SCENE VII
OSWALD, MISS NELLY, qui s'est avancée lentement et sans le voir.
OSWALD , à part et la regardant. Quel dommage!... et pourquoi faut-il qu'elle soit si jolie comme cela !
MISS NELLY , se retournant et l'apercevant. Lord Oswald ! *
oswald. Pardon , mademoiselle, je m'en allais.
Miss nelly. Je ne vous retiens pas.
OSWALD fait quelques pas vers le fond-t et puis revient vers miss Nelly. Il est donc vrai.... tout est fini entre nous!...
miss nelly. Ah!... vous m'avez fait peur!... je vous croyais parti!...
oswald. Je devrais déjà l'être en ef-
* Miss Nelly, Oswald.
LE MAGASIN THEATRAL
fet... puisque vous m'avez chassé... puisque tels sont vos ordres
Miss NELLY. Moi ! je n'ordonne rien!..
OSWALD. C'est tout comme... vous ne répondez que par des dédains aux instances même de votre père.... en ma faveur....
MISS nelly. Mon père ne pense pas
à vous.... ni moi non plus!
OSWald. Quoil aujourogiiui encore...
il ne vous a pas parlé pour moi...
Miss nelly. Pas un mot...
OSWald. Il ne vous a rien dit de cette passion ?
Miss nelly , vivement. Vous en avez donc une?..
OSWald. Du tout... du tout... c'en est une au contraire...
Miss nelly. Que l'on a pour vous ?
OSWALD. Non.
Miss nelly. J'en étais siire.
OSWALD. Ne m'accusez pas de vanité ou de présomption. . . mais quand il serait vrai, je ne suis pas coupable... je le jure... je voulais nie justifier auprès de vous, et, loin de vous porter mes vœux et mes prières, tout se réunit pour me trahir et pour m'accabler.
Miss nelly. Vous vous trompez, monsieur, car tout-à-1' heure encore ma bellemère me vantait votre naissance , votre mérite, votre fortune... me préserve le ciel de la contredire!., mais elle me pariait de votre amour, de votre constance. . . et alors je me suis fâchée... car je sais bien moi...
OSWALD. Tous savez?..
Miss nelly. Que vous délaissez vos amis. . . que vous les abandonnez. . . ( pleurant) que vous les faites mourir de chagrin.
OSWALD. Que dites-vous?..
MISS nelly. Qu'il en est d'autres qui ont tous vos soins... et ce doit être... ils ont de la gloire, des honneurs, de la puissance... ils doivent alors l'emporter sur ceux qui n'avaient pour vous que de l'amitié... mais une amitié bien vraie...
OSWALD. ^ otre père vous a parlé !..
MISS NELLY, avec impatience. Eh! non, monsieur; il ne m'a rien dit, je vous le répète... mais en arrivant ici à Londres... au palais oùlady Suffolk nous avait donné un appartement, je lui ai d'abord parlé de vous... c'était tout naturel, j'en parlais à tout le monde et elle m'a dit, avec des larmes dans les yeux: « Mon enfant... mon » enfant, n'y pensez plus... il y a ici d'au- » très rivales, des rivales redoutables con- » tre qui vous ne pourriez jouter... cha- » cun I l'ignore... mais je m'en suis aperçue,
» moi!.. » Et comme je pleurais à chaudes larmes: <c Du courage, m'a-t-elle dit, » de la fierté... méprisez qui ne vous mé- » rite pas...» J'ai promis de le faire... j'ai essayé long-temps, vous l'avez vu... {pleurant) et aujourd'hui... voilà que j'oublie tout.
OSWALD
Ain de Céline.
Ciel ! Nelly, que viens-je d'entendre ?
MISS NELLY
Non; laissez-moi, je n'ai rien dit.
OSWALD
Votre cœur veut déjà reprendre Et sa froideur et son dépit ; Oli ! oui, ce pardon... je m'abuse, Vous refusez de l'accorder...
MISS KELLY
Pour savoir si je le refuse Ne faut-il pas le demander.
OSWALD. Oh! parlez, parlez... c'estvous seule que j'aime... il n'est rien au inonde que je n'abandonne pour vous, et que je ne sois prêt à sacrifier pour retrouver... non pas votre amour... mais votre amitié d'autrefois, cette amitié qui m'est si chère et sans laquelle je ne peux vivre...
Miss nelly. Dites-vous vrai?.. Vous quitteriez la cour ; vous partiriez pour le Northumberland avec nous?..
OSWALD. Dès demain... dès ce soir....
(A part.) Ah ! mon Dieu... quai-je dit ?.. que faire?
Miss nelly. Vous repentez-vous déjà ?
OSWald. Non, non... ( Il va à Laviuia qui entre par la porte de droite. )
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SCEINE VIII.
Les Précédens, LAVINIA.
OSWald.* Ah! madame... comment vous remercier de ce que vous avez fait pour moi. . . vous m'avez protégé. . . défendu auprès de miss Nelly ... et si jamais je pouvais vous prouver ma reconnaissance...
layinia. Votre reconnaissance... ( A part. ) 0 ciel!., quelle idée!.. {liant.) Eh ! mais... je ne dis pas... il est possible que dès ce moment... je la mette à l'épreuve... {A part.) Cette lettre que je ne savais comment envoyer... {liant.) Ôswald, vous avez occasion d'approcher le roi?
OSWALD. A toute heure!..
lavjnia. Eh bien! voici une pétition...
que l'on m'a remise pour lui... une demande dont sir Hugues, mon mari... ne doit pas être instruit ..
Oswald. Ne craignez rien... on connaît ma discrétion...
LAVINIA. Et si vous pouviez la donner à sa majesté... {A part.) 0 mon Dieu ! c'est
* Nelly, Lavinia, Osvrald.
SIR HUGUES
s'exposer encore plus — mais sir Hugues lie sort pas... il reste... il reste... [Haut et vivement.) Et il faudrait... que... ce placet fut remis au roi. . . ce soir et le plus tôt possible.
OSWALD, à part. Ah! diable... dans ce moment... (Haut.) Vous dites une pétition... on ne pourrait pas la remettre à la reine...
lavinia, avec effroi. Non... non; ce ne serait pas la même chose.
OSWALD. Tant pis; ce serait plus commode. . . parce que dans ce moment. . . n'importe... je cours près du roi... si je le rencontre et ensuite,., quel parti prendre ?.. (A part.) Ma foi, celui de la franchise.... j'irai me jeter aux pieds de la reine. .. je lui dirai tout... mon amour, mon mariage...
oui... oui... cette bonne idée me rend déjà plus léger... Adieu, adieu, milady; adieu, miss Nelly ; à ce soir ; j'espère que toutes deux, vous serez contentes de moi... A ce soir... à ce bal, et puis après à toujours!.. (Il sort en courant par le fond.)