‹ Sir Robert PeelChapitre 18 sur 67 · SON PREMIER MINISTÈRE · texte numérisé non relu

SON PREMIER MINISTÈRE

abus réels dans l’Église, et le redressement des griefs dont les dissidents ont droit de se plaindre... Je vous offre aussi la meilleure chance d’accomplir ces changements de concert avec les autres pouvoirs de l’État, et de rétablir ainsi entre eux cette harmonie qui assure le maintien des anciennes institutions sans en exclure le perfectionnement. Vous pouvez rejeter mes offres; vous pouvez refuser de les écouter; vous pouvez préférer de faire les mêmes choses par des moyens plus violents ; mais si vous agissez ainsi, le temps est prochain où vous vous apercevrez que le sentiment populaire, sur lequel vous comptiez, vous a abandonnés. Vous n’aurez alors d’autre alternative que d’invoquer notre aide, de replacer le gouvernement dans les mains auxquelles vous voudriez l’arracher aujourd’hui, ou de recourir à cette pression du dehors, à ces moyens de compulsion et de violence qui rendront vos réformes vaines et scelleront l’arrêt de mort de la constitution britannique. »

Les faits répondirent aux paroles : plusieurs des mesures que Peel venait d’indiquer furent immédiatement proposées ; mais les whigs, irrités contre la couronne et sûrs de leur force dans la chambre, étaient décidés à l’arrêter dès les premiers pas. Ils avaient pour alliés les haines invétérées de l’Irlande, les passions intraitables des orangistes, O’Connell, qui regardait Peel comme son plus personnel ennemi, les ultra-torys qui le compromettaient en le soutenant, et les radicaux, trop opposés à l’esprit général de sa politique pour se contenter de ses con-

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cessions. A travers les propositions du cabinet, lord John Russell s’empressa de jeter la question sur laquelle sir Robert Peel ne pouvait et ne voulait à aucun prix transiger, l’appropriation à l’éducation publique de l’excédant des revenus de l’Église d’Irlande. En vain Peel s’efforça de faire ajourner ce débat et d’obtenir pour les réformes qu’il avait proposées la priorité ; après huit jours de discussion ardente, trois votes successifs constatèrent la force supérieure de l’opposition et mirent le cabinet dans une insurmontable minorité. Le lendemain 8 avril, Peel prit la parole : « Je dois annoncer à la chambre, dit-il, qu’après le vote d’hier soir nous nous sommes unanimement sentis obligés, moi et mes collègues, de déclarer au roi que, dans notre conviction, c’était de notre devoir de remettre à sa disposition les charges que nous tenions de lui. Nous n’avons pris cette résolution, je n’hésite pas à le dire, qu’avec

une extrême répugnance Et j’ai la confiance que

la grande majorité de cette chambre me fera l’honneur de croire que cette répugnance ne provient que d’un principe politique. Je suis profondément convaincu que, lorsque dans une grande crise un homme public se charge de gouverner les affaires de son pays, il contracte l’obligation de persévérer dans cette tâche aussi longtemps qu’il le pourra avec honneur. Aucune indifférence pour la vie publique, aucun dégoût des fatigues et des ennuis qu’elle impose, aucune considération d’agrément personnel, aucune tristesse de la vie privée n’autorisent un

SA RETRAITE (8 avril 1835). 71

homme public à quitter, sans motif impérieux, le poste où son souverain l’a placé; mais en même temps il y a un grand mal à donner au pays le spectacle d’un gouvernement qui ne trouve pas dans la chambre des Communes l’appui nécessaire pour conduire sûrement les affaires du pays, et pour exercer sur les actes de cette chambre elle-même une influence que sa confiance seule peut donner. A ce spectacle de faiblesse, il y a des limites qu’il ne faut pas dépasser. Après tout ce qui est arrivé depuis le commencement de la session, le jour est venu, je pense, où nous devons nous décharger de la responsabilité qui pèse sur nous J’ai voulu donner cette

explication brièvement et de façon à ne point susciter de sentiments amers. Toute ma vie politique s’est passée dans la chambre des Communes , et c’est là aussi que j’en passerai le reste ; quelles que soient les luttes des partis, je m’appliquerai toujours, pour mon compte, à vivre en bons et honorables termes avec la chambre, que j’y sois en majorité ou en minorité. Dans aucune circonstance, quelque pressantes que puissent être ses difficultés, je ne conseillerai jamais à la couronne de renoncer à la force morale qu’elle puise dans une scrupuleuse fidélité aux principes et à la pratique, à l’esprit et à la lettre de la constitution du pays. Cette constitution reut, je pense, qu’après une loyale épreuve un cabinet ne persiste pas à conduire les affaires publiques contre l’opinion décidée de la majorité de la chambre des Communes. C’est sous l’empire de cette conviction,

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profondément enracinée dans mon âme, que je quitte mon poste, en regrettant sincèrement la nécessité qui me contraint à abandonner en ce moment le service du roi. »

La chambre entière écoutait dans un silence plein d’émotion et d’estime. Lord John Russell se fit un devoir de déclarer que le ministre qui se retirait s’était conduit avec la plus honorable fidélité à l’esprit de la constitution, et après quatre mois d’une lutte où le vaincu avait grandi bien^plus que les vainqueurs, le cabinet whig, sous la présidence de lord Melbourne, et sans le concours de lord Grey, ni de lord Spencer, ni de lord Rrougbam, reprit le gouvernement de l’Angleterre.

Il le garda six ans encore, et pendant ces six ans, sir Robert Peel garda aussi l’attitude qu’il avait adoptée après la réforme du Parlement, décidé dans toutes les questions, actif dans tous les débats, critiquant sans ménagement le cabinet whig, défendant contre lui et ses alliés, Irlandais ou radicaux, les principes permanents de la société et de la monarchie anglaise, mais ne cherchant ni à l’entraver ni â le renverser, et bien plus occupé d’étendre, d’éclairer, de discipliner le nouveau parti conservateur que pressé de prendre en main le pouvoir. Plus impatients que lui, ses amis se plaignaient quelquefois de cette longanimité sans résultat et sans terme, et sir Robert crut devoir s’en expliquer publiquement. Une occasion naturelle se présenta. Peu après l’avènement de la reine Victoria, en mai 1838, jaloux de

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