‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 84 sur 219 · AVARICE DES ANCIENS ÉVÈQUES DE PARIS · texte numérisé non relu

AVARICE DES ANCIENS ÉVÈQUES DE PARIS

Cimetière des Innocens.

En 1440 , le cimetière des Innocens fut fermé pendant quatre mois, et par l’avarice de l'évêque de Paris, qui exigeait du peuple des sommes trop considérables, on n’y fit ni procession , ni recommandations accoutumées. Ce prélat était intraitable pour tous ceux qui ne lui donnaient pas l’argent ou les présens qu'il demandait. On ne pouvait rien obtenir de lui sans procès, et il en avait plus de cinquante au parlement.

Get évêque poussait si loïn son avarice, qu'il

envoyait dans les rues de Paris , des gens pour s'informer des morts et des testamens, et savoir si les héritiers avaient accompli les legs que les mourans étaient en usage de faire en faveur des ecclésiastiques. Quand les agens de cetévêquetrouvaientune maison fermée, ils demandaient aux voisins s’il y avait un maître ; si on leur répondait qu'il était mort, ils les questionnaientsurlenom et la demeure deshéritiers, et forçaient ces derniers à leur montrer letestament du défunt. Soit que le legs fût accompli ou non, ils leur tiraient toujours de l’argent par des chicanes. St bien coustoit-il argent, par leur subtille cautelle. 1] se passa, quelque temps avant, une aventure dans l’église des Saints- Innocens, qui donne une nouvelle preuve de l’avidité des évêques de ce temps-là.

À la fin de juin 1457, un pauvre homme frappa l'enfant d’une pauvre femme dans cette église : cette femme leva aussitôt sa quenouille, pour en donner un coup à la tête de cet hom-

me ; celui-ci se recula, et ne reçut qu’une légère égratignure au visage. Quelques gouttes de sang répandues suffirent pour faire regarder l’église comme profanée, et on n’y pouvait faire aucune célébration qu'auparavant l’évêque de Paris ne l’eût consacrée de nouveau, Ce prélat aurait

CHAPITRE XL. 129 pu sur-le-champ réparer ce mal imaginaire; mais il exigea une sofnme si considérable de ceux qui avaient causé la profanation , qu'ils ne purent la payer. Les pauvres gens restèrent vingt-deux jours en prison, et pendant ce temps , on ne célébra ni messes, ni vêpres , on n'enterra point dans le cimetière , les services des confréries furent suspendus, et sous le prétexte de quelques gouttes de sang , l’avidité de l’évêque de Paris causa pendant vingt-deux jours un grand dérangement dans une paroisse considérable dont les habitans furent obligés d'aller à la chapelle de Saint-Josse , rue Aubryle-Boucher, pour y remplir les dovoirs de la religion ; ainsi un prélat, commis pour précher la charité chrétienne, pour inspirer l’amour de la prière, et l’exactitude du service divin, est le premier à porter dans l’église le désordre et le scandale, et à contrarier par avarice la dévotion des fidèles.

Le lendemain de la Saint-Barthélemi, les massacres duraientencore, etpour persuader au peuple que le ciel approuvait tant de crimes, on fitparaître un miracle; c'était une aubépine fleurie à la fin du mois d'août, dans le cimetière des Saints -Innocens ; les prêtres et les moines publièrent avec emphase ce prétendu prodige, on

sonna les cloches , les Parisiens criaient miracle! et disaient que la nouvelle fleur produite par cet arbrisseau signifiait que, par les massacres des huguenots, la France allait refleurir. Cette interprétation redoubla la rage des fanatiques ; le carnage recommença, les furieux coururent au logis de l'amiral de Coligny dont le corps était étendu dans la cour; après l’avoir mutilé en plusieurs endroits, ils le tratnèrent à la voierie.

Pendant la ligue contre Henri IT, les moines, les curés, et tous les Parisiens de tout âge, de tout sexe, faisaient, jour et nuit, des processions dans les rues de Paris. Le 10 janvier 1589, il se fit une de ces processions composée de tous les petits enfans , tant filles que garçons de la ville. Ils s’'assemblèrent dans le cimetière des Innocens, au nombre d’environ trente mille, tous les pieds nus, et portant chacun un cierge à la main Ils sortirent du cimetière en procession, et allèrent jusqu'à l’abbaye de Sainte-Geneviève du Mont. Avant d'entrer dans l'église, ils jetèrent leurs chandelles à terre, et en les éteignant, ils maudissaient le roi de cette manière : Dieu permette que bientôt lu race des Valois soit entitrement éteinte, et autres imprécations plus. atroces.

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