‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 62 sur 219 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Depuis la fontaine de la Trinité, qui est au coin des rues Saint-Denis et Grenetat, était un échafaud prolongé jusqu'un peu au-delà de l’église de. Saint-Sauveur. Sur cet échafaud on jouait des mystères qui représentaient la vie de la vierge Marie, depuis sa conception jusqu'à sa fuite en Egypte.

Plus loin les mystères offraient la vie de saint Jean-Baptiste.

Dans le cimetière des Innocens on représenta une chasse au cerf; et on y avait exprès enfermé un cérf vivant. Qui fut.moult plaisant à veoir.

Devant le Grand-Châtelet, on voyait un lit de justice. Un enfant, grand comme le roi, et de son âge, vêtu d’habits royaux et ayant deux couronnes sur la tête, faisait le roi; à droite étaient les princes de France, à gauche ceux d'Angleterre, qui tous, costumés suivant leurs personnages , avaient encore l'air de donner des conseils au jeune roi qui les écoutait avec

» léur beau sein,chantaient des petitsmotetset bergerettes, » fort doux et charmans. Au-dessous, était un concert de » musique , composé de plusieurs sortes d’instrumens et » de Yoix ravissantes. De cetle fontaine ; par divers ca-

» naux et tuyaux, ruisselaient le lait et l’hypocras exposés

»à tous Ceux qui avaient envie d’en boire.

bonté, et étaient iceulx de bonnes gens qui faisaient cette représentation.

Le cortége passa devant l'hôtel de Saint- Paul où demeurait la reine Isabeau de Bavière, veuve de Charles VI, et grand’mère du roi, objet de la cérémonie: elle était à sa fenêtre avec quelques dames. Le jeune Henri VI, étant vis-à-vis d'elle , ôta son chapeau et la salua. Aussitôt la princesse s’inclina très-humblement vers lui, et sé retourna d’un autre côté pour donner un libre cours à ses larmes *.

Le dimanche suivant, le roi fut en procession à Notre-Dame, où le cardinal de Wincestre le sacra; de là il vint au Palais dîner dans la

grand’salle sur la table de marbre *. La suite

1 Cette princesse ne jouissait plus, à Paris, d’aucune considération, et ne pouvait plus se mêler d’aucune affaire. Son goût pour les plaisirs, pour le luxe, sa jalousie, sa conduite peu régulière, donnèrent naissance aux troubles du royaume, qu’elle alimenta ensuite par ses cabales secrètes. Le malheur des peuples était alors à son comble ; on ne peut, sans frémir, lire les détails de ces désastres toujours nouveaux. Si cette princesse passa les derniers temps de sa vie dans l’humiliation et le mépris, c'était une bien légère punition de sa méchanceté.

? Grande table ronde placée à une extrémité de la grand’salle où les rois donnaient des festins dans les grandes cérémonies. Elle fut détruite lors de l'incendie

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