‹ Sir Hughes de Guilfort, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 31 sur 33 · GEORGES, SIR HUGUES · texte numérisé non relu

GEORGES, SIR HUGUES

GEORGES .jetant le manteau qui V enveloppe . Personne!., on dirait que tout le monde est parti avec cette voiture qui mène sir Hugues au bal... jamais rendez-vous ne fut mieux ménagé... mais jamais aussi on n'y vint avec un amour plus vrai, plus tendre!., mon cœur bat! je suis heureux déjà ! . . {Ecoutant à gauche.) Ah ! du bruit. . c'est elle !..

SIR HUGUES , il est descendu lentement à la droite du roi, et se trouve tout près de lui pour lui dire. C'est moi, sire !

GEORGES, surpris, à part. Comment!...

le mari ! . . . il n'est pas au bal ! . . .

SIR HUGUES. On vient de me prévenir que vous arriviez... et j'accours... heureux de recevoir votre majesté...

GEORGES, se remettant. Bien!., bien!., je savais que je vous trouverais ici !

SIR HUGUES. Ah ! votre majesté savait..

GEORGES. Oui... un roi sait tout... et je n'étais pas fâché d'attendre le départ de votre famille... de milady...

sir hugues. Milady est chez elle.

Georges. Ah! chez elle... voilà ce que je ne pouvais deviner... n'importe... vous êtes seul... et je venais vous parler d'une importante affaire... {A part, regardant à droite.) Elle est là!

SIR HUGUES. A moi?., quelque nouvelle faveur sans doute... et je serai heureux de la reconnaître par une confidence que j'ai à faire aussi à votre majesté... {Regardant t horloge.) Pas neuf heures!

Georges. Une confidence!., soit...

mais quelque affaire d'état peut-être

ce lieu n'est pas sûr... on peut nous surprendre... {A part.) Eloignons-le!

sir hugues. Soyez sans crainte, sire...

je réponds de tout.

(Il remonte la scène.)

GEORGES, à part. Ayez donc une police pour être si mal instruit!., allons, ferme! cela devient piquant. ( Pendant quil dit cet à parte, sir Hugues va dans le fond et ferme les portes , Georges se retourne et s'en aperçoit.) Eh ! mais que faites-vous, sir Hugues?...

sir hugues. Cette salle basse n'a pas d'autre issue au-dehors... et j'empêche que personne ne vienne nous déranger...

voici la clef. . .

(Il la jette par la lucarne qui se trouve au-dessus de la porte du fond.)

GEORGES, à part. Qu'est-ce que cela veut dire ?

SIR HUGUES, sans teùouter. Maintenant, sire, je suis à vos ordres...

GEORGES, avec un peu d'embarras. Oh!

je ne vous retiens qu'un instant.. . voici ce que c'est , sir Hugues... j'ai cherché autour de moi... qui je pouvais charger d'une importante négociation... avec la cour de St-Germain... le prétendant, m'a-t-on dit, moyennant une pension...

renoncerait à ses droits... et j'ai pensé... vous comprenez?...

SIR hegues. Pas encore, sire.

GEORGES. Yous pourriez l'y déterminer... vous, que d'anciens rapports...

SIR HUGUES , avec émotion. Je comprends, sire., mais ces rapports n'existent plus .. Anglais soumis et loyal, je n'ai vu que mon pays, et je vous ai juré fidélité... à vous que j'ai cru le plus honnête homme de votre royaume.

GEOUGES, embarrassé. Aussi, j'ai compté sur voul. . .

SIR HUGUES. J'en suis fâché, sire, .. mais je ne puis accepter cette nouvelle marque de votre estime royale. . . je ne puis quitter l'Angleterre.... Londres même... car j'ai

découvert qu'on en voulait à mon honneur!...

Georges. A votre honneur?., quelle idée!...

sir HUGUES. Oui, sire, à mon honneur !.. j'apprends qu'en ce moment un piège affreux est ouvert sous mes pas... on veut me ravir ce que j'ai de plus cher au monde....

GEORGES, le regardant fixement. Votre fille?...

SIR HUGUES, de même. Ma femme!..

GEORGES. Ah! votre femme.'., vous croyez?

SIR HUGUES. J'en suis sûr !.. et je voulais demander à votre majesté quelle vengeance je pourrais tirer d'un pareil outrage? GEORGES, s' efforçant de rire. Allons donc ! sir Hugues... parce qu'on s'avise de trouver votre femme charmante. . . etdel'aimer peut-être !. . Yous auriez fort à faire si vous vouliez tirer Fépée contre tous ceux qui vous outragent ainsi !.. et moi tout le premier.

SIR HUGUES. Vous savez bien, sire, que je ne puis tirer l'épée contre le roi!..

GEORGES. Et contre celui que vous soupçonnez?..

sir hugues. Il est aussi d'un rang trop élevé... et voyez combien un crime peut

en amener d'autres désolé, furieux ?

hors de moi... je voulais l'amener ici, l'attirer chez moi, pour l'assassiner !.,.

GEORGES, reculant. Monsieur ! ah !

^ç'eût été infâme !...

SIR HUGUES. Oui, infâme, n'est-ce pas?

infâme comme son amour comme ses

projets! porter le désespoir dans le

cœur d'un loyal gentilhomme..... mettre l'honneur d'un vieil Anglais à la merci d'une cour insolente et sans pitié !... c'est

affreux, n'est-ce pas?... et j'aurais dû

{Georges fait un pas en arrière) mais pardon ! je m'égare... votre majesté a raison un gentilhomme a des devoirs à

remplir aussi, j'ai cherché une autre

vengeance.

GEORGES. Et vous avez bien fait !

SIR HUGUES. Je l'ai trouvée!

GEORGES. Ah ! qu'est-ce donc?..... {A part.)' Diable! c'est sérieux...

sir hugues. Et je venais d'avance vous prier de me le pardonner ! . . .

GEORGES, se rassurant tout-à-fait. Soit.,.

je pardonne mais vous feriez mieux,

sir Hugues, de repousser des idées... auxquelles je ne crois pas il faut qu'un

mari méprise tout cela.

sir hugues. Et croyez-vous qu'un pareil parti soit si facile à prendre ?

SIR HUGUES

Georges. Eh ! sans doute... si tout le monde se mettait martel en tête comme vous ! et prenait les choses aussi tragiquement

sir hugues. Je comprends.... tout dépend de la manière d'envisager un outrage. GEORGES. Il faut en rire !

Sir hugues. Votre majesté rirait-elle ?

GEORGES . Certainement. . .

sir hugues. En pareil cas ?

Georges. Eh! oui, vous dis-je, pour donner l'exemple à mon peuple... il faut être philosophe.

sir hugues. Eh bien! soyez-le donc, Georges, car aujourd'hui, ce soir, dans quelques instans, à neuf heures, la reine recevra un amant !

GEORGES. Sir Hugues!...

sir hugues. Un amant à qui elle a donné rendez-vous.... comme lady Guilfort!.. à l'heure du bal où elle a refusé de se rendre, comme lady Guilfort !

Georges. Sir Hugues , vous en avez menti ! . . . .

sir hugues. Je le jure, sur l'honneur!

Moins coupable que lady Guilfort, la reine ne trahit qu'un époux infidèle, qui donne à la fois en spectacle à sa cour? et la douleur de l'épouse q-'ji délaisse, et la honte des m £~ ;lS qu7il déshonore !

GEORGES. La reine !...

sir nuGUES. Vous ne riez pas , sire...

Georges. Ah! c'en est trop je ne

crois pas à une telle imposture,

SIR HUGUES, lui montrant un bijou. Et ce bijou... ce portrait... muet consentement à ce rendez-vous ?

GEORGE s j hors de lui. Ah! je cours moimême...

sir hugues. Vous i'essaieriez en vain.;, vous ne pouvez sortir.

Georges. Cette porte... cette porte...

ou je la briserai.

sir hugues. Elle est doublée enfer.

Georges. Ouvrez-moi !

sir hugues. N'y comptez pas !

Georges. Ouvrez-moi, je l'exige, je le veux !... ou craignez ma colère !

SIR HUGUES, s'asseyant. Je suis chez moi ! . . . k domicile d 'un Anglais est sacré ! Georges. Malheureux ! . . .

SIR HUGUES , qui a regardé la pendule.

Neuf heures ! . . . . tuez-moi maintenant si vous voulez ; la vie que vous m'ôterez ne sau vera pas votre honneur !

GEORGES, hors de lui. Malédiction!....

Monsieur... je suis gentilhomme... prenez votre épée.

sir hugues. Vous savez bien que jeii€ puis tirer l'épée contre le roi.

JIE MAGASIN THEATRAL.

GEORGES. Ah! votre conduite est d'un traître, et vos jours m'en répondront.

(Il se jette dans un fauteuil.)

SIR HUGUES.Yous ne.riez pas, sire !.. (Se levant et se tenant devant le roi.) Eh bien ! concevez-vous enfin, vous qui vous faites un jeu de notre honneur et de nos peines. . concevez-vous tout ce qu'éprouve de rage et d'angoisses un mari trompé , déshonoré, avili ! Concevez-vous tout ce qu'il souffre au fond du coeur, et ce n'est rien encore quand il perd la femme qu'il délaissait ou qu'il n'aimait plus ! mais

lorsque cette femme, il l'adorait; lorsqu'il avait placé en elle ses espérances, sa joie, son avenir. . . ah ! ce sont les tourmens de l'enfer!... ce spectacle, vous avez voulu en jouir; vous êtes venu ici pour contempler un époux outragé, pleurant en larmes de sang son bonheur perdu!... ce

plaisir-là vous pouvez. le prendre, sire

et moi aussi !.. 11 faut rire, dites-vous !... (avec force) debout, Georges, debout.

GEORGES. Jiors de lui, se lève vivement. Monsieur!...

SIR HUGUES. A nous deux maintenant...

Regardons-nous en face, et voyons qui des deux fera baisser les yeux à l'autre !

GEORGES, pâle de colère. Qui êtes-vous

donc enfin ? Un fou, un insensé. ... car

c'est une affreuse calomnie, vous dis-je... iady Guilfort est innocente]...

sir hugues. Et qui me l'atteste?

Georges. Moi !

sir hugues. Vous me donneriez votre foi royale que je ne vous croirais pas

(On entend du bruit en dehors.)

Georges. Ecoutez... écoutez... on vient à mon aide !

SIR HUGUES, s' asseyant froidement. Peu m'importe T (Cris en dehors : Ouvrez! ouvrez ! )

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