PROFANATION DES LIGUEURS
En 1589, le château de Fresne appartenait à François d’O, qui fut depuis surintendant des finances et gouverneur de Paris. Ce sei-
gneur était à la fois riche et royaliste, deux
raisons puissantes pour être traité rigoureusement par les ligueurs. Un des chefs de ces révoltés, le chevalier d’ Aumale, qui, sous prétexte de protéger la religion catholique, volait, massacrait et affichait partout l’irréligion et le libertinage , s’empara du château de Fresne, fit tuer huit soldats en sa présence, pilla toute la maison dont les meubles étaient trèsriches, puis entra dans la chapelle, que décoraient de beaux ornemens et des tableaux cu-
CHAPITRE XLV. 199 rieux ; il enleva ou brisa tout ce qu'elle contenait. Ge brigandage fut suivi d’un autre genre de profanation : le chevalier et ceux de sa troupe souillèrent cette chapelle par leurs inimondices.
Villeneuve-Saint-Georges est un joli village situé sur les bords de la Seine, à quatre lieues de Paris. Le 7 juillet 1589, quelques troupes de la ligue entrèrent par force dans ce lieu, y commirent mille excès; ces militaires indisciplinés, qui se disaient armés pour la défense de la'religion, violèrent ses préceptes d’une maniere indécente, et quoiqu'ils défendissent les catholiques , ils montraient souvent l’impiété la plus révoltante : ils firent gras ce jour-là, qui était un vendredi ; c’eût été peu de chose, s'ils n'avaient pas voulu couvrir cette faute par une cérémonie sacrilége et dérisoire. Ils contraignirent les prêtres, le poignard sur la gorge, de baptiser les véaux, moutons, cochons . ete: J'Ot de leur donner les noms de carpes, brochets , barbeaux ; on se plaignit de ces violences au duc de Mayenne , il répondit : Z{ faut patienter,
J'ai besoin de toutes mes pièces pour vainere le
tyran a
* C’était l’épithète la plus modérée, que les Ligueurs donnaient alors à Henri JET.
L'auteur d’une pièce intitulée, Conseil d'un Français aux Parisiens, témoigne encore le même fait. « Ils (les ligueurs) ont contraint »les prêtres des paroisses, en leur mettant le » poignard sur la gorge , de baptiser des veaux, »moutons, agneaux, cochons, levreaux, che- » vreaux , poules et chapons , et de leur baïller » les noms de brochets , carpes, barbeaux, trui- »tes, soles, turbots, harengs, etc.; cela ne s'est » pas fait en un seul lieu, ni par une seule trou- » pe, ni une seule fois, vous ne le pouvez igno-
» ler. »