‹ Sir Georges Cartier sur la défense du Canada [microforme]Chapitre 3 sur 3 · PERIAL EXIGE DE NOUS · texte numérisé non relu

PERIAL EXIGE DE NOUS

Cartier allait si loin qu'il était prêt à se battre même contre les Etats-Unis.

Il ne faut pas oublier qu’en ces temps-là les revenus du pays étaient seulement de $813,687,928, tandis qu'aujourd'hui ils sont de #96,000,000. Aussi, quand sir Georges Cartier présenta, quelques jours près, son Bill des fortifications pour protéger Montréal et quelques autres endroits, la relation des $5,500,000 demandées pour cet effet était à ces $13,687,928, comme le serait aujourd’hui la somme de $37,000,000 au revenu actuel. Nous citerons demain quelques-unes àe ces paroles. En changeant le mot ‘nos voisins ” par ‘‘ puissances étrangères ” chose qu’on ne pouvait pas soupçonner dans le temps, on croirait lire Sir Wilfrid Laurier proposant le vote pour la Marine.

(La Presse du 12 Novembre.)

Voici ce que disait sir Georges Cartier le 1er mai 1868, en proposant son Bill des fortifications :

Le gouvernement impérial a certainement déclaré que toutes Les ressources de l’Empire seraient, au besoin, employées à la protection du Canada ; mais, NOUS DEVONS LE SECON- DER... Si l’on objecte que ce sont là des travaux improductifs, je répondrai que la position de notre pays est devenue assez importante pour qu'A L’EXEMPLE DES AUTRES NATIONS, NOUS OPPOSIONS UNE BARRIERE AUX AGGRESSIONS. En élevant une barrière entre nous et nos voisins NOUS DECLARONS, PAR LA, SOLENNELLEMENT

AU MONDE ENTIER QUE NOUS VOULONS RESTER UNIS À LA GRANDE BRETAGNE. Quand nous aurons élevé les grandes fortifications dont j'ai parlé, les capitalistes anglais seront encore plus convaincus que leurs fonds sont en sûreté chez nous, et le Canada sera en pouvoir d'obtenir des placements multiples à des conditions plus avantageuses. Ainsi tombe l’objection contre un projet QUI N’EST PAS AUTRE CHOSE, AU FOND QUE LE PROJET MEME DU GOUVER- NEMENT BRITANNIQUE... Cette objection que j'ai prévue, à savoir que nous allons dépenser des sommes considérables pour des travaux improductifs, tombe d’elle-même.

C’est très peu de sa pensée que nous reflétons en citant ces quelques mots de Cartier. Il n’y avait alors ni Hansard, ni rapports considérables dans les journaux. Seuls, ceux qui possédaient son intimité purent connaître l'intensité de ses convictions sur la nécessité pour le Canada, surtout pour la Province de Québec, d'organiser une vaillante défense. Il s’en ouvrit, un jour, au camp militaire tenu à Niagara. Voici ce qu'il y dit le 17 juin 1871:

Il est heureux, aujourd’hui, pour ce pays que notre milice soit commandée par un officier expérimenté et distingué, qui a acquis son expérience et ses distinctions dans la guerre des Caffres, en 1857, et dans la guerre de Crimée, cette expédition à tout jamais mémorable.

UN PAYS NE PEUT JAMAIS PENSER DEVENIR GRAND, S'IL N’EST EN ETAT DE RESISTER AUX EN- NEMIS QUI MENACERAIENT SON EXISTENCE. On a blâmé le gouvernement impérial d’avoir retiré du Canada avec tant de précipitation, les troupes régulières. Mais quel-

ue blâmable que soit cet acte, aux yeux d’un grand nombre, il ne doit pas empêcher le Parlement et le peuple du CANA- DA D'ORGANISER ET D’ENTRETENIR SUIV:NT LES MOYENS ET LES RESSOURCES DE CE PAYS, DES FOR- CES MILITAIRES SUFFISANTES POUR NOUS FAIRE RESPECTER.

Déjà. et cela est flatteur pour nous tous, l'organisation de notre milice, obtient, en Angleterre, l’approbation des hommes publics et de la presse, .……

Il y a beaucoup de points de ressemblance entre la situa-

tion actuelle et celle que représentait Cartier. Alors, comme aujourd’hui, le gouvernement britannique avait demandé au Canada une contribution directe, non seulemant en hommes, savoir une armée permanente de 50,000 soldats, mais, aussi, une somme dont l’Angleterre disposerait à son gré sans notre participation. Tout le monde peut référer à la dépêche du duc de Newcastle en l’année 1862. C’est l’hon. J. S. Macdonald qui révéla ces faits au pays à la séance du 31 mars 1868. Dans son discours, il félicite le gouvernement sur ce bill ‘ qui ne tient aucun compte d’une dépêche du ministre des Colonies exigeant. que le Canada entretint 50,000 hommes en état d'activité militaire, et voulant obliger le gouvernement canadien à créer en 5 ans un fonds applicable à la défense du pays et dont le gouvernement impérial aurait à l’exelusion du Parlement Canadien le contrôle et la disposition.”

Comme Cartier, Laurier a résisté aux demandes exagérées du gouvernement anglais, et comme lui il a accordé ce qui convenait au pays. C’est, donc, toujours la politique de Cartier que les prétendus amis de Cartier laissent prendre par le parti adverse.

Il ne faut pas croire que Cartier fut opposé à une marine canadienne, Dans cette séance äu 31 mars, il donna même à entendre que la chose viendrait plus tard.

“Je ne prétends pas, dit-il, par ce bill, organiser la milice navale. C’est un soin quiest LAISSE AU GOUVERNEUR- GENERAL EN CONSEIL.”

Du reste, le fait ressortit, à cette séance même, sur une remarque de Monsieur Alex. Mackenzie, que le gouvernement avait déjà deux canonnières en activité.

Les conservateurs d'aujourd'hui se trouvent à prendre exactement la place et les arguments de Dorion en 1862 et en 1868. La Presse suit à la lettre le programme de Cartier.

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(La Presse du 19 novembre.)

Le Canadien qui tient à mettre sous l'égide de Cartier son nouveau programme anti-militariste, trouve que Le Presse n'est pas généreuse à son égard. Nous n'avons aucune ligne de conduite à tracer à qui que ce soit ; mais, nous ne pou. vons pas laisser fausser l’histoire. Si les conservateurs du jour veulent combattre l'établissement d’une marine canadienne, ils ont bien le droit de le faire, mais sous leur propre responsabilité.

Les nombreuses déclarations de Cartier citées par La Presse ont forcé le Canadien à faire une distinction entre la milice de terre et la marine. “Cartier, dit-il, a pu être pour l’établissement d’une armée ; mais il n’était pas pour des marines de guerre.”

Mais, sa loi sur les fortifications ne touchait pas à l’organisation de l'armée. Il fit passer une mesure de défense plus lourdement coûteuse en ces temps là qu’une marine de $15.- 000,000 aujourd’hui. Il n’y a guère de différence entre les travaux de protection qui restent sur place et des travaux flottants qu’or peut mobiliser. C’est le même principe de défense qui est au fond des deux.

Mais, à quoi bon épiloguer sur une subtilité, quand nous avons une déclaration formelle de Cartier en faveur d'une marine? C'est à Saint-Jean, N.B. qu’il développa tout son programme le 14 septembre 1864. Voici ses paroles telles que reproduites éditorialement dans la Minerve du 20 septembre 1864 :

Une autre considération de la plus haute importance est la défense du pays. Dans l’état où nous sommes, une province ne peut demander l’aide d’une autre, en cas d'attaque, mais AVEC LA CONFEDERATION NOUS AURONSUNE ARMEE DE 200,000 HOMMES ET UNE MARINE DE 60,000; et avec une telle force, l'Angleterre serait beaucoup plus disposée à nous aider en cas de besoin que si nous dépendions d'elle

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seule. NOUS DEVONS FAIRE NOTRE POSSIBLE POUR QUE CES QUESTIONS SOIENT BIEN COMPRISES.

La citation porte trop au point pour qu’il soit possible de continuer à soulever des doutes à ce sujet.

Du reste, la Minerve elle-même avait averti le parti conservateur de toutes les conséquences. Or, dans cette phase décisive de !x politique canadienne, c’est Cartier lui-méme qui parlait par les articles de son organe. Nous affirmons sans crainte que les lignes suivantes furent écrites sous sa dictée :

Dans un gouvernement fédéral, le pouvoir central PEUT AVOIR A SA DISPOSITION DES ARMEES ET DES FLOT- TES CONSIDERABLES, ET OCCUPER UN DEGRE DE PUISSANCE TRES ELEVE A L'ÉGARD DES PAYS ETRAN- GERS. Il dispose de moyens capables de le faire respecter, ainsi que la nation à laquelle ii commande.

D'un autre côté, chaque Etat, compris dans la confédération ayant le contrôle parfait sur toutes les questions de l'intérieur, il n’a pas à lutter contre des exigences diverses, ni ue les mécontentements qu’elles ne manquent pas de créer.

On voit, de suite, que le système ‘édéral a pour objet de concilier au dehors LA FORCE D'UNE GRANDE NATION, avec le respect et le soin qui, chez un peuple peu considérable seulement, peuvent être accordés à tous les intérêts de l’intérieur.—( La Minerve, du 14 septembre 1864.)

C’est dans le même ordre d'idées qu’il faisait dire aussi à le Minerve :

{1 faut donc conclure :

Que si les fédérations ne sont pas conquérantes, ELLES SE DEFENDENT BIEN,

Que l’union doit être faite pour les peuples et non les peuples pour l’union.

Enfin, que la confédération doit se garder d’offenser leur individualité ou de GLACER LEUR PATRIOTISME. — ( La Minerve, 16 septembre 1864).

On va nous demander: “Pourquoi insistez-vous autant sur

cette politique de Cartier ?” Pour perpétuer son esprit dans le parti conservateur, qui s’en éloigne davantage tous les jours, et, du reste, dans notre province toute entière; car, Cartier ne redoutait rien autant que l'isolement des Canadiens-Français dans la confédération.

Lisez encore la Minerve :

Avons-nous droit de demander dans l’administration des affaires générales de la confédération une influence égale à la race anglo-saxonne? Mais, nous sommes déjà en minorité dans le Parlement canadien. Pouvons-nous exiger que la majorité abdique devant nous ?—(La Minerve, 19 sept., 1864.)

SE POSER EN OBSTACLE AU DEVELOPPEMENT POLI- TIQUE ET SOCIAL D'UN PEUPLE, PAR VANITE OU PAR CAPRICE, C'EST RISQUER LE PRESENT ET L'AVENIR, C'EST ARRETER, peut-être, l’essor de ce peuple dans la voie du progrès et de sa destinée. Que les adversaires quand même de la confédération Y REFLECHISSENT BIEN.—( La Minerve, 19 sept., 1864. )

LA GLOIRE DE NOTRE NATIONALITE N’EST POINT DANS L'ISOLEMENT. Elle est dans la lutte et le combat: luttes à mains armées autrefois contre le despotisme et la tyrannie ; LUTTES GENEREUSES POUR LA DEFENSE DU DRAPEAU DE LA MERE-PATRIE. Aujourd’hui, luttes pacifiques, pour faire sa place dans le monde des affaires, à côté de ses rivales, et LEUR DISPUTER, s’il est possible, LE HAUT DU PAVE. Elleest pour lutter, la nationalité des hommes qui ont dû vaincre tant d’obstacles, supporter tant de misères et livrer tant de combats au monopole et à la tyrannie, POUR SE FRAYER UNE ROUTE HONORABLE A COTE DES RACES ETRANGERES.

N’allons point, EN RETRECISSANT NOTRE HORIZON POLITIQUE ET SOCIAL, RETRECIR AUSSI L'ESPRIT DE NOS COMPATRICOTES. On rira peut-être de cette idée ; mais les véritables penseurs diront que nous avons raison: le citoyen d’une nation indépendante est plus grand moralement et intellectuellement, que celui d’une colonie. Son esprit est plus large, son intelligence plus vaste, parce que son regard intellectuel s’accoutume à embrasser, dans ses observations, de plus vastes horizons, des questions plus graves, des intérêts plus sérieux.

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Ne cherchons donc point à ENTOURER NOTRE NATIO- NALITE D'UN HORIZON SANS GRANDEUR ET SANS PORTEE ! Elargissons plutôt,le cercle autour d’elle, c’est le moyen de Ja faire grande et belle, EN GRANDISSANT SES ENFANTS ET SES DEFENSEURS.

La confédération étendra au loin l’horizon, mais elle donnera en même temps à notre vie intime, à notre vie de famille, des éléments de bonheur et de jouissances qui nous ont été refusés jusqu’à ce jour. Elle nous rendra libres et maîtres chez nous, dans l’administration des affaires de notre patrimoine spécial.—(La Minerve, 22 sept. 1864).

Ce sont ces patriotiques paroles, venant directement de Cartier, sous le couvert d’un journal, qui déterminèrent la population du Bas-Canada à accepter la Confédération. Que le parti conservateur actuel les médite bien.

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