A SIR WILFRID LAURIER
En ces quelques lignes, juste et déférent hommage à l'imposante renommée d'une âme supérieure, se déroule la glorieuse ascension d'un nom qui compte parmi ceux que l'élite mondiale se fait honneur de citer ; d'un nom qui, popularisé par l'éloquence, n'a cessé de grandir avec le temps; de votre nom, sir Wilfrid Laurier, devenu sur le sol de vos ancêtres le symbole des plus nobles facultés.
A vous mieux connaître, la France n'en estimera que davantage ceux de ses enfants dont la grandeur et le génie la ceignent d'une éclatante auréole en de lointains continents.
Toute plume s'élève à vous glorifier, tout homme se grandit à faire votre éloge, et vous honorer n'est en vérité que parler à votre égard le langage de la
postérité, qui, lorsqu'elle consacrera votre gloire, fera, sans conteste, une part égale à votre patriotisme et à votre éloquence.
Songez, Monsieur, que la France d'aujourd'hui, libre et républicaine, ne saurait être tenue pour responsable des vilenies de l'autocrate potentat que fut jadis le Roi-Soleil. Songez que le sang qui coule dans vos veines est également celui qui se meut dans les nôtres ; songez que, sur les rives du Saint-Laurent, la France règne dans tous les cœurs comme dans toutes les mémoires et que tout Canadien
Au seul nom de France Sent encor poindre en lui quelque vague espérance*.
Ajoutez à cela l'attrait qu'évoque à nos yeux le plus beau fleuron de l'éloquence canadienne, joint au poids d'une séduction personnelle, qui nous est doublement chère, et vous comprendrez alors sans peine l'ardente sympathie que nous nous sentons au cœur en présence des puissantes paroles que suggèrent vos fécondes pensées.
Soyez orgueilleux. Monsieur, d'une œuvre que la France attentive ne saurait méconnaître; soyez-en justement fier, car, s'il en est peu qui aspirent à l'atteindre, il en est moins qui l'égalent et moins encore qui la surpassent.