VOULAIT
une armée et une marine canadiennes
(La Presse du 2 Novembre.)
Un correspondant du Canadien exprimait dimanche dernier le vœu de voir La Presse revenir à l’ancien parti de Cartier; comme si La Presse s'était écartée ::n seul instant du programme tracé par ce grand patriote, et que le parti conservateur à laissé prendre par son adversaire légendaire le parti libéral. Le pays a grand intérêt à savoir où est actuellement le parti de Cartier dans les luttes de St Jacques et de Chambly, quand les deux oppositionnistes se déclarent libéraux. Est-il dans le parti politico-religieux de l’Action Sociale, dans le parti Castor qui a battu Cartier en 1872 et forcé Chapleau à se retirer de l’arène politique, dans le parti nationaliste, qui se dit encore libéral ? Est-il dans cette section antimilitariste qui contredit tout le passé de Cartier, l’ancien ministre de la milice accusé par les libéraux d’être vendu à l’Angleterre, celui qui préféra voir son gouvernement battu en 1862 sur le Bill de la Milice établissant la conscriptien, plutôt que de le retirer; qui, le premier, engagea le gouvernement canadien dans l’idée de la défense et fit construire les fortifications de Lévis, travaux dont la continuation fut abandonnée avec sa mort? Nous sommes loin de ce vieux parti conserva teur déclarant que le dernier coup de canon pour la défense du lien colonial serait tiré par un Canadien-français et qui, par l’organe de son chef, Sir Georges Cartier, définissait, à
Toronto, le Canadien-Français un Anglais parlant le français. Ce mot profond ne comportait pas un abandoi, de nationalité. Au contraire, il implantait l'influence canadienne-française dans le cœur de la majorité en lui faisant comprendre par une figure énergique que nous VOULONS RESTER FRANÇAIS TOUT EN NOUS IDENTIFIANT avec les devoirs incombant à un sujet anglais qui connait la valeur et les responsabilités de la loyauté.
Et puis, l’influence de Cartier reposait aussi dans sa lutte à outrance contre l’école fanatique de Brown qui battait en b:èche le clergé catholique du Bas-Canada. On le sait, ce sont les tories d’Ontario qui ont ramassé dans le ruisseau ce programme abandonné. Est-il possible à ceux qui s’appellent maintenant les successeurs de Cartier de tourner le dos à leurs alliés ?
Comme on le voit, il y a, pour les conservateurs convaincus, honnêtement désireux de perpétuer l’idée et les travaux de leur grand chef, bien du travail à faire avant de rétablir une situation que tout le monde s’est étudié à gaspiller.
IT (La Presse du 2 Novembre.)
Le jeune parti conservateur se déclare anti-militariste ; c’est son affaire ; mais, lorsqu’il prétend que la Presse ne connait pas les idées de Cartier, dont il se réclame, c’est notre affaire. Nous aimons mieux l’attitude de M. Monk qui prend une grave responsabilité devant le public, mais en son propre nom, et non pas en invoquant de fausses autorités. Cartier passa toute ga vie a identifier la Province de Québec avec le sentiment britannique, au milieu duquel elle était appelée à vivre. C’est en cela qu’il différait de ses adversaires qui lui faisaient un crime de sa loyauté. Avec son indomptable énergie, il lutta contre la tendance de sa race à grogner contre tout ce qui était anglais et à faire bande à part. Il savait que cette tendance était la déchéance politique de sa province. Presque un siècle de mesquinerie impérialiste, de persécutions bureaucrates
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avaient moulé l'esprit canadien-français dans une forme unique de résistance à l'influence britannique. Lafontaine avait commencé ce travail de régénération ; Cartier eut à l’achever. Il fallait convaincre nos compatziotes qu'ils étaient des citoyens comme les autres, acceptables à l’Empire comme les autres. La défiance n’était pas encore disparue du peuple, lorsque la Confédération lui fut soudainement annoncée.
Il y eut dans la Province de Québec, un grave moment d'hésitation. On peut même dire que les meilleurs amis de Cartier, saisis de frayeur, brisèrent leur allégeance et l'abandonnèrent. L'opinion publique, indécise, se ressaisit, cependant, quelque temps après par un article de la Minerve dont Cartier était l’inspirateur et qui disait tout simplement à ses compatriotes: ‘‘ La Province ue Québec n’a pas le droit de ge mettre en travers de la marche politique et d'arrêter une grande idée. Si elle le fait, c'en est fini d'elle; elle retombe dans les luttes de 1837 avec cette différence que ce ne seront plus les émissaires anglais auxquels elle aura affaire, mais à ses propres compatriotes des autres races qui né lui pardonneront jamais son entêtement. ”
pel fut compris; le bon sens du Canadien-Français se : la Province de Québec entra à toutes voiles dans la ion. Qui peut dire aujourd’hui que ce fut chose re ? Nous sommes à une étave où les répugnances de 1865 puissent se répéter. On semble encore une fois vouloir se séparer des autres provinces à propos d’une aventure infiniment moindre que ceile Ce la Confédération: l'établissement d’une marine, simple question d’argent? Sommes-nous une majorité dans la Confédération pour songer à lui imposer nos volontés? La Province de Québec peut-elle jouer un rôle efficace, si elle accumule sur elle le mépris des autres provinces ? Il est certain quela grande majorité de ces autres provinces désire un système de défense nationale qui, loin de nous rendre un instrument dans l’Empire, nous élève au rang d’un pouvoir autonome. N'oublions pas que notre origine expose, tout ie temps, notre loyauté au doute.
PS
Cartier employa tont son pouvoir à dissiper les soupçons qui planaient sur notre sincérité. Son Bili de la Milice de 1862 allait plus loin que le bill de la marine dont il est actuel!ement question, Aujourd’hui, il ne s’agit que d’une somme d'argent à débourser; alors, on forçait les Canadiens à payer de leur personne. On instituait une force active de 50,000 hommes obligés de faire, tous les ans, un service de 28 jours, sous peine de payer 50 centins par jour d'amende. Il fullait, de plus, une réserve aussi de 50,000 hommes.
Aussi, après la défaite de son gouvernement sur cette mesure, quel soin ne prend-il pas de mettre en relief le bon vouloir momentanément effacé des Canadiens-Français. Deux jours après le vote, en laissant les bancs ministériels, il disait à l’Assemblée Législative :
Te vote de mardi ( 20 mai, 1862 ) nous a reversés ; je nele déplorerais pas, s’il n'avait atteint que le minintère. Mais, je crains que ceux qui sont hostiles aux institutions du Bas- Canada, et ils sont nombreux, ne s’en servent comme d’une arme... J'espère, cependant, que la noble conduite de notre clergé, et les sentiments manifestés par les Canadiers-Fran-
ais, l'automne dernier, PARALYSERA LES ÆFFORTS QUI
ÊE FERONT POUR RENDRESUSPECTE LEUR LOYAUTE.
Une pensée nous console dans notre chûtie, c’est que nous tombons à l’occasion d’une mesure destinée à la protection, à la défense de notre pays, une mesure que nous croyons nécessaire pour METTRE LES CANADIENS EN ETAT DE JOUIR LIBREMENT DE LEURS INSTITUTIONS POLI- TIQUES À L’'OMBRE DU GLORIEUX DRAPEAU DE LA VIEILLE ANGLETERRE. (22 mai, 1862.)
Plus tard, quand M. Cartier revint devant ses électeurs de Montréaï, il leur déclara, le 27 déc., 1062, qu’il était tombé en défendant un principe VITAL pour le Canada. “J ’espère, ajoutait-il, que le pays tout entier finira par le comprendre.”
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(La Presse du 19 Novembre.)
Ce qu’il nous reste à dire de Cartier comme patricte militant va déterminer tous les soi-disant conservateurs modernes, qui invoquent son nom sans savoir ce qu! a été, de l’abandonner pour toujours. Mieux vaut exposer aujourd’hui la vérité sur son compte avant que de laisser le parti conser.ateur commettre la dernière et suprême faute.
Sir Georges Cartier était tellement imbu de la néressité pour le Canada d'organiser sa propre défense qu’il choisit lui-même, lors de la Confédération, le portefeuille de la milice.
La chose parut, dans le temps, plus qu’extraordinaire, inexplicable. Ceux qui connurent sa pensée intime apprirent, plus tard, qu'il voulais protéger ses compatriotes contre le coup de tête de : 862, et qu’il se croyait obligé de les racheter d’une défailla :e ressemblant à de la lAcheté. C’est pourquoi il déclara entrevoir lui-même dans ce poste des difficultés considérables. C’est chez les siens qu’il les trouvait ces difficultés. Voici comment il s’en expliqua à la première occasion, c’est-àdire le 31 mars 1868, en proposant aux Communes son second Bil] de la Milice.
‘‘On me demandera peut-être, pourquoi j’ai pris la direc- “tion du Département de la Milice? Je répondrai que j'ai “toujours aimé à affronter les difficultés et que le Départe- ‘“ment de la Milice en offre de nombreuses”...
Cette loi sur la milice et sur les fortifications apprendra à l'étranger que NOUS SOMMES DETERMINES à rester sous la protection de ia Couronne britannique. Je suis même sûr
ue si l’on demandait à la Chambre de sanctionner UNE LOI
E MILICETRES COUTEUSE, elle y consentirait.… J'AI PRESQUE HONTE DE VENIR DEMANDER à une grande assemblée délibérante comme la Chambre des Communes, UNE SOMME AUSSI MINIME POUR UN SERVICE Pt- BLIC SI IMPORTANT. (Discours du 31 mars 1868, aux Communes.)
On voit combien il avait sa défaite de 1862, sur le cœur,
quand il y fait allusion durant cette séance du 31 mars dans les termes suivants. Que l’on pénètre bien l’idée qui domine dans ces paroles :
Nous avons travaillé au bien général de toute façon. Par la présentation de notre projet de loi sur la milice, nous avons montré quel prix nous attachions à notre union avec la Gran. de-Bretagne. L’Angleterre a vu là que nous étions prêts, au besoin, À FAIRE LES SACRIFICES NECESSAIRES POUR CONTINUER CETTE UNION. Il est vrai que aous sommes tombés sous le coup des préjugés créés par le Globe et les autres journaux clear-grits. Mais nous n'avions pas perdu la confiance de la Chambre. Nous dûmes nous démettre parce
ue DEVANT CES PREJUGES QUELQUES-UNS DE NOS
ARTISANS FLECHIRENT... En tous Cas, nous avons voulu prouver à l'Angleterre que nous CHERISSIONS L'UNION BRITANNIQUE, ET QUE NOUS LA JUGIONS NECESSAIRE POUR LA PROSPERITE ET LA GLOIRE DU PAYS. Laissés à nous-mêmes, sans lien avec l’Angleterre, quel serait notre sort? Pourrions-nous nous maintenir dans l’indépendance ? Non, nous serions inévitablement absorbés par les Etats-Unis. Alors, il nous faudrait vontribuer jusqu’à $20 par tête pour payer l’immeuse dette qui les écrase. Quand l’Angleterre nous demande quatre ou cinq cent mille piastres pour l'aider à nous défendre, devrions-nous hésiter? Devrions-nous nous y refuser quand nous avons la flotte, les canons, les soldats de la métropole, pour faire respecter des lois que nous faisons ?
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J'espère que le gouvernement impérial sera satisfait du nombre d'hommes que ce bill astreint aux exercices militaires. Et ce n’est pas une force peu considérable que 700,000 hommes de milice! Alors que les quatre millions de blancs qui habitent le sud de la République Américaine étaient dans la plus grande détresse, ils ont pu fournir 400,000 soldats pour défendre leur pays durant quatre ans contre les envahissements de la populatioi, du nord, qui compte 24 millions d'âmes et a mis en campagne pendant la guerre, l'effectif énorme de 2,600,000. Si le malheur voulait que nous eussions un jour à combattre une invasion américaine, nous serions dans une position beaucoup plus avantageuse que les Sudistes avec nos 700,000 hommes prête à prendre les armes, sans compter les secours de l'Angleterre et l'océan ouvert à