‹ Six lectures sur l'annexion du Canada aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 22 sur 37 · DS · texte numérisé non relu

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adoptés ; avant que le produit destaxes eût été versé dans les coffres publics, et transmis en Europe, il s’écoula quelquefois bien des mois et même jusqu’à deux ou trois années ; et pendant tout ce temps, rien n’était plus facile que de persuader aux créanciers des Etats-Unis qu’on ne faisait rien e qu’on ne voulait pas payer. (C’est aussi ce que firent les agioteurs.

Néanmoins vous avez vu l’Indiana abandonner ses travaux publics à ses créanciers pour payer une paitie de sa dette, et se taxer pour faire honneur au reste : vous avez vu le Maryland et l’Illinois se taxer aussi pour payer les intérêts de leur dette, et créer des fonds d’amortissement considérables : enfin aujourd’hui le crédit public est excellent, et d’ailleurs les Etats-Unis sont assez riches pour n’avoir plus besoin d’aller emprunter ailleurs.

Dans le mois de juillet dernier l’emprunt pour l’aggrandissement du canal de l’Erié a été ouvert à New-York; on avait besoin de $2,500,000. La somme a été complétée en quelques heures, et des offres avaient été fàites pour plus de $7,000,000

Non; rien ne justifie la susceptibilité des peuples Européens vis-à-vis des Etats-Unis. L’Angleterre et la France aussi ont eu leurs crises commerciales, leurs gênes monétaires, leurs détresses publiques. La banque de Law a ruiné des milliers de familles. Les faillites de deux cent quarante banques, en Angleterre, en 1815 et 1516 ont causé des pertes immenses, des banqueroutes sans nombre, des souffrances infinies. D’ailleurs qu’est-ce aujourd’hui que la dette publique de l’Angleterre, sinon une banqueroute par consentement mutuel? Qu’est-ce que le tiers consolidé, en France, sjpon la preuve de deux autres tiers déconsolidés ?

D’ailleurs, Messieurs, sont-ce les habitants du Canada qui.

peuvent s’arroger le droit de jetter la pierre aux Américains à propos de leurs dettes publiques? Nous sied-il bien de leur reprocher des folies quand notre dette est proportionnellement dix fois plus onéreuse que la leur ?

Les Américains ont employé utilement au moins les sommes

qu’ils ont empruntées : nous, nous avons gaspillé le quart de celles que nous devons.

Ainsi, £75,000 ont été engloutis dans le lac St. Pierre,

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malgré les remontrances de tous les hommes spéciaux qui naviguaient sur le St. Laurent depuis vingt ans ; là on a fait une perte totale, car on s’est entêté non seulement contre le simple bon-sens, mais contre la nature elle-même.

Ainsi encore on a dépensé plus de £900,000 pour l’élargissement du canal de Welland quand le coût probable de cet ouvrage avait été porté à £450,000 seulement dans un mémoire en date du 12 Aout 1841, soumis au Gouverneur-Général.

Enfin on a dépensé £515,000 sur le canal de Cornwall, quoique l’estimation des dépenses probables de construction n’eût été portée qu’à £192,000, dans un rapport de Mr. Killaly daté d’Avril 1846.

Il en est de même pour le canal de Beauharnais qui a couté £532,000 : là aussi on a excédé de moitié les estimés originaires.

Je ne parle pas d’un grand nombre d’items moins importants, mais qui, réunis, forment encore une somme assez ronde.

Voilà bien du gaspillage ; et néanmoins ceux que nous pouvons tous montrer du doigt comme en étant les aûteurs remplissent aujourd’hui les plus hautes charges du gouvernement.

Maintenant Messieurs, examinons combien il en coute aux Etats-Unis pour gouverner 23,000,000 d’hommes et combien il en coute, en Canada, pour en gouverner 1,600,000 .

Les dépenses propres du gouvernement de l’état de New- York se montent pour 1849 à $670,000. Cette somme répartie sur une population de 3,100,000 âmes, donne une moyenne de @ cents par tête ou environ 1 sheling # deniers.

Les dépenses propres du gouvernement du Canada se montent pour 1849 à $1,150,000 ou, en moyenne, &. trois shelings sept deniers par tête.

L’habitant du Canada paie donc pour se faire gouverner, trois fois plus que celui de l’état de New-York, pour se gouverner lui-même.

Maintensnt nous avons vu précédemment que la moyenne, par tête, de la richesse publique en Canada, était de $69 pendant que dans l’état de New-York elle est de $235: l’ha-

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bitant de l’état de New-York est donc près de quatre fois plus riche que celui du Canada.

Eh bien il est quatre fois plus riche et il paie son gouvernement trois fois moins cher que ce dernier ; notre fardeau est donc, relativement, douze fois plus lourd que le sien.

Voila, Messieurs, l’état de choses que les ministres actuels et leurs amis, dans leur protêt contre le manifeste annexionniste, ont osé déclarer satisfaisant ! !

Si on prend le coût total de tous les gouvernements particuliers pour 1849, $5,250,000, on a une moyenne de 23 cents par tête, ou 1s. ui.

Si on ajoute à cela les dépenses propres du gouvernement fédéral, on aura un total de $11,000,600, ou 2s. Ad. de notre monnaie par tête. Ce n’est encore que les deux tiers de ce que le gouvernement responsable nous coute.

Voyons maintenant quelles sont dans chaque pays les dépenses totales, y compris l’intérêt des dettes publiques.

Les dépenses totales du gouvernement des Canadas pour l’année 1850 ont été d’environ $2,500,000,

Je retranche $300,000 pour le produit des travaux publics et le revenu casuel et territorial, ce qui laisse une somme de $2,200,000 prélevée sur le peuple de la province. Cette somme répartie sur une population de 1,600,000 âmes donne

une moyenne de dépense de 7s. par tête.

Les dépenses totales du gouvernement fédéral en 1850 se sont montées à - - - - - - - - - $43,000,000 Je retranche une somme de - - - - - $16,000,000 parcequ’elle été employée exclusivement à faire face aux besoins créés par la guerre du Mexique, ce qui ramène le budget normal à - - $27,000,000 Je retranche encore - - - - - - - - $ 3,000,000

qui forment à peu près l’intérêt de la dette publique fédérale. La vente des terres publiques paie au-delà de l’intérêt de cette dette, le peuple n’est conséquemment pas taxé pour cet item. Voilà donc une somme de - - - $24,000,000 prélevée sur le peuple Américain pour les dépenses ordinaires du gouvernement fédéral.

A ces $24,000,000 il faut ajouter - - - - $ 5,000,000 qui coutent les gouvernements particuliers, puis $ 3,000,000 qui forment l’intérêt que les différents états ont à payer annuellement sur l’excédant de leurs dettes publiques - - - - - . - Total. $32,000,000

qui forment, po.7 1850, le montant prélevé sut le peuple Américain pour les dépenses gouvernementales ordinaires et l’intérêt des dettes publiques locales. |

Or $32,000,000 répartis sur une population de 23,000,000 po

d’âmes donnent une moyenne de dépense de sept shelings de idée notre monnaie par tête. miqu Ainsi, Messieurs, l’habitant des Etats-Unis paie annuelle- nos T ment, nour l’intérêt des dettes publiques locales, les dépenses M: des gouvernements particuliers, et celles du gouvernement que 1 fédéral, avec son armée, sa marine, ses relations étrangères, chaq précisément la mêr'e somme que l’habitant du Canada pour rom l’intérêt de la dette publique ei les dépenses d’administration En intérieure ; et pourtant le Canada n’a ni armée, ni marine, ni quest relations étrangères ! ! les % Eh bien, Messieurs, ne payons nous pas un peu trop cher FRE l’avantage d’apparternir à cet empire sur lequel le soleil ne se DAS le couche jamais ? d'u fé Je vais résumer en quelqucs chiffres tout ce que je viens besoin de dire. prend:

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Voila, Messieurs, comment l’Union et le gouverneinent responsable nous procurent une administration aussi économique, assurent tout autant notre prospérité, ménagent autant nos ressources que le feraient les institvtiong Améicaines !!

Maintenant, remarquez s’il vous plait, que lAméiicain sait que la dette dont il paie l’intérêt diminue considé:ablement chaque année, pendant que le Canadien n’a pas d’autre perspective que de voir celle de son pays s’augmenter encore

Enfin, au risque de vous ennuyer, Messieurs, mais ces questions sont tellement importantes qu’on ne peut pas tro» les approfondir, je vais ajouter aux dépenses des deux tableaux précédents, les sommes qui doivent être payées cette année, par le gouvernement fédéral, pour l’intérèt de la dette publique fédérale, les remboursements sur son capital, et pour les besoins extraordinaires créés par la guerre du Mexique. Je prends le budjet probable de 1851 parcequ”il est plus élevé de quelques millions que celui de 1850.

Nous avions tout-à-l’heure un total de dépense de $32,600,001 LAC SL OU 28,000,000

Cette somme, Messieurs, répartie sur la population donne une moyenne de treize shelings de notre monnaie par tête, mais répartie d’après la valeur totale de la propriété, dans les

Etats-Unis, elle ne donne qu’une proportion de...... 1406 Pour le Canada ses dépenses totales en 1850, y compris les £150,000 ajoutés au fonds d’amortissement forment une somme de $3,050,000, qui donne, sur la valeur totale de la propriété une proportion de... 85%

Vous voyez, Messieurs, que le peuple Américain est beaucoup moins taxé que nous en réalité. Et en cas qu’on ne veuille me chicaner sur les taxes municipales et celles pour

l’éducation, je vais ajouter celles-ci aux autres. Etats-Unis, taxes gouvernementales, municipales, MR rome etes eur es

Canada, do do do 1500 Et remarquez que dans le Bas-Canada, les taxes municipales ne sont presque rien.

Il est évident maintenant que la prétention émise par les

ournaux ministériels, que nrous-étions moins taxés que les Américains, vient de la base erronée qu’ils ont adoptée.

L’un d’entr’eux a pris le chiffre total des dépenses publiques'des Etats-Unis ; s’est bien donné garde de voir que le peuple Américain n’était pas taxé pour faire face aû trois quarts des intérêts des dettes particulières ; a présenté, comme dépenses permanentes, certains items extraordinaires, dus à des circonstances qui ne se présentent pas une fois en trente ans; a réparti le total de la somme qu’il a lne sans la comprendre, sur la population des Etats-Unis, et est venu triomphalement apprendre a ses confrères que le peuple Améritain était trois fois plus taxé que nous. Or comme l’abnécation de sa propre intelligence est la vertu cardinale de tout journaliste ministériel ; et que, quand le chef de file a parlé, les autres n’ont plus qu’à mouvoir la nuque par ordre de préséance, tous les confrères ont répété par cœur ce que le chef du troupeau avait cru découvrir, et on a réussi à créer une fausse impression chez beaucoup de personnes.

Or, Messieurs, vous comprendrez facilement que le mode de répartir les dépenses publiques d’un pays sur sa population et non sur la valeur de la propriété, doit êtré la source d’erreurs très graves, si on compare les charges de ce pays avec celles d’un autre pays, à moins que la richesez générale ne soit relativement la même dans tous les deux.

Voilà l’explication de l’erreur grossière qu’on a faite quand on a dit que les Américains étaient plus chargés de taxes que nous ne le sommes puisque chaque individu, dans les Etats- Unis, payait en totalité près du double de ce que chaque individu paie en Canada.

Cette assertion serait vraie si les Américains n’étaient pas plus riches que nous: mais comme ils le sont quatre fois plus, et qu’ils paient, par tête en moyenne, moins du double de ce que nous payons, il est évident que, relativement à leurs ressources, ils sont une fois moins chargés.

Cette différence sera plus frappante encore, si on établit la même comparaison entre la Grande-Bretagne et le Canada.

Les dépenses du gouvernement À anglais pour 1850 se monten à un peu plus de $50,000,000 sterling. Cette somme, répartie sur la population des Iles Britanniques donne une

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Vous voyez qu’en adoptant ce mode de répartition, le Canadien parait avoir un imimense avantage sur l’Anglais, en les supposant également riches; mais par malheur, c’est précisément cette supposition qui n’est pas fondée. Le Canadien qui paie £0 7s, possède en moyenne, £ 17 5s, L’Anglais qui paie £27s, do do £167 08, 11 peut donc payer £2 75, plus facilement que le Canadien ne peut payer £0 75,

Voïlà pourquoi, si on répartit les dépenses du gouvernement Anglais sur la valeur de la propriété, elle se trouve beaucoup moins chargée en Angleterre qu’en Canada.

Dép:tot: proport : avec Propriété 1850. la Ch : gén;

Angleterre, £3,600,000 000 stg. £50,000,000 stg. 1880 Canada, 22,150,000 stg. 628,000 stg. 1380

Maintenant, Messieurs, je vous le demande, lequel d’entre vous soupçonnait seulement, que la propriété, en Canada, fût en réalité, deux fois plus chargée, pour les dépenses du gouvernement, que la propriété en Angleterre? Quand à moi, je l’avoue, je m’attendais si peu à ce résultat que j’ai refait plusieurs fois mes calculs avant de me convaincre que je ne me trompais pas.

Voilà, en définitive, où nous en sommes arrivés, avec : PUnion et le gouvernement responsable.

Messieurs, les membres de l’Assemblée qui ont publiquement déclaré que le Canada n’avait rien à envier aux Etats- Unis connaïissaient-ils l’état de choses que je viens de retracer ? S’iis le connaissaient que devient leur honneur ? S’ils ne le connaissaient pas, ils ne savaient donc rien de ce qu’ils étaient obligés de savoir! Dans ce dernier cas, que vaut leur opinion sur l’état du pays ?

Et puis, Messieurs, quand même il serait vrai que les charges publiques fussent plus fortes aux Etats-Unis qu’en Canada, qu’est-ce que cela prouverait ?

Tout au plus que le peuple Américain ne craint pas que le revenu public soit dissipé, gaspillé, comme le nôtre l’a été ! Il ne craint pas d’être taxé parcequ’il a un véritable contrôle, et surtout un contrôle annuel, sur les administrateurs de

la fortune publique de chaque état. Il n’est pas, comme ici, vbligé d'attendre quatre années pour chasser un homme qui le trahit, parcequ’une place est là qui lui miroite aux yeux.

La majorité de chaque lévislature représente réellement l’opinion du peuple de chaque état. De plus ce peuple est assez instruit pour surveiller exactement ses mandataires, et pour savoir au juste ce qu’il paie et quel emploi on fait de son argent. Il n’est pas exposé à être trompé comme le peuple de ce pays-ci l’est tous les jours. Il sait que les frais d'administration n’absorbent pas, comme ici, plus de la moitié du revenu public. Il voit, tous les jours, le produit des taxes qu’il paie employé avec intelligence; il sent qu’elles lui sont profitables parcequ’on lui rend en améliorations utiles, productives, la valeur de l’argent qu’il donne.

Voilà pourquoi il ne les regarde pas comme un fardeau.

En peut-on dire autant du peuple du Canada, Messieurs ?

Pour le Haut-Canada, qui a tout englouti, je sais qu’il est content. (1) Mais qu’a-t-on dorné au Bas-Canada en échange des sommes qu’on a empruntées sur son crédit seul, car à l’époque de l’Union, le Haut-Canada était, de fait, en banqueroute ? Des chemins dans le Haut-Canada—un chenal impraticable et inachevé dans le lac St. Pierre—et des canaux magnifiques qui relativement ne produisent presque rien.

C’est à cause de ces folies que nos dépenses publiques sont plus fortes aujourd’hui, relativement, que celles d’aucun autre peuple.

Néanmoins, comme il n’existe pas, en Canada, de taxes directes pour le soutien du gouvernement, le peuple de ce pays en est encore à s’imaginer qu’il n’est pas taxé.

Le systême des taxes indirectes, le plus commode peutêtre quand il fonctionne sous la direction d’hommes habiles, honnêtes, —ou au moins exactement surveillés par un peuple éclairé, —peut devenir extrêmement dangereux, dans les pays où une oligarchie domine.

Ji est vrai que le peuple ressent moins le fardeau des taxes indirectes ; d’ailleurs il a, pour ainsi-dire, le choix de ne les pas payer: mais aussi, comme il ne se rend pas exactement

(D) Le Haut Canada a obtenu, à même l'argent provèrint de ia dette publique, £410,000 pour chemins et amé'iorations locales, le Bau- Canada £150,000.

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Ce systême est dangereux parcequ’en général le peuple n’a pas la compréhension de ses résultats ordinaires, et que des gouvernants malhonnêtes ou incapables peuvent, pour ainsi-dire, les augmenter indéfiniment.

Si l’Angleterre n’avait eu à payer que des taxes directes, sa dette publique ne serait peut-être pas si énorme aujourd’hui: son gouvernement n’aurait peut-être pas osé soudoyer à plaisir les nations ennemies de la France: elle n’en serait peut-être pas arrivée à payer annuellement, pour l’intérêt de sa dette publique, environ $130,000,000, c’est-à-dire, le double du capital de la dette fédérale Américaine.

C’est sans doute quelque chose que le peuple ressente très peu le fardeau des taxes indirectes ; mais aussi la contrepartie est qu’elles donnent aux gouvernements la plus grande latitude pour dissiper, sans nécessité comme sans profit, le revenu public.

Je r’entends pas soutenir que le système des taxes directes soit certainement le meilleur ; c’est une question controversée aujourd’hui et qu’il ne m’appartient pas de décider, mais il n’est peut-être pas inutile d’indiquer l’inconvénient le plus ordinaire du système opposé, inconvénient qui se fait fortement sentir, aujourd’hui, en Canada.

Ainsi, si en Canada, on n’avait eu que destaxes directes à payer, n’est-il pas au moins très probable que les hommes qui n’ont pas voulu s’opposer à l’Union quand il en était encore temps, et qui, tout en parlant contre en public, s’entendaient avec les libéraux du Haut-Canada pour la faire imposer au pays ; n’est-il pas très probable dis-je, que les chefs du parti libéral qui, en 1841, étaient tout aussi intrigants qu’ils le sont aujourd’hui, y auraient regardé à deux fois avant d’accepter l’Union et de sanctionner par conséquent les extravagances du Haut-Canada ?

Si nous n’avions eu à payer que des taxes directes, nos députés n’auraient peut-être jamais consenti à laisser tranquillement le Haut-Canada faire sa part si grosse et la nôtre si petite, engloutir les quatre cinquièmes du produit des emprunts et les deux tiers du revenu public !

Si à chcune des folies Haut-Canadiennes, il avait fallu

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demander directement au peuple du Bas-Canada, une augmentation des taxes de l’année précédente, le systême des votes de confiance, mendiés à propos de tout, même à propos de leur lâcheté, par nos ministres, et accordés avec une si déplorable facilité par la chambre et même par la population du pays, serait mort depuis longtemps !

Sous un systême de taxes directes, les représentants du Bas-Canada n’auraient peut-être pas laissé percer tant d’indifférence sur l’augmentation effrayante de la dette publique ! Mais avec des taxes indirectes, pourquoi de la rigidité! Le peuple ne sait pas ce qu’il paie, ne s’apperçoit pas qu'on le pille, pourquoi le lui apprendre? ne vaut-il pas bien mieux que les ministres et leurs fidèles en profitent? Un vote de confiance n’est-il pas bien plus agréable au ministère et conséquemment bien plus utile au pays qu’une réduction dans les salaires, ou une économie sur le budjet ?

Aussi, voyez ce bon peuple du Canada, comme il dort tranquille, depuis dix ans, sur la foi de ses pilotes ! comme il ne se doute pas qu’il doit déjà $18,000,000, c’est-à-dire environ onze piastres par tête, ou environ quatrevingt-dix piastres par chaque propriétaire ! Qu’est-ce que cette misère pour refuser sa confiance aux hommes qui lui ont fait cette enviable position? (1)

Voilà le grand danger des taxes indirectes, Messieurs, le peuple ne se réveille souvent que quand le mal est sans remêde !

Si les habitants de ce pays avaient été assez instruits pour se mettre au courant des aïfaires publiques, ou bien s’ils avaient été taxés directement, peu leur eût importé que tel ou tel de leurs prétendus amis fût casé et cotté sur la liste civile, à six mille piastres de salaire annuel, —somme assez ronde pour un pays où on est très riche avec mille louis de revenu—peu leur eût importé que tel ou tel prétendu libéral püt se donner la gloriole si pleine de bon goût de leur faire dire par ses journaux : “Je suis au pouvoir, soyez contents et sati-faits *” ce qu’il aurait exigé, sous peine de déchéance morale, c’eut été un équivalent pour les sommes qu’on lui a fait payer!

(1) Si l'emprunt pour le chemin de fer d’Halifax se négocie, la

dette publique répartie sur le nombre des propriétaires, donnera une moyenne de $ÿ175.

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Cet équivalent, Messieurs, ik ne l’a jamais eu; et il ne laura jamais tant qu’il ne jouira pas du systéme électif dans toute sa vérité ; du systême électif tel qu’il est constitué dans les Etats-Unis: il ne l’aura probablement jamais tant qu’il 4 aura foi dans notre gouvernement responsable et dans ceux qui le prônent; il ne laura probablement jamais tant que l’Angleterre sera là pour acheter avec des ralaires ceux qu’il croit être ses défenseurs : il ne l’aura probablement jamais tatn que l’annexion aux Etats-Unis ne sera pas venue lui donner ia pleine compréhension de ses droits, des obligations de ses mardataires et des devoirs de ces officiers publics qui se civient dictateurs parcequ’on les appelle “ les ministres ; ” tant que l’annexion enfin ne sera pas venue donner une valeur réelle à tous ces travaux publics, tous ces canaux au fond desquels dorment paisiblement les millions qu’ils ont coutès ! —Mais une fois l’annexion obtenue, disent nos adversaires, et c’est là leur principale obiection, une fois l’annexion obtenue, le Canada perdra tout le revenu actuel de ses douanes c’est-à-dire, environ £4 ou 500,006 annuellement, qui appartiendront au gouvernement fédéral.

Ici, Messieurs, il faut faire une distinction.

D'abord, le produit des douanes sera-t-il aussi considérable apèrs l’annexion qu’il l’est aujourd’hui ? Non, Messieurs, il subira tout-à-la-fois de grandes modifications et une grande diminution. Ensuite le revenu des douanes sera-t-il perdu pour le pays parcequ’après j’annexion on n’en fera plus le même emploi qu’aujourd’hui ? il ne faut pas ainsi abuser des mots.

Il est bien vrai que ce ne sera plus avec le produit des douanes qu’on défraiera les dépenses du gouvernement local, mais là n’est pas la question principale. Il ne s’agit pas seulement de savoir si sa destination sera changée, mais bien de savoir s’il sera plus utilement employé qu’il ne l’est aujourd’hui ; si les institutions qu’il sera destiné à faire fonctionner vaudront mieux que celles que nous possédons maintenant.

Or Messieurs, pour celui qui regarde la pleine liberté politique comme le plus grand de tous les biens pour sa patrie, et l’état colonial comme une cause infaillible, invariable de mé-

contentement, de malaise, d’infériorité ; pour celui qui sait apprécier la différence qu’il y a entre l’entière liberté d’action et la dépendance ; pour celui quitient le moins du monde à voir son pays prendre rang parmi les nations et cesser d’être une fraction politique ; pour celui qui désire voir son pays jouir de ce que tout individu regarde comme son droit le plus imprescriptible, son bien le plus précieux, le libre arbitre moral ; pour celui enfin qui n’a pas fermé son intelligence et son cœur à tout sentiment de dignité nationale et personnelle, peut-il y avoir doute sur l’immense supériorité des institutions Américaines sur l’absurde organisation politique que l’on nous a imposée ? Peut-t-il y avoir, chez tous ceux qui ne sont pas payer pour le nier, la moindre hésitation à croire, que consacrer au soutien du gouvernement fédéral Américain, — celui de tous les gouvernements constitués aujourd’hui sur la surface du globe, qui a opéré les plus magnifiques résultats, —la moitié des sommes que notre gouvernement responsable absorbe chaque année, peut-il y avoir, dis-je, la moindre hésitation à croire qu’elles seraient mille fois mieux employées ? Enfin payer pour être libres la moitié de ce que nons payons maintenant pour être colons, et voir en même temps notre richesse publique doubler par le seul fait de la transition, n°v a-t-il pas là quelque chose d’assez flatteur pour un peuple qui a toujours été exploité au profit d’une oligarchie ?

Voilà, me direz-vous, des prévisions qu’il faut appuyer sur quelque chose de tangible, c’est ce que je vais essayer de faire. Je crois pouvoir prouver que la perte du revenu des douanes pour le gouvernement local sera beaucoup plus -que compensée par l’augmentation du revenu des travaux publics ; par la diminution inévitable des douanes: par l’abolition complète des douanes américaines actuelles, auxquelles nous payons des sommes considérables chaque année; par l’augmentation surtout de la valeur de la propriété qui sera doublée, peut-être même triplée par le seul fait de l’annexion enfin par la création de notre industrie intérieure qui est encore dans l’enfance et que le régime colonial étoufle.

Les importations du Canada, pour 1549, représentent une valeur de $12,000,000.

Elles se répartissent ainsi :

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Etats-Unis.

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Anglet: Colonies, pr.ys étrang:

… $200,000 $7,000,000 $ 900,000 $4,100,000 Droits payés, 920,000 ...... 860,000 Nos importations des Etats-Unis représentent donc une proportion de 4? pour 100 sur I: tal, et celles d’Angleterre et des autres pays une proportion de 58 pour 100, Proportion des importations veiant des

Etats-Unis en . . . . . + 1846 20 pour 100

do do do : . 1847 25 do 100 do do do ,. . 1848 34 do 100 do do do . . 1849 39 do 100 do do do +. , 1850 44 do 100

Vous voyez, Messieurs, combien nos affaires commerviales avec les Etats-Unis ont pris d’accroissement a:puis cinq ans, et il est certain que cette progression va continuer encore.

Or si les restrictions qui pêsent aujourd’hui sur nos relations commerciales avec les Etats-Unis n’ont pas pu empécher celles-ci d'augmenter dans une proportion si notable, cela w’est-il pas un'indice, ou plutôt une preuve que l’abolition de toute restriction les fera doubler de suite? fela ne prouve-t-il pas que, commercialement, les Etats-Unis sont nos fournisseurs naturels ; que notre commerce est aujourd’hui détourné de sa vie normale ; que nos intérêts n’ont pas été compris, ont été sacrifiés, par YAdaluorr et par nousmêmes ? ; Nous avons payé en 1849 sur les importations venant des

PUMA 0 ee de + +. S860,00û

Dans cette somme les objets de production domestique Américaine entrent Ut OR EE TR TR Ceux de production étrangère pour . $380,000 Si le Canada eût été annexé aux Etats- Unis, les $489,000 ci-dessus n’auraient évidemment pas été payées au gouvernement fédéral.

Sur les $380,000 payées sur les importations venues des Etats-Unis, mais qui sont de production étrangère, nous aurions épargné +, . . + « que nous avons payées à notre gouvernement pour droits de douanes sur le thé et le café, car aux Etats-Unis, ces articles sont francs de droits.

Enfin nous aurions épargné sur les sures, les melasses, les vins, environ 140,000

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