CHAPITRE XXIII
assez les mœurs de cette époque pour en rapporter ici les détails.
Le jour de Saint-Leu et Saint-Gilles , les habitans de cette paroisse proposèrent de faire un esbattement nouveau ; ils plantèrent, dans la rue aux Ours, en face de la rue Quincampoix, une perche de près de six toises de longueur ; ils attachèrent à la cime un panier dans lequel était une oie grasse et six blancs de monnaie. Ensuite ils oignirent cette perche, qui était dresséeperpendiculairement, et promirentl'oie, l’argent, le panier et la perche, à celui qui serait assez adroit pour grimper jusqu'en haut : cet excreice dura long-temps ; les plus vigoureux ne purent atteindre le but, La graisse dont était frottée la perche formait le plus grand obstacle. Enfin, on adjugea l’oie à celui qui avait monté le plus haut; mais on ne lui donna point la perche, les six blancs ni le panier.
La même année, les Parisiens se procurèrent un spectacle bien plus singulier. Dans l'hôtel d'Armagnac ?, rue Saint-Honoré, ils formérent une enceinte, y firent entrer un cochon et quatre aveugles, armés chacun d’un bâton.
' L'ancien emplacement de cet hôtel est représenté
par la plus grande partie de celui du Palais-Royal.
On promit le cochon à celui des quatre qui parviendrait à le tuer à coups de bâton. L’enceinte
était entourée de nombreux spectateurs, impa-
tiens de voir le dénouement de cette comédie. Les aveugles se précipitaient tous vers l'endroit où ils entendaient courir l'animal, et se meurtrissaient réciproquement de coups de bâton en croyant le frapper; ce qui divertissait infiniment l'assemblée. Ils recommencèérent plusieurs fois l’attaque sans avoir un meilleur succés, et quoiqu'ils fussent armés de pied-en-cap, ils se lassèrent de recevoir de grands coups de bâton, et d’exciter le rire de tout le monde. C’est pourquoi ils aimèrent mieux abandonner l’espoir de posséder le cochon, que de continuer un jeu si déplaisant pour les acteurs.
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