‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 82 sur 219 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

jeune d’Aubigné pleura, non de perdre sa liberté , mais de se voir enlever sa petite épée et une ceinture garnie en argent. Son habit de satin blanc et ses manières gentilles l'avaient fait remarquer par quelques officiers ; ils le conduisirent dans la chambre du chevalier d’Achon. Ce fut là qu’on dit à cet enfant que lui et ceux de sa compagnie allaient être condamnés au feu s'ils ne changeaient de sentimens. Le jeune d’Aubigné répondit avec fermeté , que l’horreur qu’il avaitpour une autre religion que la sienne , diminüait l'hofreur de son supplice.

Dans cette chambre, où l’on décidait de faire périr dans les flammes cet enfant et sa suite, se trouvaient deux violons qui faisaient danser la compagnie du château. Le chevalier d'Achon ordonna au jeune prisonnier de danser une gatllarde ; il obéit, et dansa avec tant de grâces, qu'il fut applaudi et caressé par la compagnie. Mais le bourreau l’attendait dans la prison pour lui montrer les appareils du supplice; on l’y conduisit sur-le-champ; il trouva son précepteur et toute la troupe disposés à soulfrir courageusement la mort.

Deux heures après que la prison fut fermée , ses portes s’ouvrirent. C'était un officier de la

troupe d’Achon, chargé de la garde des prisonniers. La gentillesse et l'air de candeur au jeune d’Aubignél’avaientintéressé; il s'approche de lui, il l’embrasse; puis se tournant vers son précepteur: Béroalde , dit-il, 1! faut que je meure, ou que je vous sauve tous pour l'amour de cet enfant ; tenez-vous prêts pour Sortir quand je vous le dirai ; cependant donnez-mot soixante écus pour corrompre deux hommes sans lesquels je ne puis rien faire. On ne tarda pas à trouver cette somme dans des souliers où ces malheureux avaient caché leur argent.

À minuit, les portes de la prison s'ouvrent encore, l'officier entre accompagné de deux hommes, et s'adressant à Béroalde : Vous m'avez dit que le père du petit garcon ‘avait commandement à Orléans; promettez-moi de me bien

faire recevoir dans sa compagnie. On Île lui pro-

mit, et, en outre, une bonne récompense :

alors il dit aux prisonniers de se prendre tous par la main ; il prit celle de d’Aubigné , et il les conduisit tous secrètement auprès d’un corps-de-garde , de là dans une grange où ils se cachèrent par-dessous leur voiture, puis ils passèrent dans les blés, jusqu’au grand chemin de Montargis où toute la troupe arriva saine et sauve.

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