit-il, et je érois qu’il lui en souvient bien : c’est lui qui me fit perdre six vingts chevaux que j'avais envoyés pour sonder le gué, et si j y eusse été, comme le coquin m'en avait fait venir la pensée, indubitablement j'étais perdu.

« En ce mois (de novembre 1506), dit l'Estoile, courut à la cour une prédiction d’un magicien des Pays-Bas, qui disait que le roi devait être tué dans son lit, sur la fin de cette année, par une conjuration des plus grands de son royaume , à laquelle on ajoutait une histoire faite à plaisir et à dessein d’une grande défaite de chrétiens par le Turc, laquelle était attribuée, par tous ceux du pays, à la justice que le grand-seigneur avait faite d’une garce qu'il entretenait, et qu’il avait tuée de sa propre main, pour contenter le peuple et ceux de sa cour, auxquels elle était fort odieuse , et que, depuis, tout bonheur l'avait suivi; lequel conte étant venu aux oreilles du roi, il s'en mocqua

aussi-bien que de la prédiction , disant que pour cela il ne lairait de voir sa maîtresse , comme de fait, il la baisait devant tout le monde, et elle lui en plein conseil, etc.’ »

: Journal de Henri IV, tome II, page 324.

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