C. Tupper
Lettre du très honorable sir R. L. Borden, premier ministre du Dominion du Canada.
Cabinet du premier ministre,
Ottawa, 3 février 1913.
Mon cher Monsieur Boyd, — C'est avec le plus grand plaisir que j'ai appris que vous vous proposiez d'écrire une vie de sir George-Etienne Cartier, en rapport avec la célébration du centenaire de sa naissance. Cartier occupe une grande place dans la vie publique du Canada, tant avant qu'après la confédération. C'est à lui que nous devons dans une grande mesure le succès des négociations ayant donné naissance à la fédération qui a réuni en une seule nation les provinces britanniques éparses sur la moitié nord de ce continent. Cette nation, bien qu'encore aujourd'hui dans la première période de son développement, occupe déjà une situation assez considérable dans l'empire et dans l'univers civilisé.
Les talents et l'expérience que vous possédez vous mettent parfaitement à même de mener cette tâche à bonne fin, et je ne doute pas que ce travail sera exécuté de main de maître.
Veuillez me croire, cher Monsieur Boyd,
Votre bien dévoué,
R. L. Borden.
Lettre de sir Wilfrid Laurier, leader du parti libéral du Canada.
335, avenue Laurier,
Ottawa, 27 janvier 1913.
Cher Monsieur Boyd, — Je regrette de n'avoir pas d'autres souvenirs de Cartier que ceux que j'ai racontés dans un court article publié il y a quelques années et dont DeCelles a parlé dans son livre. Cependant, et bien que je ne puisse pas vous communiqur aucun nouveau renseignement, ce sera toujours pour moi un plaisir de vous rencontrer et de discuter avec vous tout point quelconque que vous pourriez avoir en vue.
Maintenant que vous voilà sorti de l'arène de la politique active, vous ne sauriez mieux occuper votre temps qu'en présentant au public canadien la vie de Cartier. Il fut certainement l'un des créateurs du Canada, et il en est peu qui peuvent le dépasser. Vous pouvez être assuré de mes meilleurs souhaits dans votre entreprise.
Votre très dévoué,
Wilfrid Laurier.
Lettre de sir Lomer Gouin, premier ministre de Québec.
Québec, i avril 1914.
Cher Monsieur Boyd, — Je ne saurais trop vivement vous féliciter de la décision que vous avez prise de publier une vie de sir George-E. Cartier.
De tous les hommes d'Etat du siècle précédent, il n'en est peut-être pas un qui mérite plus que lui d'être montré à l'admiration et à l'imitation des générations présentes et futures.
Nous comptons des patriotes et des hommes d'Etat, mais Cartier a été les deux réunis.
Il a été un grand homme. Il était imbu des idées les plus larges. Ses horizons étaient très étendus, sa vision se projetait bien au-delà de l'entourage et de l'atmosphère de son temps, et le Canada que nous voyons aujourd'hui est en grande partie le résultat des qualités qui le distinguaient comme fondateur d'empire. Ce sont là des louanges qui paraissent exagérées, mais cependant un grand homme politique appartenant à une nationalité différente n'a pas craint de déclarer que l'union des provinces de langue anglaise en une confédération n'aurait pas pu s'effectuer si Cartier avait refusé son concours.
Ce n'était pas seulement un homme clairvoyant et un penseur, mais c'était aussi un travailleur. Il a dit bien des choses excellentes et il les disait bien. Mais il est surtout connu comme ayant été un homme qui savait agir.
Vous me demandez pourquoi, selon moi, les Canadiens-Français doivent être particulièrement reconnaissants à Cartier. Pour beaucoup de choses, en vérité. Et ce que les Canadiens-Français doivent à George-Etienne Cartier, les Canadiens de toutes les autres nationalités le lui doivent également. Il leur a enseigné la confiance en eux-mêmes et l'obligation d'avoir les uns envers les autres du respect et de la considération. Il leur a exposé aussi à quel point il était futile de prétendre qu'il était impossible de faire du Canada une grande nation " parce que le Bas-Canada était surtout français et catholique, le Haut-Canada anglais et protestant et que les provinces maritimes étaient un mélange des deux." Son opinion était que, de même que dans la Grande-Bretagne, la diversité des races contribuerait à la prospérité commune, et il mit promptement le doigt sur le seul point dange-