SCENE IL
SIR HUGUES, se tenant à l'écart) LAVI- NIA , sortant de la porte à droite et s' avançant au bord du théâtre,
lavinia. Mon Dieu , mon Dieu ! quel parti prendre?... Furieux de ce que nous avons quitté le palais , il veut faire partir mon mari . . . l'éloigner de Londres. . . Kookville me l'a dit... je ne le veux pas ! il faut tout dire au roi... le dissuader... ah! qu'il me tarde... (Se retournant vivement. ) Qui va là?... ciel! mon mari.
sir HUGUES. Vous voilà bien émue , milady!
lavinia. Je suis souffrante... et beaucoup.
sir hugues. C'est fâcheux pour le bal de ce soir!...
lavinia. Aussi mon intention est de ne pas y aller.
sir hugues, étonné. Quoi! vraiment?., cette fête que donne l'électeur de Brunswick...
lavinia. Si vous voulez bien me lepermetttre... je n'irai pas!
SIR hugues. Nous y verrions toute la cour!...
lavinia. J'y tiens peu !
sir HUGUES , appuyant. Nous y verrions le roi.
lavinia. Peu m'importe!
sir hugues, à part. Ah! je le disais bien ! . . . j'ai honte de mes soupçons! lavinia. Qu'avez-vous donc?
sir HUGUES. Moi?... rien!... {Avec joie.) Mais puisque vous restez, je reste aussi... je ne vous quitte pas de la soirée.
lavinia. Y pensez-vous?... nous ne pouvons tous les deux manquer à ce bal ! . . . vous devez vous y montrer , ne fût-ce que pour faire mes excuses., et puis, vous avez des amis à voir... à remercier...
SIR HUGUES , la regardant avec émotion. Tous croyez.... oh! j'ai le temps... un autre jour...
lavinia. D'ailleurs miss Nelly, votre
* Sir Hugues, Lavinia.
fille , se fait une fête d'aller à ce bal. .. . je ne puis l'accompagner... elle compte sur vous.
sir hugues. Eh bien! elle n'ira pas.
lavinia . Oh ! si fait.
sir hugues. Mais non.
LAVINIA
Air : Connaissez mieux le grand Eugène, Il Je faut, je vous en supplie...
SIR Hugues , à part.
Je comprends, on veut nYeloigncr.
lavinia, se rapprochant de lui.
Miss Nelly sera si jolie , Voudriez-vous la chagriner?
Vous ne pouvez la chagriner.
Pauvre entant, je la voyais rire Et danser devant son miroir...
Là-bas, je ne puis la conduire.
sir hugues , à part.
C'est qu'ici le roi vient ce soir.
lavinia, de même. Je serais trop désolée d'être un obstacle au plaisir qu'elle espère... {souriant) elle m'en voudrait, et puis je lui ai parlé de lord Oswald , un fort beau parti pour elle... elle avait du dépit... mais elle est plus disposée à l'entendre. Ils se verront à ce bal... et la paixjest sitôt faite quand on danse !
sir hugues. C'est bien à vous d'avoir calmé ce dépit d'enfant.
lavinia. Oui, n'est-ce pas ?.. Ainsi vous irez ?
sir hugues. Encore!.. Songez donc qu'il n'est pas convenable que je vous laisse seule.
lavinia. Eh ! mon Dieu! que craignezvous?
SIR HUGUES, vivement. Moi ! (Se reprenant.) Oh ! rien! rien que l'ennui pour vous.
lavinia. Oh! quand je souffre, vous le savez, ce qu'il me faut, c'est du calme et de la solitude.
sir hugues. Je pensais que ma présence ne pouvait jamais vous contrarier.
lavinia. Ce qui me contrarie, c'est que vous refusiez pour moi d'être agréable à votre fille.
sir hugues. En vérité, voilà une impatience que je ne vous ai jamais vue , milady.
lavinia. Ah! c'est que jamais vous n'avez pris à tâche de me mettre ainsi à l'épreuve.
SIR HUGUES. Comment ! si je ne veux pas sortir !
lavinia. la bonne heure! un caprice.
SIR HUGUES, se contenant. Un caprice !
non ; j'ai le droit de resterchez moi, comme vous., .et je ne voispas qui pourrait m'empêcher. . .
LE MAGASIN- THEATRAL
LAViNiA.Ce n'est pas moi, sans doute. Il estez donc, puisque c'est votre bon plaisir... mais vous me permettrez de me renfermer chez moi, et de n'y recevoir personne.
sir nuGUES. Milady!
LAYima. Personne... c'est un droit aussi, et vous le respecterez, comme moi, monsieur, je respecte le vôtre.
(Elle soit par la droite.)
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