‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 88 sur 219 · P9U1Q0) NP · texte numérisé non relu

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CHAPITRE XLIL. 129 visa, comme un autre Jonas, de parcourir les rues de Perouse, en criant de toute sa force, que la ville et les habitans allaient être détruits, s'ils ne faisaient bientôt des pénitences publiques pour apaiser la colère du ciel; les cris menaçans de l'énergumène pénétrérent les cœurs des pécheurs les plus endurcis: les uns, armés de cierges allumés ou de branches d’olivier, se mirent à faire des processions qui ne finissaient plus; d’autres marchaient dans les rues , la tête eouverte d’un sac de toile , en se donnant, par dévotion, de temps en temps la discipline; plus le nombre des spectateurs était grand, plus le zèle des dévots augmentait, et plus ils se fouettaient vigoureusement.

On en vaut mieux, quand on est regardé.

Quelques-uns, poussant plus loin l’héroïsme de la pénitence, furent chercher des spectateurs dans les villes voisines , et offrirent à leur admiration, le tableau de leurs dos meurtris et déchirés. Un exemple si beau ne fut point sans imitateurs : de proche en proche les esprits s'échauffèrent, tout le monde voulut faire des processions, des pénitences et des flagellations publiques. L'Italie entière, patrie de

ces fiers vainqueurs du monde, n'offrit bientôt qu'un peuple de pénitens foueités 7.

Au mois de décembre 1574, Henri IIT étant à Avignon, trouva la procession des battus ou pénitens , si belle, qu'il voulut être de leur confrérie. La reine Catherine de Médicis se fit aussi recevoir, ainsi que son gendre, le roi de Navarre (depuis Henri IV). Henri IT disait en riant, que le roi de Navarre n'était guère

propre à faire le pénitent.

Quelques années après, au mois de mars 1583, Henri LIL institua à Paris une confrérie de pénitens, dans laqueile furent admis ses

mignons, plusieurs seigneurs de sa cour, plusieurs membres du parlement, et une infinité de bourgeois notables.

Le roi composa les réglemens de cette confrérie, qu'il fit imprimer sous le titre de con-

* Plusieurs souverains regardèrent ces pénitences publiques comme des attroupemens capables d’exciter des séditions. Gerson, chancelier de l’université de Paris, au 15° siècle écrivit contre eux. La cour de Rome fut sollicitée de les supprimer; mais elle se contenta de les réformer. Il ne se fait point aujourd’hui d’enterremens à Rome qui ne soit accompagné d’une foule de pénitens de différentés couleurs ; le peuple croit que ce sont des gens de qualité qui expient leurs péchés de cette ma-

nière.

CHAPITRE XLIT. 151 grégaton des pénitens de l’Annonciation de Notre-Dame ; là premiere procession de cette confrérie fut faite le jour de l’Annonciation.

Sur les quatre heures après midi, les confrères sortirent deux à deux du couvent des Augustins, couverts de sacs de toile blanche, et furent en procession à l’église de Notre-Dame. Le roi marchait sans gardes, et n’avait aucune distinction. Le cardinal de Guise portait la croix, le duc de Mayenne était maître des cérémonies; les chantres , également vêtus en pénitens , chantaient les litanies en faux-bourdon. Il plut toute la journée, les pénitens furent mouillés; mais leur dévotion était si grande que la pluie ne leur empêcha point d’achever entièrement leurs cérémonies ; quelqu'un qui les vit, fit le quatrain suivant :

Après avoir pillé la France,

Et tout son peuple dépouillé ; N'est-ce pas belle pénitence, De se couvrir d’un sac mouillé?

Le lendemain, le moine Poncet, qui préchait le carême à Notre-Dame, déclama vigoureusement contre l'hypocrisie des. pénitens *. Les pages et les laquais contrefirent au

* Voyez ci-après, page 137.

Louvre leur procession. Pour imiter le costume, ils se couvrirent le visage de leurs mouchoirs, et y firent des trous à l’endroit des yeux. Henri 111, piqué de cette singerie, en fit fouetter jusqu'à cent vingt.

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